Frédéric Salat-Baroux n’est pas n’importe qui. Énarque brillant, conseiller d’État, gendre de Jacques Chirac, secrétaire général de l’Élysée sous la présidence de celui-ci, il a soutenu en 2012 puis est devenu avocat d’affaires. C’est un homme de bien.

Aussi s’est-il fendu d’une tribune contre Éric Zemmour. Et pas n’importe où : dans Le Monde. Il a pu y développer avec brio une thèse qu’il partage avec d’autres connaisseurs du monde politique : ne serait pas le dénonciateur de la guerre civile, il en serait le ferment. Pire : il utiliserait les musulmans comme boucs émissaires, avec les mêmes modes opératoires que, jadis, les antisémites contre les Juifs. « Face à des médias irresponsables, face au silence assourdissant de nos autorités morales, que peut ressentir le Français musulman ? Qui a un mot de respect et de fraternité à son égard ? Faut-il être aveugle pour ne pas voir que et les islamistes sont des alliés objectifs pour mettre le feu au pays ? » Salat-Baroux peut se permettre cette facilité : comme beaucoup de contempteurs d’Éric Zemmour, comme beaucoup de ses soutiens aussi, et comme lui-même, il est juif.

Enfilant les hommages au général de Gaulle et reconnaissant, au passage, certains des talents du polémiste point encore déclaré, le mari de Claude Chirac continue, cependant, de penser que l’enjeu est d’abord social. Que les gilets jaunes, qui n’ont pas repris le chemin des ronds-points depuis trois ans, fût-ce pour défendre leurs libertés individuelles face au Covid, sont le pivot de la campagne. Que rien, dans cette catastrophe sociale, n’est lié au poids de l’invasion migratoire. « Il faut s’adresser au peuple de France avant que ne le fasse et en prenant enfin la mesure du message originel des « gilets jaunes » d’une société où les plus modestes ne peuvent plus vivre dignement de leur travail et où leurs enfants n’ont plus aucune chance de s’élever socialement. C’est la question centrale, celle qui n’est pas encore posée, mais qui décidera de la prochaine présidentielle. »

La droite chiraquienne existe donc encore. Cette drôle de machine, faite de postures martiales et de néant doctrinal, cette construction qui a tué le RPR comme l’UDF, qui a fait perdre Sarkozy en 2012 et gagner Macron en 2017, vient de trouver sa dernière incarnation en la personne d’un illustre inconnu, un gendre de Chirac, dont le monde avait besoin (je parle du journal).

On souhaite bien du plaisir à M. Salat-Baroux pour stopper le phénomène Zemmour. Il faudra sans doute plus que cela…

19 octobre 2021

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