Discours - Editoriaux - Histoire - Religion - 10 avril 2018

Emmanuel Macron aux Bernardins : un beau discours pour ne rien dire (ou presque)

Emmanuel Macron aux Bernardins. Je me tourne d’un côté, de l’autre, je constate qu’il est de bon ton de l’avoir trouvé très bon. Les catholiques ont tellement l’habitude de prendre des coups qu’ils sont aux anges quand on daigne leur parler. Même pour ne pas leur dire grand-chose. Car quoi que puisse en penser le chœur des pleureuses de gauche, Emmanuel Macron n’a donné aucun gage. Tout au plus a-t-il passé un baume sur les vieilles plaies mal refermées en reconnaissant aux catholiques une valeur propre – pour « réparer un lien abîmé » – les hissant au rang de Français dignes de participer au débat national. C’est déjà trop, diront certains contempteurs.

Le journaliste Guillaume Tabard juge ce discours « infiniment plus riche et complexe que les cris d’effroi des gardiens autoproclamés de la laïcité ». Étant moins polie, je le trouve surtout plus touffu et plus alambiqué. À côté de l’hommage très réussi à Arnaud Beltrame, il semble délayé, voire ennuyeux.

Sylvain Fort – que l’on dit être le « Buisson » de Macron, sa plume dévolue aux harangues conservatrices – se révèle ici faiblard… ou a cru bon d’adopter le dialecte local : la langue de buis. Ce long morceau de bravoure fait penser à ces sermons de confirmation en province, quand votre petit dernier vous laboure les genoux – « C’est bientôt fini, maman ? » -, ou à ces interminables mots de rentrée dans l’école Saint-Peuimporte, dans lesquels le directeur vante l’esprit si particulier de son école tandis que les petits en sandales grelottent sous le vent frais de septembre, sans jamais dire concrètement en quoi il consiste. Les catholiques œuvrent « pour la dignité des plus fragiles », les félicite Emmanuel Macron. Bien sûr, mais il aurait fallu préciser ce que signifient ces mots pour eux. Celui de dignité a été si galvaudé que l’on peut, aujourd’hui, revendiquer tuer « le plus fragile » par « dignité ».

Il y a indéniablement de beaux passages sur la confrontation souffrante, pour tout homme d’action, entre la perfection de la conviction et l’irréductible imperfection du réel, sur l’exigence d’humilité, ou sur la « question intranquille du salut », qui habite toutes les vies, « même les plus résolument matérielles ». Mais le dénigrement de toute vérité – appelée péjorativement « certitude » – fait l’éloge en creux du relativisme absolu. Quant à la phrase sur l’Église qui « chaque jour accompagne des familles monoparentales, homosexuelles ou ayant recours à l’avortement en essayant de concilier ses principes et le réel », elle déguise la charité en démission.

Au détour du discours, des références aux auteurs « du milieu » – Lubac, Weil, Mauriac, Ricœur, soigneusement choisis pour plaire à tout le spectre – sont semées, tels les cailloux du Petit Poucet (pour que le catho retrouve ses repères), ou telles les citations dont on s’est fait une liste et que l’on veut à toute force caser dans sa dissertation, pour impressionner par son érudition.

Sitôt qu’une qualité est reconnue à son auditoire, selon la règle immuable du « en même temps », elle est accordée aux autres : « Si les catholiques ont voulu servir et grandir la France, s’ils ont accepté de mourir, c’est aussi parce qu’ils étaient portés par leur foi en Dieu et par leur pratique religieuse », « mais après tout, nous comptons aussi des martyrs et des héros de toute confession […] et y compris des athées, qui ont trouvé, au fond de leur morale, les sources d’un sacrifice complet ». Un point partout, la balle au centre.

De même, pour ne fâcher personne, Emmanuel Macron glisse que même si les racines chrétiennes sont mortes, la sève coule néanmoins. Y a-t-il un botaniste dans la salle ? Cette histoire semble louche….

« Si nous savons juger les choses avec exactitude, nous pourrons accomplir de grandes choses ensemble », a conclu Emmanuel Macron. Quelles choses ? Nul, à l’issue de ce discours, n’est capable de le dire.

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