Editoriaux - Politique - Société - 18 janvier 2019

Lettre de Macron : l’immigration, une question bien mal posée

Un débat sur le grand débat national est très vite apparu : oui ou non, la question de l’immigration sera-t-elle abordée ? La réponse est oui, si l’on se réfère à la lettre aux Français d’Emmanuel Macron. Mais… mais la question est bien mal posée, ou plutôt, elle est posée un peu comme une question fermée.

« La citoyenneté, c’est aussi le fait de vivre ensemble », écrit le Président, en guise d’introduction sur ce sujet. Emmanuel Macron le réduit donc à celui de la citoyenneté pour mieux évacuer la question centrale, essentielle, de l’identité. La question est donc biaisée au départ. Le « c’est aussi » place, d’une certaine façon, cette question au plan secondaire, après qu’Emmanuel Macron a, plus haut dans sa lettre, abordé celles de l’exercice de la citoyenneté (vote blanc, proportionnelle, nombre de parlementaires, etc.). Emmanuel Macron s’adresse à « mes chères Françaises, mes chers Français » mais réduit le fait d’être français à la citoyenneté française, c’est-à-dire à l’exercice de droits et de devoirs. C’est court.

Puis il tronque un peu plus le sujet en s’étendant longuement sur le droit d’asile : « Notre pays a toujours su accueillir ceux qui ont fui les guerres, les persécutions et ont cherché refuge sur notre sol… » Oui, très bien, mais est-ce bien le sujet qui préoccupe aujourd’hui les Français ? Concernant l’immigration de travail et/ou de peuplement, Emmanuel Macron évoque ceux qui « ont fait le choix de la France, à la recherche d’un avenir meilleur ». Son constat de la situation actuelle tourne au doux euphémisme : « Or, cette tradition est aujourd’hui bousculée par des tensions et des doutes liés à l’immigration et aux défaillances de notre système d’intégration. » C’est, effectivement, le moins que l’on puisse dire de la situation de la France après des décennies d’immigration massive ! Les mots de Gérard Collomb, au moment de son départ de Beauvau, nous reviennent comme un écho : « Aujourd’hui on vit côte à côte… Je crains que, demain, on vive face à face. » On notera, sans s’en étonner, que le chef de l’État emploie le mot « intégration » et non « assimilation ».

Passé ce constat lapidaire, le Président pose des questions. « Que proposez-vous pour améliorer l’intégration dans la Nation ? En matière d’immigration, une fois nos obligations d’asile remplies, souhaitez-vous que nous puissions nous fixer des objectifs annuels définis par le Parlement ? Que proposez-vous afin de répondre à ce défi qui va durer ? » Quelques remarques sur ces questions. D’abord, Emmanuel Macron pose le problème migratoire comme une sorte de fatalité : « ce défi qui va durer ». Mais au-delà de la pression démographique de l’hémisphère sud qu’Emmanuel Macron a sans doute à l’esprit, il y a probablement aussi, chez lui, cette conviction des mondialistes que la libre circulation des capitaux, des biens et des hommes est désormais la norme. Plus qu’une fatalité, une nécessité. Le problème se réduit donc à trouver les bons mécanismes de régulation pour que la machine ne se bloque pas. D’où la suggestion « des objectifs annuels ». Notons qu’un objectif, c’est un but à atteindre. Et si – hypothèse d’école – on n’atteint pas cet objectif annuel, on fait quoi ?

Néanmoins, rien n’empêche de donner ici quelques pistes de réponse à la question « Que proposez-vous ? » Par exemple : recouvrer la maîtrise de nos frontières pour empêcher l’immigration clandestine, désamorcer la pompe aspirante que constitue notre système social, suppression du droit du sol, durcissement des conditions de naturalisation, expulsion des étrangers condamnés, etc. Et puis, comme on ne peut faire aimer un pays à ceux qui viennent d’ailleurs si l’on ne s’aime et, donc, si l’on ne se connaît pas soi-même, rappeler dans notre loi fondamentale les racines grecques, latines et chrétiennes de notre civilisation européenne. Mais je ne suis pas convaincu que cela soit ce type de réponses qu’Emmanuel Macron, les « garants » et autres animateurs dans les « territoires » veuillent entendre. Il faudrait pourtant bien qu’ils l’entendent…

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