Le conseil municipal de Vendôme, petite ville de seize mille habitants du Loir-et-Cher, a voté la cession de son nom au groupe LVMH pour la somme de dix mille euros. Il deviendra une marque du groupe de luxe. Voici quelques petites divagations incidentes sur ce signal faible de peu d’importance.

S’il fallait inventer une case plus chère que la rue de la Paix au Monopoly™ (40.000, j’achète !), la place Vendôme serait une candidate idéale. Les Parisiens ont emprunté le nom du fief de César de Bourbon, le fils d’Henri IV et Gabrielle d’Estrées, duc de Vendôme, qui y avait son logis dans la capitale. Le génial Jules Hardouin-Mansart y a conçu une place emblématique du classicisme architectural français. Les joailliers y tiennent boutique, le Ritz héberge les plus fortunés des voyageurs, tout ce que le luxe compte comme grand nom s’y affiche avec une insolente ostentation. Du haut de la colonne Vendôme, Napoléon veille sur l’insolente prospérité du lieu. Cette bourgade entre Beauce et Perche a-t-elle encore quelque chose d’autre que le nom en commun avec cette place ?

Petit rappel sur la propriété : elle se démembre en usus, fructus et abusus. Droit d’user de la chose détenue, celui de tirer profit de son exploitation, celui, enfin, d’en céder la propriété à un tiers. Mais sommes-nous les propriétaires des noms que nous portons ? Et vendre son nom, n’est-ce pas céder ce qui nous est le plus personnel ? Certes, Vendôme ne perd pas son nom en cédant à LVMH une sorte de licence d’utilisation pour en faire une marque. De plus, la ville n’est pour rien dans la connotation luxueuse qui affecte son nom, mais elle fait comme si. Enfin, le prix peut sembler dérisoire. Mais dans le fait de vendre son âme au diable pour pas un rond, c’est la cession qui est choquante, bien plus que le prix. Autre contraste choquant, c’est l’industrie de l’apparence qui s’approprie ce nom quand Beauce et Perche nous renvoient à la terre, à la glèbe, à l’humus.

Une des façades de la place Vendôme, l’hôtel de Bourvallais, héberge le ministère de la Justice, la chancellerie. Le paradoxe heurtera sans doute : c’est dans le quartier le plus luxueux de Paris qu’une Justice exsangue depuis plus de deux siècles, sous-dotée de façon chronique, a logé la tête de son administration. Sans surprise, sa façade était la dernière qui fût ravalée. Elle a vendu aux marques de luxe le droit de décorer de leurs publicités les bâches qui recouvraient les échafaudages, mais qui s’en étonnera ? Le régalien est à l’encan.

C’est devant cette façade que les Sentinelles, ces transfuges des Veilleurs eux-mêmes engendrés par la Manif pour tous, veillent depuis juin 2013. Elles se tiennent debout face au ministère, silencieuses et paisibles, pour témoigner de leur refus de la logique mercantile et transhumaniste qui inspire les décisions du monde et qui chosifient l’homme lui-même. Les fonctionnaires qui hantent ces lieux prophétisaient, en juillet 2013, qu’elles ne passeraient pas l’été. Elles n’attendent que la fin des dispositions sanitaires liberticides pour revenir plus à leur aise. ¡Caramba!, encore raté !

20 février 2021

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