Le nouvel assaut de séduction d’Emmanuel Macron

« Tout ce qui brille n’est point or. » Les Français devraient, cette semaine, se rappeler ce proverbe de leur bon sens national. Il leur permettrait de ne pas succomber à l’assaut de séduction qu’ils ont subi de la part de celui qui occupe l’Élysée depuis vingt mois. La contre-attaque était prévisible. Elle a pris la forme tactique du judo en transformant une faiblesse en force.

« Les gilets jaunes sont une chance », a osé le Président. Puisqu’ils ont déstabilisé le pouvoir et profondément abîmé l’image présidentielle, celle-ci va renaître comme le phénix en amorçant une seconde phase du mandat, comme un renouveau appuyé sur le mouvement contestataire qui l’a suscitée. Voilà l’espoir caressé : acculé par les mauvaises nouvelles économiques et la révolte fiscale, accablé par la demande de pouvoir d’achat et l’exigence de justice sociale, éreinté par les attaques contre sa personne, le chef de l’État va redéployer son seul talent, celui du comédien brillant qu’il fut durant sa campagne.

Un mot résume la chose : la performance. En parlant durant plus de six heures devant 700 maires dans une petite commune ceinturée de policiers, il a séduit le microcosme médiatique parisien toujours fasciné par ce qui brille. Peut-être a-t-il réveillé, chez certains, un peu de fierté nationale fondée sur l’idée que, décidément, la France est gouvernée par un esprit « brillant ».

On a donc repeint la façade du quinquennat. Le Président brillant est, aussi, ouvert puisqu’il n’oppose aucun tabou ni ne pose aucun totem à l’entrée du grand débat. Il cherche même à faire passer la brutalité de certaines de ses formules pour les marques d’un style jeune et direct, celui d’un grand frère qui dit crûment les choses : ceux qui « déconnent », ceux qui racontent des « craques », il ne faut pas les écouter. La fermeté n’est pas la fermeture. La vigueur n’est pas la violence. C’est ce qui doit séparer le Président de ses ministres, y compris du Premier : il faut laisser à Griveaux, à Castaner ou à Le Maire, le soin d’exclure telle question du débat, ou de réprimer les manifestations de manière suffisamment violente pour les décourager. Le pari est d’assécher les rassemblements et de susciter un réel engouement pour le débat.

On mesurera, à la réussite ou non de cette stratégie, si la légèreté des Français l’emporte, une fois encore, sur leur bon sens. La fine pellicule d’or qui vient de recouvrir le buste du roi n’est pas suffisamment épaisse pour résister à la critique décapante du raisonnement. La France est gouvernée, depuis bien longtemps maintenant, par des élus qui la trahissent sans vergogne.

Ceux qui avaient cru voir changer le sort du pays en mai 2017 savent qu’ils n’ont fait que prolonger le déclin en maintenant au pouvoir nombre de ses acteurs, et sans en modifier les axes principaux autrement que par une alchimie budgétaire superficielle. La France s’affaiblit économiquement : ses déficits dans tous les domaines en témoignent. Le corps même de la nation, son peuple, se désagrège, avec le recul persistant de la natalité et le rôle grandissant d’immigrés non assimilés dans sa relative résistance. L’esprit national s’étiole puisque le passé du pays s’appelle repentance, que son présent se nomme soumission à d’encombrants alliés et que son avenir se confond avec l’effacement dans un magma européen de plus en plus informe.

Si le « grand débat » permet au pouvoir en place de poursuivre son existence au prix de quelques mesures, peut-être grâce à un référendum qui serait la catharsis de la crise, sa dernière étape thérapeutique, il aura été un remède pour la très petite France d’en haut, et un placebo pour celle d’en-bas, condamnée à descendre encore. On pourra lui offrir un certain nombre de parlementaires comme un os à ronger, mais on se gardera de lui donner le référendum d’initiative citoyenne. La démagogie qui consiste à flatter le peuple, en commençant par les maires, est le contraire de la démocratie qu’on appelle aujourd’hui, avec dédain, « populisme ».

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