Editoriaux - Politique - 4 janvier 2020

Vœux du 31 : Johnson 2-Macron 0

Après ses vœux de Noël historiques, a remis ça pour le 31. Il a su trouver le ton et la variation nécessaires. Et ce fut tout aussi percutant. Quel contraste avec la prestation de Macron… En deux minutes et demie, BoJo avait tout dit, tout tracé, dans un enthousiasme communicatif – sans pour autant passer sous silence le traumatisme des divisions dues au Brexit – quand il a fallu 18 minutes à Emmanuel Macron pour nier les divisions françaises et éviter la réalité : gilets jaunes, réforme des retraites dans l’impasse, fractures territoriales et communautaires, sans compter les violences urbaines qui se déchaînaient pratiquement au moment où il parlait…

Et la comparaison n’en était que plus cruelle pour celui qui, il y a trois ans, nous promettait un « nouveau monde »… Macron semblait en bout de course, épuisé par un an de gilets jaunes, un mois de conflit sur les retraites et une image durablement dégradée, quand Johnson pouvait affirmer, fort de sa victoire historique et toute fraîche : « C’est seulement le début ! »

Pour Macron, c’est incontestablement la fin, quel que soit le résultat de ses calculs pour se faire réélire une seconde fois, par défaut, contre Marine Le Pen.

Car précisément, le grand contraste entre Johnson et Macron tient en deux mots : le peuple et la vérité. Macron a cru pouvoir, autant dans sa campagne que dans sa gouvernance, les court-circuiter et s’en affranchir, comme le montrent ces vœux du déni, et, en fait, jouer non seulement malgré eux mais contre eux. Alors que Johnson s’est appuyé sur eux.

Johnson n’est crédible dans son ode optimiste à l’avenir et au génie de sa nation que parce qu’il a, d’abord, choisi d’épouser la vérité des aspirations populaires et ses peurs. a raté ce préalable essentiel en disqualifiant ou en contournant systématiquement les craintes et les attentes populaires. En cela, il ne fait que les renforcer et se disqualifier lui-même.

Le résultat, en termes de popularité électorale, c’est que Macron, après avoir perdu très tôt les classes populaires, voit se détacher de lui les classes moyennes, avec la réforme des retraites. Et tous les observateurs s’accordent pour constater que son seul salut repose sur l’électorat aisé et âgé ex-LR comme base du premier tour et la présence de Marine Le Pen au second tour.

Mais désormais, ce scénario qui, il y a quelques mois encore, passait pour une autoroute démocratique sans risque, devient plus problématique.

D’abord, la grève actuelle bat les records de 1995 et même de 1986. Or, on sait ce qu’il advint électoralement, deux ans après, des pouvoirs qui avaient affronté de tels conflits, lassant leurs partisans autant qu’ils exaspéraient leurs adversaires : Chirac fut défait en 1988 et Juppé en 1997. Le retrait ou le passage en force, à ce stade, laisseront tous les deux des traces. Par ailleurs, le socle aisé-âgé sera inévitablement à partager avec Baroin ou d’autres.

Enfin, le contraste toujours plus fort entre la vision idéalisée d’Emmanuel Macron et les réalités vécues par les Français ne semble pas devoir se résorber.

Dans ces conditions, l’avenir électoral d’Emmanuel Macron n’est nullement assuré.

C’est ce qui se jouait, encore – ou déjà – dans ces vœux : les votes. Johnson confirmait à deux reprises sa victoire du 9 décembre. Emmanuel Macron perdait – une fois de plus – le peuple.

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