Le Président l’avait promis lors d’un voyage au Burkina Faso, devant les étudiants de l’université de Ouagadougou, en novembre 2017 : dans un délai de cinq ans, « les restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en France » seraient choses faites.

Pour qu'elles soient rendues possibles, une loi a été voté le 24 décembre 2020, permettant de déroger au principe d'« inaliénabilité » des œuvres dans les collections publiques au motif qu'elles auraient fait l'objet de « pillages caractérisés ». Une commission d’enquête s’est penchée sur l’origine desdits objets, un rapport rendu par les universitaires sénégalais et française Felwine Sarr et Bénédicte Savoy. Près de 90 % du patrimoine africain serait hors du continent. Notamment en France, où l’on a dénombré 90.000 objets d'art d'Afrique subsaharienne dans les collections publiques françaises, dont 70.000 au Quai Branly. Parmi celles-ci, 46.000 sont arrivées durant la période coloniale et font l’objet d’études quant à la façon dont elles ont été acquises.

Emmanuel Kasarhérou, actuel président du musée du Quai Branly, l’expliquait la semaine passée à l’AFP : le musée a entrepris un « travail quasi exhaustif sur les 300.000 œuvres du musée qui ne concernent pas que l'Afrique pour identifier celles qui auraient été prises de manière violente sans le consentement des propriétaires, par des prises de guerre ou par des coercitions de l'administration coloniale ». Mais, précise-t-il, « tous les objets qui sont dans les collections en Europe n'ont pas été volés, c'est peut-être l'idée qui court actuellement mais elle n'est pas juste du point de vue historique. Dans quelle proportion ? C'est tout l'objet de notre travail. »

Six pays (Sénégal, Côte d'Ivoire, Éthiopie, Tchad, Mali, Madagascar) ont déposé des dossiers de demande de restitution, et la première a fait l’objet d’une cérémonie présidée par le chef de l’État, le mercredi 27 octobre. Ce sont vingt-six œuvres conservées au Quai Branly, provenant des trésors royaux d'Abomey, qui repartent ces jours-ci vers le Bénin.

Dans son discours, Emmanuel Macron a témoigné d’une ambition fort impressionnante :

« Ce qu’il nous faut faire aujourd’hui, dit-il, c’est définir une loi, en quelque sorte, qui permettra de cadrer les choses dans la durée […] pour établir véritablement une doctrine et des règles précises de restituabilité. Non pas une renationalisation de nos patrimoines ainsi rétrécis à nouveau, mais la possibilité par les restitutions, les coopérations, la circulation des œuvres, que demain des jeunes Béninois, des jeunes Sénégalaises et Sénégalais, des jeunes Maliennes et Maliens, Nigérianes et Nigérians, puissent avoir accès à une part de leur art, de ce qui a été créé chez eux, de leur patrimoine, mais aux plus belles œuvres du patrimoine européen, américain. »

On peut rêver… et s’inquiéter néanmoins. Tout cela est grand et beau sur le papier. Dans la réalité, c’est plus hypothétique. Ainsi, l’un des musées nationaux du Congo est parti, vendredi, en fumée. C’est à Gungu, dans la province de Kwilu. Dans ce musée de 200 m2 (sic) financé par la Belgique, 25.000 pièces entassées ont brûlé, dont une extraordinaire collection de masques Pendé, le tout pour une valeur estimée à 15 millions de dollars. « Les raisons exactes de cet acte ignoble ne sont pas encore connues. Mais je sais que j'ai toujours été combattu par plusieurs politiciens du pays », a dit le directeur du musée à l’AFP.

Les ennemis des musées sont en effet légion, à commencer par les islamistes qui multiplient les autodafés là où ils sèment la terreur. Alors, imaginer faire circuler les chefs-d’œuvre du Louvre et du MoMA au Mali ou au Nigéria paraît, hélas, relever du vœu pieux. Ou de l’inconscience…

 

8 novembre 2021

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