Editoriaux - Politique - 10 janvier 2019

Vœux présidentiels : Emmanuel Macron instaure le service public minimum !

Durant sa campagne présidentielle, Emmanuel Macron s’était fait fort de bousculer les usages. C’est réussi. La preuve par ses vœux du 31 décembre dernier, à l’occasion desquels il s’est empressé de faire la leçon aux mauvais Français : « Que certains prennent pour prétexte de parler au nom du peuple […], n’étant en fait que les porte-voix d’une foule haineuse, s’en prennent aux élus, aux forces de l’ordre, aux journalistes, aux juifs, aux étrangers, aux homosexuels, c’est tout simplement la négation de la France. » Rien que ça et rien de moins. Nonobstant, on remarquera qu’il est toujours possible de faire du neuf avec du vieux, sachant que cette « négation de la France » nous ramène à un autre vocable, celui de “l’anti-France”, propre à nous ramener aux heures les moins flashy de notre histoire.

D’ailleurs, et ce, toujours à propos de vœux, c’est une autre tradition qu’il s’apprête, aujourd’hui, à bousculer. L’année dernière, une vingtaine de cérémonies était organisée pour lui permettre de souhaiter d’autres vœux à tel ou tel corps ou profession. Cette année, il n’y en aura qu’une seule, et pas devant n’importe qui : le 1er régiment du train parachutiste, à Cugnaux, près de Toulouse. Plus jupitérien, ou plus que prudent, on ne fait pas.

Mais il faut comprendre, le Président est actuellement très occupé. Il a tout d’abord sa lettre aux Français à rédiger ; soit un grand moment d’émotion en perspective, propre à nous faire durablement oublier celle de Michel Polnareff, Lettre à France. Voire même celle adressée à Élise par Beethoven. De plus, il faut qu’il bachote son grand débat, prévu du 15 janvier au 15 mars prochain. Là, comment dire, il semblerait que tout ne soit pas encore tout à fait au point.

Pourtant, tout avait bien commencé, avec les duettistes Griveaux & Jouanno, impayables dans leur numéro taillé pour les planches de Bobino. Ou comment Benjamin fait disparaître Marie-Chantal et sa nuisette dans un placard à balais, exigeant qu’elle démissionne de son poste de la désormais célèbre CNDP (Commission nationale du débat public) pour cause de cachets trop élevés. Clou du spectacle : les sujets du débat, escamotés par le prestidigitateur en question. Oukety, oukety, le problème de l’immigration ? Naplula, naplula ! Disparu dans son chapeau claque. De même, le Garcimore de l’Élysée prévient-il sur BFM TV : « L’IVG, la peine de mort et le mariage pour tous ne seront pas sur la table » car « on ne tergiversera pas sur les valeurs »

Et hop ! Trois autres sujets envolés. Magnifique ! Comment fait-il ? Quel est son secret ? Où est le truc ? Simple comme bonjour : derrière le chapeau claque se dissimule seulement une assez belle tête à claques. Il fallait y penser.

Et le bouquet final, juste avant le tomber de rideau, avec la réapparition, après métamorphose, des sujets en question : « transition écologique, organisation des services publics, fiscalité, démocratie et citoyenneté ». Non content de faire s’évanouir les pigeons devant d’autres pigeons, le voilà, de plus, transformiste. Cet homme a décidément tous les talents. Arturo Brachetti n’a plus qu’à aller se rhabiller.

Comme on dit dans le monde du spectacle, Benjamin Griveaux assure la première partie avant l’entrée en scène de la vedette principale, Emmanuel Macron himself. Ne reste plus qu’à espérer que le public militaire qui l’attend soit à la hauteur de ses espérances. Bref, qu’il assure la claque. À défaut que lui ne s’en prenne.

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