Helsinki : Trump joue le tout pour le tout

Trump fait l’unanimité dès les premières secondes suivant la fin de la conférence de presse d’Helsinki. Accusé de trahison ou d’incompétence pour avoir pris parti pour Poutine contre ses propres services secrets, les commentateurs pressés considèrent maintenant ses jours comptés depuis que l’establishment républicain et Fox News (!) lui ont sauté à la gorge.

Oubliant qu’à la suite de ses rencontres avec May, l’OTAN et Poutine, une nouvelle alliance trumpo-eurasienne se dessinait afin de faire contrepoids à la Chine, la presse n’est venue à Helsinki que pour forcer Trump à embarrasser Poutine en public. Et à admettre que son élection n’était pas légitime. Trump, comme au poker, a surenchéri, fidèle à son instinct, dénonçant publiquement la « chasse aux sorcières ». Mais ceci ne suffit pas à expliquer la panique dans le regard des accusateurs publics de Trump. Force est de se demander : de quoi donc a peur ce « parti unique » qui dirige Washington depuis 1945 ?

Dans notre chronique du 15 juillet, nous expliquions comment le parti unique tentait désespérément de faire annuler le sommet d’Helsinki. Qui a eu lieu… Pire encore, Poutine et Trump se sont parlé seul à seul (avec leurs interprètes) pendant plus de deux heures. Que se sont-ils dit qui fasse grimper l’État profond au rideau ? Y a-t-il une nouvelle campagne de révélations en préparation contre le parti unique ? Et pourquoi Trump a-t-il resservi l’histoire du serveur du parti démocrate, des 35.000 courriels disparus de madame Clinton ou encore celle du Pakistanais Imran Awan qui gérait l’informatique des démocrates au Congrès ?

Est-ce que Trump est allé voir Poutine comme de Gaulle s’en était allé à Baden-Baden ? Pour se protéger contre l’actuel coup d’État rampant mené contre lui par la coalition des services secrets anglo-saxons ? Est-ce que Poutine lui a donné des informations ? Peut-être. Poutine, après avoir mentionné Soros, a produit « sa » liste de cibles occidentales à inculper (liste confirmée dans les heures qui suivaient par son procureur général). Une liste à décortiquer avec attention, car chaque nom en cache plusieurs, non cités.

Cette liste révèle ainsi deux nexus. Le premier (on y revient toujours) est le réseau politico-financier Clinton, que le ministère de la Justice de Trump fait aujourd’hui semblant d’analyser. Le deuxième est celui de la pléiade d’intervenants au sein de l’État profond qui ont géré le faux dossier « anglais » et financé par les Russes (probablement des opposants à Poutine) qui servit de déclencheur de la cascade d’initiatives « légales » visant la déposition de Trump (quatre commissions d’enquêtes parlementaires, une enquête du FBI, puis l’enquête Mueller). Autant de personnes que la police de Poutine veut interroger.

Sans oublier le démiurge : le discret et puissant Bill Browder (voir notre chronique du 5 février). Autrement dit l’initiateur de la nouvelle guerre froide entre Washington et Moscou. Car qui dit Browder dit Magnitski, donc dit McCain. Et qui dit Browder dit Kramer (listé avec Browder par les Russes), donc McCain ! D’où ce réflexe républicain, y compris certains ralliés à Trump, qui ne voudront jamais laisser émerger une vérité : le vénéré sénateur McCain et ses amis ultra-néo-conservateurs autant que clintoniens seraient les auteurs de la première tentative de « renversement de régime » sur leur propre territoire. Toujours en cours. En attendant, Trump survit, espérant bien ne pas finir comme Salvador Allende.

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