Editoriaux - Education - Politique - Société - 26 octobre 2018

Des flics à la maternelle version Castaner ?

Non, les forces de l'ordre ne doivent pas avoir vocation à faire les bouche-trous.

Ainsi Castaner n’exclurait-il pas la présence « physique » des forces de l’ordre dans les écoles. Et la presse nationale de saluer la détermination et l’esprit guerrier du nouveau ministre de l’Intérieur.

Pourtant, même en faisant exception de la tournure de phrase employée, qui indique clairement que cette position, si elle est avérée, n’engage que lui, le nouveau locataire de la Place Beauvau ne fait que reprendre les termes d’une mesure qui a souvent été évoquée sans jamais être mise en œuvre. À cela, les raisons sont nombreuses.

Tout d’abord, parce que les syndicats d’enseignants se sont toujours montrés hostiles à cette possibilité. Considérant l’espace scolaire comme neutre et inviolable, les enseignants considèrent ainsi que les forces de l’ordre n’ont rien à faire dans les établissements scolaires. Ensuite, cette stratégie n’a jamais fait l’unanimité dans les partis politiques. Là encore, certains d’entre eux considèrent que la police n’a pas à s’immiscer dans le fonctionnement de l’Éducation nationale. Enfin, même les parents d’élèves ont été, pour partie, réticents à ce type d’action. On ne voit donc pas comment Castaner, avec ses petits bras musclés, parviendrait à imposer à la communauté éducative une mesure qui a toujours été rejetée.

Mais là n’est pas le seul obstacle à la mise en place d’un tel dispositif. En effet, d’autres questions se posent. Telle la disponibilité des policiers (nationaux, voire municipaux) et des gendarmes pour faire face à cette nouvelle mission. Avec des effectifs en diminution – malgré les quelques efforts de recrutement récents -, il sera impossible de sécuriser, de cette manière, l’ensemble des établissements scolaires, quand bien même on ne ciblerait que les plus sensibles.

Ensuite, comment définir valablement le périmètre d’action des forces de sécurité intervenantes ? Quelles prérogatives et quelles consignes claires données à ceux qui devront se substituer aux équipes pédagogiques, aujourd’hui dépassées, il faut bien le reconnaître ? Non, les forces de l’ordre ne doivent pas avoir vocation à faire les bouche-trous et à pallier les carences d’un système qui n’a pas été capable, jusque-là, de se remettre en question.

Avant d’envisager de telles solutions, rétablissons les fondamentaux. Redonnons aux enseignants le droit de s’imposer dans leurs classes. Revenons aux sanctions (pédagogiques, bien entendu) et ramenons à la raison des syndicats de parents d’élèves, prônant par-devant la fermeté mais démolissant par-derrière les enseignants quand l’occasion leur en est donnée. De même, remettons de la solidarité et de la cohésion dans la chaîne hiérarchique de l’Éducation nationale : les professeurs, ainsi soutenus, se sentiront moins seuls et seront légitimés dans leur autorité.

Tout cela n’empêche en rien la police de faire son travail. La surveillance des abords des écoles, les interventions systématiques lorsque cela est nécessaire, une présence dissuasive aux bons endroits et aux bonnes heures devraient suffire à rétablir l’ordre et la sécurité sur de nombreux sites.

Puisque des mesures sont annoncées très prochainement pour faire face à cette violence qui n’en finit pas de se répandre à tous les étages de notre société, alors soyons vigilants et fermes dans nos intentions. Mais il y a fort à parier que ni Macron ni Philippe ni Castaner n’auront l’envergure indispensable pour prendre à bras-le-corps un dossier que les gouvernements successifs se sont renvoyés comme une patate chaude.

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