Editoriaux - Industrie - Internet - Table - 31 mai 2018

Vidéo dans les abattoirs : même les demi-mesures sont bannies !

L’abandon définitif du projet d’installation de vidéosurveillance dans les abattoirs vient d’être voté, sous la pression du lobby de la viande industrielle.

Vigilance Halal a milité pour cette mesure, notamment avec un courrier de nos adhérents à Emmanuel Macron.

Cette mesure représentait un progrès pour la condition animale mais, comme toujours en France, elle ne s’attaque pas à la racine du problème.

On peut, en effet, critiquer cette vidéosurveillance car elle agit a posteriori sur les problèmes et l’accès au contrôle était extrêmement restreint, réservé aux services « compétents » qui ont pourtant failli, jusqu’ici, dans leur mission de contrôle. L’abattoir d’Alès, qui vient à nouveau de défrayer la chronique, en est l’exemple emblématique. Comment cet abattoir, qui a fait l’objet d’une fermeture administrative et d’une action judiciaire il y a trois ans, a-t-il pu échapper aux « radars » de l’administration ? S’agit-il d’incompétence, de complicité, de je-m’en-foutisme ? Cela s’inscrit-il dans le vaste mouvement de perte d’efficience constaté dans de nombreux services de notre administration qui fut autrefois un modèle ?

La nouvelle vidéo de l’association L214 qui a buzzé sur Internet dans cet abattoir pose, en tout cas, de nombreuses questions, au-delà de la légitime indignation.

Tout d’abord, on y voit des animaux à moitié étourdis, voire pas du tout. N’oublions pas que cet abattoir d’Alès pratique à grande échelle l’abattage halal. Pour ce faire, il a dû embaucher des sacrificateurs musulmans qui doivent sans doute, dans le cadre de la gestion du personnel, intervenir également sur les abattages avec étourdissement. Soit ils n’ont aucune formation sur l’utilisation du système, soit ce système ne fonctionne plus, soit ils n’en ont rien à faire, par habitude de ne pas étourdir. Dans tous les cas, cela confirme ce que nous dénonçons, pour l’instant dans le désert : l’introduction du halal dans un abattoir accoutume les intervenants au non-respect des animaux ! La liberté religieuse ne doit pas être accordée en infraction aux lois et règlements. S’il y avait, en France, des personnes pratiquant des sacrifices humains – comme cela a existé, par exemple, dans les civilisations précolombiennes -, le laisserions-nous faire puisque c’est religieux ? Poser la question, c’est y répondre !

Ensuite se pose la nécessaire transition de nos abattoirs vers le système Temple Grandin, appliqué dans une majorité d’abattoirs des États-Unis et du Canada et qui est devenu un véritable label pour commercialiser sa production. C’est le pragmatisme gagnant-gagnant que nous préconisons. Mary Temple Grandin est professeur d’université en comportement animal et autiste. Cette dernière particularité lui permet de ressentir ce que ressentent les animaux, et notamment le stress dans les abattoirs. Elle a conçu un système où les animaux sont conduits sans stress jusqu’au poste d’abattage, où ils sont systématiquement étourdis, bien sûr. Son système est muni, lui aussi, de caméras mais qui ont un rôle préventif, en amont, car un opérateur surveille et intervient immédiatement en cas de problème. C’est une énorme différence avec le système envisagé en France et qui vient d’être refusé. Je vous conseille la lecture de son livre passionnant L’Interprète des animaux (Odile Jacob). Il est quand même curieux que son concept ne soit pas connu en France et en Europe, où on préfère s’écharper de façon idéologique entre industriels mercantiles et opposants adeptes du véganisme. Cela ne débouche sur aucune amélioration de la condition des animaux. Or,c’est ce que nous recherchons, notamment avec l’installation de caméras, même si cette mesure est largement insuffisante.

Enfin, une mesure essentielle, toujours écartée car déclarée « discriminatoire » et « stigmatisante », pourrait exercer une pression sur le mercantilisme de l’abattage rituel : étiqueter la viande en spécifiant le mode d’abattage. Sachant que 70 % de la population est opposée à l’abattage rituel, cela mettrait un frein à la dérive vers le tout-halal dans les abattoirs, car il redeviendrait rentable de pratiquer l’étourdissement !

Pour conclure, des solutions efficaces et pragmatiques sont possibles, à condition que l’on examine toutes les données du problème, de façon rationnelle, et sans nous laisser submerger par l’émotion, la condamnation et l’anathème. Est-ce encore possible ?

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