À la lecture de vos tweets, on sent une certaine sympathie pour les indépendantistes catalans…

J’ai envie de vous répondre « Vive la Catalogne libre ! » à l’instar de ce que proclamait le général de Gaulle au Québec en 1967 lors de sa visite officielle. Une visite dont il disait que l’atmosphère lui rappelait celle de la Libération… Aujourd’hui, dans les rues pavoisées de Barcelone, un peuple ne réclame, ni plus ni moins, que ce droit à disposer de lui-même, ce droit à l’autodétermination, inscrit dans l’article 1er de la Charte des Nations unies. Même si, bien sûr, parler de Catalogne « colonisée » prête à sourire… Mais je trouve un brin contradictoire d’avoir applaudi aux propos du père de la France libre et de traiter aujourd’hui, comme je l’entends ici et là, les indépendantistes catalans de « chauvinistes », de « xénophobes ».
 
Comment ceux-là mêmes qui n’ont à la bouche qu’un seul mot – l’identité – peuvent-ils vouer aux gémonies un peuple – parce qu’il y a bien un peuple catalan, comme il y a un peuple français, un peuple corse, un peuple espagnol – qui veut prendre son destin en main. De plus, il y a dans la revendication catalane la volonté d’inventer une démocratie plus proche, plus vivante. Comment ne pas les entendre alors que nous ne cessons de nous plaindre des rapports distendus entre les simples citoyens et ceux qui sont censés les représenter et en être les porte-parole ?

Vous accepteriez donc, demain, une Corse indépendante ?

Il ne s’agit pas d’accepter ou non ! Je dis simplement qu’on n’impose pas indéfiniment à un peuple un projet, un cadre, des institutions dans lesquels il ne se retrouve pas. Si je me sens français jusqu’au plus profond de mon être, je suis prêt à entendre ceux qui partagent une autre identité. Si je ferai tout pour les convaincre de continuer à partager un destin commun, je ne vois pas au nom de quoi je m’opposerais à une volonté majoritaire si elle devait, demain, s’exprimer – à l’issue d’un processus démocratique, bien évidemment – en Corse, par exemple. Plus généralement, il s’agit, me semble-t-il, de concilier la nécessité de protéger ces liens charnels qui nous attachent à un territoire et à son histoire tout en n’enfermant pas chaque individu dans une communauté étouffante, sclérosante. Difficile exercice. Les soubresauts de la Catalogne devraient nous interroger. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la classe politique ne pipe pas mot ou presque. Si ce n’est pour témoigner, comme l’a fait le chef de l’État, de sa solidarité avec Madrid… de peur de la contagion, peut-être.

Déclaration après déclaration, vous ne cessez de dénoncer ce que vous considérez comme des contradictions, y compris chez vos amis politiques…

Méfions-nous des idées simplistes. Comme de cette tentation qui existe partout – et je ne m’en exonère pas, bien entendu – de transformer un adversaire en ennemi. De la même façon que je ne pense pas que l’on puisse faire de l’ et de sa dérive bureaucratique l’explication de tous nos maux, je me refuse à faire des flux migratoires l’origine de tous nos malheurs ou à réduire nos débats politiques et intellectuels à une guerre de religion. La vie est un peu plus compliquée, n’en déplaise aux idéologues de tout poil. Et les solutions aux questions que chacun se pose – sur son avenir, sur son identité, sur le bonheur, sur la vie – n’appartiennent pas à un seul camp. Les années passées à la tête d’une ville moyenne comme Béziers m’ont appris la complexité des problèmes et la difficulté à mettre en œuvre ce qui semble des réponses. Il ne s’agit pas d’acquiescer à ceux qui nous expliquent qu’on ne peut rien y faire. Il ne s’agit pas de se résigner. Mais, bien au contraire, de refuser de se réfugier dans des slogans, de ressasser le même bréviaire, pour mieux appréhender les problèmes que rencontrent nos concitoyens et tenter – modestement, humblement – de leur rendre leur quotidien plus supportable, leurs lendemains plus enviables.

Mais comment tout cela peut-il se traduire dans le champ politique ?

Je suis sidéré de voir comment des hommes et des femmes qui se sont fait élire sur le refus du clivage droite/gauche, sur le rassemblement des bonnes volontés, se sont mués en des sectaires d’une stupidité sans limite. Regardez un peu les débats à l’Assemblée. Il suffit qu’une proposition – fût-elle de bon sens, fût-elle simplement technique – émane d’un autre groupe que La République en marche pour qu’elle soit aussitôt repoussée. Et ils nous parlaient de faire de la politique différemment… La fameuse « société civile » est, en fait, le cache-sexe d’ambitieux sans autre colonne vertébrale que la fidélité aveugle à celui qui les a portés aux responsabilités. Cette dérive me conforte dans ma conviction : il y a la place, en France, pour une force, un mouvement, un rassemblement qui, fort des valeurs communes à la droite – oui, de droite –, serait capable de réinventer la démocratie, de donner toute sa place à la liberté, de chanter le bien commun, d’imaginer un enracinement qui ne soit pas un appauvrissement.

C’est l’ambition de la plate-forme Les Amoureux de la France que vous avez lancée avec Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Frédéric Poisson et votre épouse, Emmanuelle Ménard, notamment…

Absolument. Qu’on fasse taire les ego et qu’on écoute le peuple ! À Barcelone comme au fin fond de cette France qu’ ne fait pas qu’ignorer, mais qu’il méprise. Plus que le Président des riches, il est celui qui foule au pied, qui se rit de la France de nos campagnes, de nos villes moyennes, de ce peuple qui souffre et qui se tait tant il est inscrit dans sa mémoire que Paris le moque, que Paris se gausse de lui. Mais attention, les peuples se réveillent. Et pas seulement en Catalogne…

29 octobre 2017

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