Immigration : quand Castaner prend exemple sur le sapeur Camember

Vous connaissez Les Facéties du sapeur Camember, une bande dessinée créée par Christophe dans les années 1890 ? Pas Christophe Castaner, mais Marie-Louis-Georges Colomb, dit Christophe, ce biologiste réputé qui composa des histoires illustrées et inventa, outre ledit sapeur, les personnages de la famille Fenouillard, du savant Cosinus et des lutins Plick et Plock ? Je ne voudrais pas être irrévérent à l’égard de notre ministre de l’Intérieur, mais l’une de ses déclarations, mardi dernier, devant l’Assemblée nationale, m’a immédiatement rappelé l’épisode où Camember creuse un trou, puis demeure perplexe : « Oui, se dit-il, mais, maintenant, la terre du trou… ousque j’vas la fourrer ? »

Christophe Castaner, commentant le projet de budget 2019 de l’immigration, s’est félicité d’une « reprise nette des éloignements [d’étrangers] ». Il a souligné que « l’entrée en fonction de ce gouvernement a marqué un tournant » dans la lutte contre l’immigration irrégulière. On croit rêver ! Il est vrai que, pour convaincre les Français de la justesse de son propos, il lui faut commencer par s’en autopersuader. On a donc appris qu’« après une hausse de 14 % en 2017, nous constatons cette année une nouvelle augmentation de 20 % des étrangers quittant le territoire national alors qu’ils ne disposent pas du droit de séjour ». Il y aurait eu 14.859 éloignements forcés en 2017, selon les chiffres de la Direction générale des étrangers en France.

Ce n’est pas très gentil pour ses anciens camarades du PS, qu’il soutint sous le mandat de François Hollande, avant de se rallier à la candidature d’Emmanuel Macron. Pas très fiable, apparemment. Donnons-lui, cependant, le bénéfice du doute quand il affirme qu’il est « favorable à des procédures plus strictes et à des applications plus fermes [des obligations de quitter le territoire] ». Après tout, il suit la voix de son maître, dont la position en matière d’immigration s’est durcie – en paroles – à l’approche des élections européennes. Mais il a omis de préciser une donnée essentielle du problème, qui le rapproche du fameux sapeur Camember.

C’est bien beau d’annoncer un renforcement des expulsions, mais à quoi bon, si l’on ne fait rien contre les entrées nouvelles d’immigrés clandestins ? Il est assez aberrant, même si la procédure de demande d’asile doit être accélérée, de continuer d’accepter de nouveaux migrants pour, ensuite, en expulser une grande partie. Or, alors même que Christophe Castaner vante la politique du gouvernement, on apprend que, sous l’effet de la baisse des départs depuis la Libye et des arrivées en Italie, une route migratoire s’est ouverte entre l’Espagne et la France et ne cesse d’être empruntée.

Chaque jour, une centaine de migrants venus d’Afrique et du Maghreb, via le Maroc et l’Espagne, passent la « frontière » entre Irun et Hendaye, bien décidés à s’installer en France. S’ils sont repérés et reconduits en Espagne, ils reviennent aussitôt. Et, comme la « solidarité » envers les migrants n’est plus un délit, depuis la décision du Conseil constitutionnel, devinez ce qui se passe. Christophe Castaner s’alarme de la « pression qui s’exerce à la frontière espagnole », mais ne fait rien d’efficace pour empêcher les migrants d’arriver. À supposer qu’il tienne son engagement, il n’a pas fini d’expulser ceux qui n’obtiendront pas officiellement l’asile.

Comme notre ministre de l’Intérieur est prévoyant, il met en œuvre un « plan d’investissement » de 48 millions d’euros dans les centres de rétention administrative. Quant au projet de budget immigration, asile et intégration, il augmente de 18 % en 2019, pour un montant de 1,58 milliard d’euros. « Mais, à part ça, Madame la Marquise / Tout va très bien, tout va très bien. »

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