« Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde », écrivait Albert Camus. Dans son essai L’Homme révolté, il dit de même : « La logique du révolté est […] de s’efforcer au langage clair pour ne pas épaissir le mensonge universel. » Le mensonge universel est une cause, sinon la principale, du malheur, politique, de notre monde. On peut évidemment dresser un « spectre » du caractère mensonger du langage politique. Le maximum est atteint dans les systèmes totalitaires. Ils utilisent une langue qui leur est propre, qui tord la réalité et la vérité, c’est-à-dire l’adéquation de la pensée et du réel, jusqu’à créer un monde artificiel qui est le produit d’un langage dominant. De manière symétrique, la « novlangue » d’Orwell, dans 1984, qui visait le totalitarisme marxiste de l’URSS et la Langue du Troisième Reich de Victor Klemperer se rejoignent. Chacun des deux systèmes a appauvri le lexique de manière à contrôler son usage et à en faire un instrument idéologique imposant une lecture du réel non scientifique.

Plus un régime s’approchera de la démocratie, plus il acceptera la diversité des discours, l’expression des orientations et des préférences personnelles, tout en s’attachant à ce que ce pluralisme puisse être rectifié en fonction de son respect du réel. Bien sûr, en politique comme dans la publicité, le public est habitué à des exagérations ou des minimisations suscitées par les intérêts politiques des partis et de leurs représentants, mais les commentateurs, les journalistes en particulier, sont là pour corriger, et l’accès à l’information de chacun doit lui permettre de repérer une désinformation. Notre pays jouit-il de cette situation ? La formation des journalistes, l’orientation idéologique de nombre de formations dites supérieures, l’importance d’un « service public » d’information, le contrôle d’un grand nombre de par un petit nombre de personnes éloignent notre pays d’une démocratie véritable. La trilogie du politiquement correct, de la pensée unique et du terrorisme intellectuel y règne suffisamment pour que la liberté donnée à un homme de s’exprimer sur une chaîne privée, en l’occurrence Éric Zemmour sur CNews, ait pu conduire certains à exiger la et la mise au ban du journaliste et du média. Que des extrémistes de gauche souhaitent interdire un discours sous prétexte qu’il serait d’extrême droite en dit long sur le déséquilibre de notre pays.

Si l’on voulait prouver l’existence de relents totalitaires dans la politique française, il n’y aurait qu’à citer les mauvaises dénominations d’une pensée ou d’un homme, au point qu’elles deviennent les formulations les plus courantes. Ainsi Zemmour est-il réduit à n’être qu’un « polémiste d’extrême droite » : on atteint (le 1er novembre, dans « C à vous », sur France 5) le paroxysme de la mauvaise foi militante avec un chroniqueur comme Patrick Cohen, sélectionnant les propos, déformant leur sens et faisant de Zemmour un maurrassien, pratiquement un royaliste adulé par la « faschosphère » et par réunis. La récupération du soutien de Renaud Camus dans la démonstration est édifiante : on associe la notion de Grand Remplacement à un attentat en Nouvelle-Zélande et non aux chiffres de l’immigration, et on oublie au passage que Renaud Camus n’a rien à voir ni avec la « faschosphère » ni avec la Manif pour tous. Éric Zemmour, qu’on partage ou non ses idées, est objectivement un conservateur, proche d’hommes comme Churchill ou de Gaulle dans ses idées sur la nation, la famille, la liberté, et apte à réunir de nombreux courants de droite. Seul le prisme déformant de notre pays peut le placer à l’extrême droite.

8 novembre 2021

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