Allez, mettons cela sur le coup de la fatigue ! Il s’en est, d’ailleurs, excusé par la suite. Le député MoDem de la Vienne Nicolas Turquois, rapporteur du projet de loi sur les retraites – ce qui, tout de même, n’est pas rien -, s’est lâché dans la nuit de mardi à mercredi, visiblement exaspéré par le combat de harcèlement de l’opposition, notamment des Insoumis : « Certains ont dit “La République, c’est moi”. Eh bien, la République, c’est nous et vous, vous n’êtes rien ! »

Première remarque : ça commence à faire beaucoup de monde qui se prend pour la République, depuis que Mélenchon nous a fait sa grande scène du 2 devant les locaux de La France insoumise. Déjà, déclarer « La République, c’est moi », « La République, c’est nous », c’est plutôt gonflé. On a envie de dire à ce député, petit chose de la nuit parlementaire, et à ses camarades : tiens, va donc voir au commissariat de police du coin, des fois qu’ils aient retrouvé tes fameux territoires perdus ! C’est bien à toi, puisque tu es la République ? En tout cas, Louis XIV et son apocryphe « L’État, c’est moi » peut aller se rhabiller.

« Vous, vous n’êtes rien ! » On a dit la fatigue, l’exaspération. Un peu comme dans les guerres de bocage, de maquis, celles du faible au fort. Quand vous êtes le fort et que vous vous faites harceler à chaque bosquet, à chaque calvaire, à chaque coin de rue, à la fin, l’envie peut vous prendre d’en clouer un sur la porte d’une grange. Enfin, vous voyez l’idée. Des centaines d’amendements à chaque paragraphe, à chaque alinéa, à chaque mot, ça peut un tantinet agacer… Alors, on commet l’irréparable et, après coup, on regrette.

La fatigue, l’exaspération. Et l’humour, aussi. Très important, l’humour : on le voit dans l’affaire Messiha-Belattar-Sopo. « L’humour, c’est une des choses que je préfère avec l’infanterie et les pieds paquets », comme disait Ludwig von Apfelstrudel dans Papy fait de la résistance. Il a voulu faire de l’humour, qu’il a dit, le député MoDem. Moi, pourtant, j’ai remarqué un truc : souvent, quand on est fatigué, on perd un peu de son sens de l’humour. Quand on en a, évidemment. Et à revoir le film de la scène dans l’Hémicycle, on n’a pas franchement l’impression qu’il voulait faire rigoler, le Turquois, au moment où il prononça son mot définitif. En tout cas, le député LR Philippe Gosselin, dans une manœuvre en tenaille remarquable, est venu au secours des Insoumis pour souligner le fait que cet humour était plutôt déplacé : « humour à deux balles », qualifiant d’ailleurs les propos du modemiste, justement, d’« inqualifiables ». « Y a pas de mots, y a plus de mots », comme disait Guy-Hubert Bourdelle, toujours dans Papy fait de la résistance (on a les références que l’on peut).

« Vous, vous n’êtes rien ! » Mais, au fait, ça ne vous fait penser à rien ? Ah oui ! Le désormais gravé dans le marbre « ceux qui ne sont rien » d’. Pardon, mais ça n’a rien à voir. Ce jour-là, le Président semblait en pleine forme, pas fatigué pour un sou, rayonnant de sa gloire de début de règne. Ne bredouillait pas comme on peut le faire lorsqu’on n’a pas dormi depuis deux jours, qu’on a eu à peine le temps de prendre une douche et que le sent-bon ne fait plus son effet. D’ailleurs, on n’a jamais vraiment entendu émettre des regrets sur ces propos. « Non, rien de rien », chantait Piaf. Et Brel : « On n’oublie rien de rien, on s’habitue c’est tout… »

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