Votation : pourquoi les Suisses disent non au contrôle de l’immigration

"Un sentiment de confort et de sécurité continue de prédominer", d'où une certaine tolérance à l'immigration.
Photo de Stephen Leonardi: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/ville-lac-voyager-urbain-18558698/
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La votation « Pas de Suisse à 10 millions ! », portée par l’Union démocratique du centre (UDC), ce 14 juin, a mobilisé les citoyens, avec 58 % de participation (contre une moyenne de 47,1 % pour les votations des années passées). Mais cela n’a pas été en faveur de cette initiative populaire pour la « durabilité », puisque les Suisses l'ont repoussée à 54,79 %. Comme l’expliquait ici même Angelica Bailly-Soria, avec cette question sur la taille de la population, l’UDC entendait contrôler l’immigration de masse et ses effets néfastes sur la sécurité, les emplois, les paysages…

Les résultats officiels. Source: https://www.admin.ch/fr/initiative-durabilite

Changement de population

Dans des sondages remontant à fin mai, 53 % des 18-39 ans mais aussi 54 % des femmes et 51 % de la population urbaine se disaient « résolument contre » cette votation. Pour Éric Bertinat, ancien élu UDC et ex-président du conseil municipal de Genève, cela est logique. À chaque initiative sur l’immigration ou un sujet apparenté, rappelle-t-il à BV, « un large front réunissant partis politiques de gauche comme de droite, médias, organisations patronales et syndicales, milieux culturels et associatifs se dressent contre les propositions de l’UDC ». Or, l’influence de ce front est remarquable « auprès des jeunes générations, des femmes et des habitants des grandes villes, généralement plus réceptifs aux discours valorisant l'ouverture et la diversité ».

Par ailleurs, le lent changement de population ne doit pas être minimisé, puisqu’« une part importante de la population est aujourd'hui d'origine étrangère ou issue de l'immigration récente ». S’il est trop tôt pour parler d’une « nouvelle Suisse », les Suisses récents n’ont pas les mêmes préoccupations que ceux « de souche ». « Nombreux sont ceux qui ont acquis la nationalité suisse par naturalisation ou par mariage et qui ne partagent pas nécessairement la même vision de l'avenir du pays que les partisans d'une limitation de la croissance démographique », nous explique Éric Bertinat.

Les réticences de la 5e Suisse

La 5e Suisse – ainsi appelle-t-on les Suisses de l’étranger – était elle aussi « résolument contre », à 58 %. Le texte de l’UDC, ou plus exactement ses conséquences possibles, a suscité des inquiétudes. « En envisageant avant tout la libre circulation dans le sens des étrangers qui viennent travailler en Suisse, le parti [UDC] a négligé le fait qu’elle profite aussi à près d’un demi-million de Suisses installés dans l’UE », écrivait swissinfo.ch. Si ces interrogations n’ont pas été taboues durant la campagne, signale Éric Bertinat, celui-ci admet que, « pour de nombreux Suisses établis à l'étranger, la libre circulation n'est pas une question théorique : elle touche directement leurs conditions de vie, leur mobilité, leur activité professionnelle ou leurs projets familiaux ». Difficile d’en faire abstraction.

D’autres doutes ont couru dans la 5e Suisse, comme la possibilité que la nationalité suisse ne soit plus transmise aux petits-enfants de gens n’habitant pas le pays. L’UDC s’est-elle montrée insuffisamment explicative ? « Face à des enjeux aussi concrets, beaucoup d'électeurs ont préféré s'en tenir à ce qui était explicitement garanti plutôt qu'à ce qui relevait d'engagements politiques ou d'interprétations futures. Dans ces conditions, avance Éric Bertinat, le vote des Suisses de l'étranger apparaît moins comme un rejet de l'initiative que comme l'expression d'une prudence face à l’incertitude. »

Intentions de vote des Suisses de l'étranger et des Suisses résidant au pays. Source https://cockpit.gfsbern.ch/fr/cockpit/trend_w2_14062026/

L’angle écologique

Envisager la lutte contre l’immigration sous l’angle de la « durabilité », de l’écologie, était habile mais n’a pas fonctionné. L’UDC doit-elle revoir son angle d’attaque ? Éric Bertinat ne le pense pas. En fait, « qu'il soit question de durabilité, d'écologie, de logement, de transports ou de préservation du cadre de vie, toute tentative visant à maîtriser l'immigration se heurte aujourd'hui à une même réalité : une majorité de Suisses demeure globalement satisfaite de sa situation ». Ce qu’on peut voir en France, en Allemagne, au Royaume-Uni ? C’est loin, au-delà des montagnes. « Un sentiment de confort et de sécurité continue de prédominer. » Conséquence : « La tolérance à l'égard de l'immigration demeure remarquable. »

Aussi bien le problème doit-il être abordé sous plusieurs angles. Il y a celui du volume de l’immigration, mais aussi celui de l’intégration. Pragmatique, Éric Bertinat l’affirme à BV : « Les populations extra-européennes déjà établies en Suisse ne repartiront pas. L'enjeu est, dès lors, de favoriser une intégration exigeante, fondée sur la connaissance de notre histoire, de nos institutions, de nos usages et de notre culture. » Et de rappeler ce qui n’est, hélas, plus une évidence : « Aimer son pays ne devrait pas être considéré comme une attitude suspecte. Au contraire, la connaissance et le respect des particularités suisses devraient constituer un préalable naturel à toute installation durable dans notre pays. » Reste à en persuader les idéalistes de l’accueil à tout va et à y contraindre les nouveaux arrivants.

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Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

44 commentaires

  1. Parce que comme beaucoup d’Européens ce sont des fainéants qui ne veulent plus faire un travail manuel. A force d’avoir 95 % de réussite au bac, les plus idiots pensent qu’ils peuvent être physiciens, banquiers ou politiciens, ou à défaut sociologues.

  2. S’il y avait eu ce référendum en France, on peut supposer que le résultat aurait été à peu près pareil. Comme il y a de plus en plus de personnes issues de l’immigration, on peut craindre qu’un bon nombre de votants seraient pour une ouverture des frontières.

  3. N’y avait-il pas trop de sujets _ pas forcément liés _ dans cette votation ? Il est sûr que dire : 10 millions ! a de quoi affoler certains ( on ne sera jamais à 12 ou à 15 en Suisse ? ) = replis, décadence etc Pourquoi lier une Suisse à 12 millions d’habitants _ les Suisses ont peut-être le souhait d’avoir des enfants _ à d’autres sujets ?

  4. A mon sens la question posée n’était pas la bonne « limiter à 10 millions la population suisse  » , si l’on veut limiter les entrées sur un territoire , il faut de toute évidence « séparer le bon grain de l’ivraie » , en France on laisse envahir les sols par les « mauvaises herbes » .

  5. En Suisse les partis ont tous le même programme, LUTTER CONTRE L’UDC.
    Quand la gauche perd une votation elle demande son annulation, ce qui n’est pas le cas de l’UDC qui prend acte et prépare la suite et va de l’avant.

  6. Éternel paradoxe : les gens se plaignent, mais ne font rien pour changer leur situation, bien formatés qu’ils sont

  7. Mais la Suisse n’a-t-elle pas récupéré un français…….vous savez celui qui a mis l’économie de la France à zéro ? C’est peut-être luis qui a contaminé les petits Suisses ?

  8. Les petits suisses raffolent aussi du kébab et ne sont pas prêts à y sacrifier leurs vaches laitières ?
    Plus sérieusement en Suisse les gens satisfaits et en France il n’y a pas non plus que des grincheux.
    A moins que le vote des Suisses ait été manipulé par l’union européenne, elle est capable de tout cette ue !

    • votre dernière phrase me parait la plus juste, avec UE (dirigée par van der la hyène) on peut s’attendre à tout.

  9. Pour la rémigration, il faudra attendre.
    Les Suisses sont des gens prudents dont la vitesse rime avec la sagesse..

    • La ligne de flottaison en quelque sorte ce seuil, une fois dépassé il n’est plus à atteindre, alors attendre quoi?

  10. Ce résultat est bien triste car il démontre que le changement de civilisation a déjà eu lieu. Ceux qui se refusent à voir le réel seront les premiers à crier dans le désert lorsqu’il seront les prochaines victimes. Mais il sera alors trop tard.

    • Peut-être les immigrés en Suisse s’intègrent mieux dans le pays qui les accueille, que les immigrés s’installant en France.

      • surtout ceux qui sont accueillis….avec un compte en banque d’au moins 30 millions d’euros……c’est certain….que c’est plus facile de s’assimiler……
        la votation parlait de l’immigration de « pauvres » du tiers monde….les suisses ont peut être pensé que l’immigration de riches leur restait favorable ?

  11. Surprenant ce résultat mais pas inexplicable (comme dit l’autre) ; passé par Genève il y a déjà une décennie j’avais été choqué de voir des populations extra suisse en nombre impressionnant. C’est donc chez les jeunes dont l’esprit comme en France a été bien modelé dès le plus jeune âge et les urbains devenu suisses qu’il faut comprendre ce résultat ; eh oui !!

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