Avec l’élimination médiatique du calife Al-Baghdadi, l’opinion a tendance à oublier que le djihadisme est très actif au Sahel et qu’il a là-bas un chef : .

De tous les djihadistes, il est celui qui menace le plus la sécurité de l’ de l’Ouest. Il a eu la formation militaire la plus approximative mais il ne constitue pas moins le casse-tête de ceux qui luttent contre l’extrémisme violent. De fait, Amadou Koufa, qui contrôle aujourd’hui le centre du et assure la coordination des bandes armées qui pillent le Burkina Faso et le , est plus idéologue et propagandiste que chef militaire. Il est peu rompu au maniement des armes. Il n’a fréquenté un champ de tir que quelques jours à Tombouctou, après l’invasion des groupes djihadistes.

Pourquoi, alors, Amadou Koufa est-il redoutable au point d’être considéré par l’armée malienne et les forces internationales en lutte contre le djihadisme comme l’ennemi à abattre ? En novembre 2018, lorsque l’état-major malien et la force française Barkhane avaient annoncé sa mort, ça avait été un tel soulagement que le ministre des Armées de la France, , s’était empressée de se livrer à des interviews. Saluant une action « qui a permis de neutraliser un important détachement terroriste au sein duquel se trouvait probablement l’un des principaux adjoints de Iyad ag Ghali, Amadou Koufa, chef de la katiba Macina ».

Autre élément qui montre l’importance du djihadiste, la réaction immédiate d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), qui a démenti aussitôt la mort du chef djihadiste malien : « Plusieurs médias internationaux ont rapporté que le cheikh ‘Muhammad Koufa’ avait été tué aux côtés de 34 autres dans une opération aéroportée. Toutefois, le cheikh n’était pas sur le site de l’opération et il n’a été ni tué, ni blessé. »

La polémique avait enflé mais, finalement, le djihadiste malien est lui-même apparu sur une vidéo pour se moquer de ceux qui ont cru à sa mort. Au grand dam des experts convaincus qu’elle aurait affaibli le mouvement djihadiste et fait chuter la menace terroriste en Afrique de l’Ouest. Le chef de la katiba Macina, un groupe affilié à Ansar Dine, puis au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, est bien vivant et entend perturber le sommeil de ceux qu’il considère comme les ennemis des peuples, des Peuls et de Dieu.

Amadou Diallo, de son vrai nom, né vers 1961 dans le centre du Mali, est peul. Il séjourne au Pakistan et en Mauritanie pour affiner ses connaissances en matière de radicalisation. Quand les djihadistes prennent Tombouctou, c’est tout à fait naturellement qu’il rejoint le mouvement.

Fils d’imam, celui qui se fait appeler Amadou Koufa, du nom de son village, gagne la notoriété par ses prêches. Bon parleur, anti-système, il conquiert le cœur de milliers de jeunes contre tous ceux qui détiennent un pouvoir au Mali : l’administration, les religieux, le gouvernement, les marabouts, etc. Il acquiert une forte popularité dans le centre du Mali.

Selon l’anthropologue malien Boukary Sangaré, lui « et les autres islamistes de la région parlent de libération, d’émancipation et d’épanouissement, cela attire les plus démunis, les pasteurs transhumants et certains marabouts. Il y a dans ce combat une forme de révolution sociale vis-à-vis de l’État et des structures communautaires traditionnelles quasi féodales. »

Pour la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) et l’Association malienne des droits de l’homme, « il a très vite acquis une certaine notoriété chez les jeunes Peuls. Dans les années 1990-2000, les enregistrements de ses prêches s’arrachent. S’il séduit les jeunes, c’est aussi parce que ses prêches et ses poèmes, qu’il diffuse à la radio, sont autant de remises en cause du système. Koufa dénonce l’hypocrisie des « aristocrates » et des familles maraboutiques. Il critique la mendicité des talibés qui servent à enrichir les marabouts. Il pointe du doigt les voleurs ou les femmes légèrement vêtues. Il célèbre les bergers. Plus globalement, il dénonce – sans employer ces termes – l’absence d’ascenseur social. »

C’est ce beau parleur, prédicateur enflammé, adulé par des jeunes, qui va se mettre au service des terroristes et de Iyad Ag Ghali.

C’est, plus grave, ce laveur de cerveau qui exacerbe aujourd’hui les conflits intercommunautaires. Depuis qu’il s’est installé dans le centre du Mali, les violences intercommunautaires se sont multipliées : il arme les Peuls, traditionnellement éleveurs, pour s’attaquer à leurs frères dogons et bambaras, pratiquant majoritairement l’agriculture. Il a appelé tous les Peuls de la sous-région ouest-africaine à s’unir et à mener une guerre contre les autres ethnies.

En utilisant, pour son groupe, baptisé Front de libération du Macina, le nom d’un ancien empire peul, il a réussi à se faire passer, auprès de beaucoup de Peuls, pour leur sauveur. Il leur promet la suprématie sur les autres Peuls.

Au centre du Mali et aussi à l’est du Burkina Faso, qu’il a conquis, les massacres ethniques se multiplient.

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