Cinéma - Editoriaux - Justice - Médias - Presse - Société - Table - 17 octobre 2017

Weinstein : coupable avant même d’avoir été jugé…

Désormais soupçonné de quatre viols et de plusieurs agressions sexuelles, le producteur Harvey Weinstein – qui faisait jadis la pluie et le beau temps à Hollywood – est réduit à l’état de loque : viré de sa propre compagnie, largué par sa femme, lâché par ses anciens amis et bientôt déchu de la Légion d’honneur, insulté et lynché par les procureurs moraux des réseaux sociaux qui se précipitaient – il y a encore quelques mois – pour voir ses films. Arx tarpeia Capitoli proxima.

Si vous cherchez la présomption d’innocence, passez votre chemin. Elle est aux abonnés absents dès lors que tombe une accusation d’agression sexuelle ou de violence envers les femmes. L’opinion publique – avide de scandales glanés dans les bas-fonds de la haute société inaccessible et secrètement jalousée – obéit à un Code pénal aux accents d’archaïsme tribal remanié à la sauce SJW (social justice warrior) : la parole de l’accusatrice compte double, celle du mis en cause ne compte pas, surtout s’il a le tort d’être riche et puissant. Coupable, Weinstein l’est forcément : mâle, blanc, multimillionnaire… autant d’éléments accablants.

Le cas de Weinstein est loin d’être isolé. Rappelons, à titre d’exemple, Olmert, Polanski, Strauss-Kahn, Pistorius ou Hamilton. Ce dernier, octogénaire, fut réduit au suicide, ne pouvant supporter l’avalanche quotidienne d’accusations de viols. On observe, en effet, un curieux effet domino dans ces affaires : enhardies par le témoignage d’une présumée victime, des dizaines d’accusatrices sortent de l’ombre et relatent des faits remontant parfois à plusieurs décennies… Commence alors une véritable chasse au dahu relayée par la presse jaune. Les médias se font une compétition du diable : c’est à qui dénichera les détails les plus salaces.

Et l’accusé ? Coupable avant même d’avoir été jugé, parfois sans même que les présumées victimes déposent plainte. Même ses éventuels soutiens ne sont pas à l’abri. Ainsi, Oliver Stone, après avoir timidement pris la défense de Weinstein, s’est retrouvé à son tour accusé d’agression sexuelle par une obscure mannequin.

Les annales judiciaires nous apprennent cependant qu’un amoncellement de témoignages accablants n’est pas toujours synonyme de vérité. Loin de nous l’idée de remettre en doute la parole de ces femmes, c’est à la seule justice de trancher ; et quand une femme a été victime d’agression, c’est naturellement son droit de témoigner. Mais que cette “libération de la parole” se fasse (par facilité ?) dans les colonnes d’une presse à scandales plutôt que dans le bureau du procureur est éminemment condamnable et lâche.

Loin d’être freinés par les autorités, le lynchage et la délation gratuite sont même encouragés : en témoigne le hashtag #BalanceTonPorc, lancé par une journaliste féministe sur Twitter. Il consiste, pour les femmes, à rapporter les présumés harcèlements qu’elles auraient subis dans la rue, au travail ou dans d’autres lieux publics. Cette campagne à la limite de la légalité est soutenue par l’ensemble des médias qui encensent le “courage” (sic) de celles qui ont – souvent anonymement et sans preuves – jeté en pâture le nom de leur voisin ou de leur patron.

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