[UNE PROF EN FRANCE] Le principal, le prof et le parent d’élève
Une nouvelle semaine est passée. Sûrement une des dernières de ma collaboration avec l’Éducation nationale, car les événements de cette semaine m’ont permis de clarifier mes pensées et de prendre des décisions que je repoussais sans cesse.
Je n’ai pas eu un entretien avec mon directeur, mais deux. Enfin, avec le principal. C'est drôle, ce titre. Cela nous rappelle que lorsque Rome est passée de la République à l’Empire, on a conservé les apparences du système électoral et vaguement démocratique, mais en réunissant de fait, en réalité, l’essentiel des pouvoirs entre les mains d'un seul, le Princeps. Ainsi, ce que nous appelons l’Empire se désignait soi-même sous le nom de Principat.
Je vois tout cela derrière ce titre de « principal » qu’arborent fièrement les directeurs de collège public. Mon principal, donc, petit tyranneau d'opérette, imbu de ses prérogatives républicaines et drapé dans sa dignité, a utilisé des mots très forts pour me réprimander avec conviction. Le motif ? Lors d'un recadrage un peu musclé, j'aurais utilisé des termes qui ont choqué une maman : j’ai dit à sa fille et à ses condisciples d'arrêter de faire de la « bouse ». En disant à mes élèves qu'ils devaient être exigeants avec eux-mêmes, et ne pas se contenter des notes qu'on leur donnait parce qu'ils étaient honteusement surnotés, et en les invitant à ne pas se comparer seulement aux « cassos » qui pullulaient dans le lycée voisin, j'aurais « dénigré l'école dans sa capacité à dispenser un service public de qualité », ce qui est inadmissible de la part d'un fonctionnaire et attentatoire à notre dignité de représentants de l’État. On n’utilise pas le terme « cassos » quand on est fonctionnaire !
Un déclencheur
Je remercie, finalement, cette maman pour la lettre qu'elle a écrite et qui a été lue si attentivement par mon principal. Il me fallait un déclencheur. Un déclencheur pour arrêter de ne pas dormir la nuit parce que mon cerveau cherche, sans pouvoir s'arrêter, des moyens de rejoindre les élèves dans leur ignorance et de les secouer de leur indifférence. Un déclencheur pour cesser d'être scandalisée à longueur de journée par les inepties que je lis dans les messages officiels. Un déclencheur pour quitter une salle des professeurs dans laquelle je ne croise que des collègues démunis, désespérés ou aigris, qui survivent en attendant les prochaines vacances. Un déclencheur pour arrêter de croire que je vais réussir à sauver la jeunesse française du marasme en apprenant à soixante enfants qui est Molière et comment on trouve un verbe dans une phrase.
Les mots de Péguy
Pour tourner la page, je dois m’approprier les mots magnifiques de Péguy, dans Le Mystère de la charité de Jeanne d’Arc : « Qu’importent nos efforts d’un jour ? Qu’importent nos charités ? Je ne peux pourtant pas donner toujours. Je ne peux pas donner tout. Je ne peux pas donner à tout le monde. Je ne peux pourtant pas faire manger aux passants tout le pain de mon père. Et même alors, est-ce que ça paraîtrait ? Dans la masse des affamés. [...] j’ai pensé à tous les autres affamés qui ne mangent pas, à tant d’affamés, à des affamés innombrables ; j’ai pensé à tous les malheureux, qui ne sont pas consolés, à tant et tant de malheureux, à des malheureux innombrables ; j’ai pensé aux pires de tous, aux derniers, aux extrêmes, aux pires, à ceux qui ne veulent pas qu’on les console, à tant et tant qui ne veulent plus être consolés, qui sont dégoûtés de la consolation, et qui désespèrent de la bonté de Dieu. Les malheureux se lassent du malheur et ensemble de la consolation même ; ils sont plus vite fatigués d’être consolés que nous de les consoler ; comme s’il y avait au cœur de la consolation un creux ; comme si elle était véreuse ; et quand nous sommes encore toutes prêtes à donner, ils ne sont plus prêts à recevoir, ils ne veulent plus recevoir ; ils ne consentent plus ; ils n’ont plus faim de recevoir ; ils ne veulent plus rien recevoir ; comment donner à celui qui ne veut plus recevoir ? il faudrait des saintes ; il faudrait des nouvelles saintes, qui inventeraient des nouvelles sortes. » Je suis désolée.
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61 commentaires
Bonjour.
Quand on a quasiment toute sa famille qui enseigne ou qui a enseigné, vos mots reflètent parfaitement la lente (pas si lente…) descente aux enfers de l’éducation nationale !
Merci.
Comme je pense à vous comme je vous soutiens moi qui adore Péguy.
Fuyez ces malfaisants …enfin comme je vous admire…
Tout le monde ‘n’a pas les moyens de se priver d’un salaire. Il faut remplir la gamelle chaque jour. Il faut trouver d’autres moyens d’influence.
Tout parent d’élève contestant une décision devrait partir en prison….
C’est peut-être le principal qui va vous remplacer. A mes yeux, vous faites bien de partir, pour votre santé morale et physique. Vous avez essayé de les sortir de l’ornière, mais ils s’y complaisent.
On est de tout cœur avec vous, qui êtes si passionnée d’enseigner..Le privé vous accueillera à bras ouverts..
Madame,
Vous avez pris une décision honorable. Le fonctionnarat n’est qu’un lieu pour dormir et accepter toute la bêtise humaine et attendre sereinement la retraite. Cela manque d’ambition, voilà pourquoi notre société est slérosée.
Quel dommage, car il existe des gens comme vous qui veulent élever la société. Mais cela relève maintenant d’une utopie.
Comme le dit E.Zemmour, le problème c’est le nombre. Les ignorants sont de plus en plus nombreux, alors ils dirigent, accompagné de l’encadrement qui ne vaut mieux qu’eux.
Il y a (très) très longtemps, pour financer mes études j’ai effectué de longs remplacements dans l’éducation nationale, en particulier dans un lycée d’une ville de province de taille moyenne, paisible et plutôt bourgeoise. Bref, pas du tout le Bronx façon Nahel. Un vendredi en fin d’après midi une sorte de révolution se fit jour. Ces élèves de terminales se levèrent en masse et quittèrent la salle sans que je sache pourquoi. J’eu beau leur dire qu’ils avaient le bac à passer dans trois mois, cela ne sembla pas les préoccuper. En partant, l’un d’entre eux me montra son poing. Je ne suis pas du genre à laisser passer un tel acte. J’en ai réferré immédiatement à la proviseur. Cette dernière fit venir dans son bureau à côté de moi, l’élève en question, ainsi que les deux délégués de classe. Autrement dit nous fumes bientôt 5 dans le bureau… Bien sur il nia avoir fait le geste en question. Une fois tout ce petit monde parti, j’expliquais à la proviseur que compte tenu des circonstances, il était absolument hors de question que je revienne le lundi suivant. Ce que je fis.
Cette histoire m’a montré que ce Soviétosaurus Rex est tout simplement irréformable et que là est le point de départ de la destruction de la France par la gauche.
Détruire l’école (moyen d’ascenseur social) était un objectif du systeme euro-mondialiste..Comment détruire la nation,sa culture et son peuple sans détruire l’école? C’est une des bases fondamentales de notre société à éliminer pour nos dirigeants traîtres..
Vous voyez le diable euromondialiste à chacune de vos interventions. La chute de l’Education Nationale a commencé en fait avec le Front Populaire. Cela s’est poursuivi à la Libération par le plan Wallon – Langevin du nom de deux scientifiques qui étaient également membres de parti communiste. Cela a continué avec la destruction de l’Université en Mai 68. Ce sont les étudiants de 68 qui dans les années 70-80, devenus profs, ont détruit l’école. 1936,1945, 1968, 1981, l’Europe de Maastricht et de Schengen n’existait même pas ! Ce sont les Français, tout seuls comme des grands (et comme des glands) qui ont sabordé le savoir dans leur propre pays par idéologie égalitariste ! Pas la peine d’aller chercher midi à quatorze heures.
Né en 1955, j’ai eu une instruction de qualité en primaire et au collège qui m’a ouvert sur la littérature, l’histoire, les langues vivantes et mortes bien que n’étant qu’un fils d’ouvrier des mines. Le système éducatif fonctionnait encore très bien bien et les enseignants étaient à la fois et rigoureux mais attentionnés auprès de leurs élèves pour les faire progresser.
La dérive a commencer avec Mai 68 mais j’avais fait le plus gros et je n’en est pas souffert. Alors dire que tout a dérivé depuis le Front Populaire est très exagéré.
Il faut saper l’enseignement qui fut a l’origine des mouvements étudiants de 68. D’ailleurs après 68 de nombreux auteurs estimés subversifs furent retirés des programmes.
Oui, le mondialisme veut tout s’accaparer, au-delà de la richesse matérielle. Il veut le Pouvoir complet. Pour cela, les gens doivent être transformés en producteurs-consommateurs, et non en citoyens sensés et responsables, pouvant résister à un Pouvoir totalitaire.
Pour les mondialistes, il ne s’agit pas de tout détruire par perversité maligne, mais pour faire place nette et faire main basse sur tout. C’est plus du pillage, pillage des nations et des peuples, que de la destruction. Et là, on voit que c’est logique, stratégique.
ça fait longtemps que l’école n’est plus un ascenseur social
Comme je l’écrivais il y a peu, vous êtes une Ferrari qui est utilisée pour aller chercher la baguette. Il est temps pour vous de tâter du circuit
Vous faites jien. L’éducation nationale ne vous merite. Et tant pis pour les gamins qui croupiront dans leur nullité avec des parents qui les couveront en pensant qu’ils ont fait des génies …
Avant de prendre une décision trop définitive, regardez si vous ne pouvez pas prendre une année sabbatique.
Oui, je le pense aussi. Sans croire au miracle, d’ici quelques temps, (pas si lointains), le milieu et la mentalité socialo-communiste de l’E.N. risque fort la tornade, « le d’égagisme » tant espéré par la droite. Mais je comprends fort bien votre ras-le-bol ! Et puis, si vous partez, vous allez nous manquer !
Pour qu’il y ait transmission il faut un émetteur et un récepteur. Même si vous êtes le meilleur émetteur du monde vous ne servez plus à rien en l’absence de récepteurs en état de marche, en l’occurrence d’élèves capables de recevoir votre enseignement. Dans ce cas il vaut mieux en effet exercer vos talents vers d’autres horizons. Bon courage à vous !
Virginie, je vous comprends fort bien, étant moi-même enseignante retraitée. Bravo pour tout ce que vous avez tenté de faire. Je suis sûre que vous avez obtenu des résultats, même si inférieurs à vos espérances. Bonne chance dans la voie que vous choisirez.
Il ne faut pas en vouloir à ce principal, ma bonne dame. Il est juste prudent, de nos jours un « Paty » est si vite arrivé!
Ben voyons ! …
Ce « principal » ne ferait qu’appliquer le principe « padevague » ! ? …
Ce n’est plus une vague mais des tsunamis à répliques telluriques qui submergent cette « institution » ! …
Regardez les « profils » des cadors qui se sont installés comme « sinistres de l’EN » depuis que macron squatte l’Elysée en 8 ans ! …
En fait, c’est au moins depuis que Jospin y est passé que cette « usine à gaz » est en putréfaction ! …
Même Bayrou y est venu pour « faire » quoi ! ? … Là aussi, il avait « un plan » ? ! …
Les syndicats ont eux aussi une responsabilité pour « avoir laisser faire » ou « voulu faire n’importe quoi » mais surtout pas « enseigner » ! …
Le programme EVRAS est un autre tsunami qui sera un énième désastre contre nos enfants organisé dans les écoles françaises ! …