Anarchy in the UK : un Sex Pistol défend Trump et le Brexit !

Journaliste, écrivain
 

Dans les années 70 du siècle dernier, quand on en avait assez des solos de flûte traversière de Ian Anderson, du groupe Jethro Tull, de la pignolade guitaristique d’un Steve Hackett, du gang Genesis, ou des polyphonies centristes des Républicains indépendants (formation un peu tombée dans l’oubli depuis), demeurait au moins ce havre de paix : les Sex Pistols. Des gamins qui ne respectaient rien, même pas la reine d’Angleterre. Bref, des punks. Ou des « ponts », comme disait alors VGE.

2017, Tout a changé. John Lydon, chanteur des pistolets sexuels en question, alors plus connu sous le sobriquet de Johnny Rotten – Johnny le Pourri –, donne une nouvelle fois de la voix, mais pas dans celle (de voie) qu’on pouvait forcément attendre. Il a passé la soixantaine, s’occupe de sa famille, a pris du bide ; ce qui ne l’empêche pas de demeurer le rebelle qu’il a toujours été. Mais d’une autre manière, toutefois.

À propos du Brexit et de l’élection de Donald Trump aux USA, il assure ainsi : « Je crois que de temps en temps, le monde a besoin d’être secoué. La léthargie finit toujours pas récolter ce qu’elle mérite.

[…] Donald Trump est le genre de coup de pied aux fesses dont les gens avaient besoin. » Le président en question a maintenant les cheveux teints en orange tandis que ceux du chanteur étaient jadis peints de vert ? Qu’importe ! John Lydon, toujours : « Donald Trump est très problématique en tant qu’être humain [avis de connaisseur, NDLR], mais il n’est pas raciste et il y a de fortes chances que quelque chose de bon sorte de cette situation, parce qu’il fout la trouille aux hommes politiques. » Punk un jour, punk toujours !

Et, histoire de mettre un peu de sable dans les rouages, l’artiste persiste et signe : « L’idée de faire de la politique sans rien changer, c’est fini, maintenant ! […] J’ai toujours vu l’anarchie comme un jeu de l’esprit des classes moyennes, les quelques privilégiés gâtés qui peuvent se permettre de s’adonner à ce genre de philosophie absurde. […] Quelqu’un doit construire des routes et ça ne sera certainement pas les anarchistes. »

À Libération et chez Les Inrockuptibles, il doit y avoir du « nerveux breakdown » dans l’air. Pauvres petits bouchons. Lesquels estiment de longue date que le monde du rock serait assujetti, comme par une sorte de droit divin, à la sainte gauche… Si les mêmes avaient mieux lu Rock & Folk, période Philippe Manœuvre, ou les écrits de Lester Bangs, époque Creem, ils devraient pourtant savoir que les pionniers du rock qui dérange et tape là où ça fait mal viennent rarement du cercle fermé des gommeux issus des grandes écoles.

Car John Lydon, issu d’une famille irlandaise et catholique, a connu la débine, la vraie, la crasseuse. Celle du prolétariat des bas quartiers de Londres, désormais submergés par un autre quart-monde issu de l’immigration : invisible, vu des bancs d’Eton ou de Cambridge. Pourtant, même rangé et fidèle à ses origines, Johnny le Pourri continue à brandir un doigt d’honneur à la face de la high society.

Son dernier coup en date ? Révéler que son récent entretien privé avec Nigel Farage, chef de file du Brexit, a tout bonnement été « fantastique ». Et de se féliciter en ces termes du verdict des urnes : « La classe ouvrière a parlé et je suis l’un d’entre eux et je suis avec eux. Voici le résultat ! »

« Never Mind the Bollocks », titre du premier et dernier album officiel des Sex Pistols ? « On s’en bat les roupettes ! » translated en french. Bravo, donc : Johnny Be Good et vive l’Irlande libre !

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