Ce 3 janvier 2023, le Californien Kevin McCarthy n'a pas pu rassembler sur son nom la nouvelle majorité républicaine à la Chambre des représentants. Malgré trois tours de scrutin, 19 puis 20 élus républicains sur 222 lui ont refusé leur voix pour les reporter sur Jim Jordan (Ohio). Il fallait 218 voix pour être élu, mais cette courte marge a permis à un petit groupe de se donner de l'importance.

Qui sont ces frondeurs ? Ce sont tous des trumpistes et ultras qui reprochent à McCarthy de ne pas avoir des convictions assez fermes. Pourtant, Donald Trump avait recommandé, sans enthousiasme, de voter McCarthy, sans doute trop « californien » aux yeux des dissidents. Or, les États-Unis sont le champ de bataille d'une guerre idéologique virulente entre les conservateurs (en général protestants radicaux) et les wokistes. Églises contre campus. Pays profond contre Californie, Washington et New York. Une guerre qui a des échos chez nous. Par-delà ces américaines confrontations, des questions majeures dépendent de l'élection du Speaker, car la Chambre des représentants (élus seulement pour deux ans) vote les lois fédérales, détient l'initiative sur le budget (notamment militaire), peut voter la mise en accusation d'un haut fonctionnaire du gouvernement, établit le dossier d'accusation dans la procédure d'impeachment du président.

Quels sont les sujets pouvant retentir sur notre avenir français et européen qui ressortissent de la Chambre ? Le niveau qualitatif et quantitatif de l'aide à l'Ukraine ou le but de négociations pour la paix. Or, si le clan Biden est très anti-russe (comme le fut Obama), les républicains sont plus désireux de mettre fin à une guerre en grande partie financée par les États-Unis alors que la crise sociale flambe. La fermeté commerciale avec la Chine, un néo-protectionnisme tel qu'il avait eu des résultats positifs durant le mandat Trump.

Certes, McCarthy ne peut, à lui tout seul, réorienter toute la politique extérieure des États-Unis. Mais depuis son fauteuil (occupé jusqu'alors par Nancy Pelosi), le troisième personnage des États-Unis (selon la Constitution et, en réalité, le second en termes de pouvoirs) est une pièce majeure, la seule, des républicains pour l'instant. La frange radicale de ceux-ci entend bien extorquer de McCarthy d'ultimes concessions de dernière minute. Car l'élection du Speaker est sans délai : elle peut durer des semaines, ce qui fait les affaires des démocrates et du président Biden, même s'il y a très peu de chances que leur candidat (Hakeem Jeffries) s'attire des voix républicaines et soit élu. Les radicaux avaient déjà obtenu des concessions de McCarthy, notamment une enquête sur les dossiers Hunter Biden (sexe débridé, drogue et corruption en Ukraine) et la destitution de son Joe de père...

Mais en toile de fond, il y a d'autres sujets brûlants de politique étrangère : l'Iran, Israël... Et des sujets de politique intérieure : pollution, Obamacare, armes, école, immigration et – déjà – le choix du candidat républicain à la présidentielle de 2024. Les 19 dissidents demeurent trumpistes alors qu'un élan se dessine pour tourner la page. Car l'enjeu majeur est déjà de savoir si le « trumpisme sans Trump » peut s'inscrire dans la durée. On parle beaucoup d'un homme jeune, neuf, plus crédible que le golfeur de Mar-a-Lago : l'impeccable gouverneur de Floride, Ron DeSantis, fortement soutenu par son électorat, qui pourrait savourer les marrons tirés du feu par Donald Trump. Lequel aurait 78 ans en 2024 et 82 en fin de mandat. Pas sûr que les électeurs américains voudront à nouveau prendre le risque de confier leur destin à un homme aussi âgé que Biden. Mais les 19 dissidents ne pardonnent pas à McCarthy d'avoir lâché celui qui, malgré ses foucades, a totalement réorienté la politique intérieure et extérieure des États-Unis.

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4 janvier 2023

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4 commentaires

  1. Quand je pense que c’est un Français Lafayette (1) qui est allé aider, apporter des armes, aux U.S. pour se libérer des Anglais, faire leur révolution et créer leur République, et que maintenant c’est eux qui nous assomment, pilotent la « présidence » de la France (pour ce qu’il en reste), indirectement ont contribué au prix de l’énergie actuelle, et surtout nous envoie ce Wokisme qui est loin de garantir une vie meilleure, la paix….et comme certains politologues le prédisent, si la guerre en Ukraine persiste les U.S.A. armeront l’U.E. pour que les citoyens soient incorporés pour toujours plus de guerre…C’est ainsi que vit l’U.S. par son hégémonie. J’aimais les U.S.A…C »est bien moins le cas depuis 5 ans déjà.
    (1) Lafayette : aventurier, franc maçon, devenu Général

  2. Même si la France certes n’est pas le 51e état des USA, Bruxelles et l’OMC l’ont tellement affaiblie que notre sort est désormais largement tributaire du succès des Republicans (GOP) et de Mc Carthy. FFRAGA : Faisons la France Grande à Nouveau ! Sur l’économie (protectionnisme), le multilatéralisme, la Chine, l’anti-wokisme, l’anti-immigrationnisme, notre allié ce sont les Republicans(GOP). Notre ennemi : les Democrats corrompus, wokistes, incompétents en économie; bref, macronoïdes.

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