Blanche, enseignante, a été verbalisée dans une rue déserte par deux policiers en civil circulant en voiture banalisée pour avoir baissé son afin de téléphoner. Elle se confie au micro de Boulevard Voltaire et pose la question des priorités du gouvernement à l’heure où les enseignants sont sur le pont dans un contexte de menace terroriste…

Alors que les Français affrontent la vague du Covid-19 et que le débat est de plus en plus prégnant entre le gouvernement et l’opposition pour savoir quelles bonnes mesures adopter, vous avez écopé d’une amende de 135 euros pour vous être promenée dans Paris sans le masque. Pouvez-vous nous raconter quand et à quel endroit cela s’est-il passé ?

Cela s’est passé hier. Je suis enseignante et, entre deux cours, je suis sortie pour passer un appel. J’ai baissé mon masque en dessous de ma bouche pour que mon interlocuteur puisse m’entendre. J’étais dans une rue déserte et une voiture banalisée s’est arrêtée et deux policiers en civil sont sortis. Ils se sont présentés et m’ont dit qu’ils étaient de la police. Ils m’ont demandé mon attestation et ma carte d’identité. Je leur ai bien précisé que j’étais enseignante et je leur ai donné mon attestation et ma carte d’identité. Je leur ai demandé leur carte de policiers, puisqu’ils étaient en civil dans une voiture civile. À ce moment-là, ils m’ont expliqué qu’ils allaient me verbaliser puisque je portais mon masque sous le menton et que j’étais dangereuse. J’ai objecté que la rue était déserte et que lorsqu’ils étaient arrivés, j’avais remonté mon masque. Ils m’ont annoncé que je recevrais une amende d’ici deux à trois jours.

Concrètement, allez-vous payer cette amende ?

Je compte la payer. Des amis professeurs à qui je racontais l’histoire ont lancé une cagnotte Leetchi pour m’aider à la payer puisqu’ils trouvent cela injuste que, sur notre piètre salaire de professeurs, on puisse prendre 135 euros pour cette amende.

On serait tenté de vous dire que si les règles du gouvernement ne sont pas claires, les règles du masque le sont. Quelque part, vous étiez en tort…

J’étais effectivement en train d’enfreindre la loi sur un point extrêmement précis, qui d’ailleurs est sujet à controverse. Là où j’ai vraiment été dérangée et où cela a fait naître en moi un sentiment de révolte et d’oppression, c’est le fait que les policiers se dérangent uniquement pour me mettre une amende à moi dans un quartier riche, sûr et à 100 mètres de mon lieu de travail, alors que nous sommes obligés de travailler actuellement.
Le métier de professeur vient de se retrouver sur le devant de la scène et ils ne tiennent aucunement compte de cela. Je veux bien croire que, dans le métro, cela puisse mettre en danger, mais là, en l’occurrence le fait que l’on veuille me faire dire quelque chose avec lequel je n’étais pas d’accord, je n’ai pas apprécié.

L’avant-veille de votre amende avait eu lieu l’hommage à Samuel Paty. On serait tenté de vous dire « brusque retour à la réalité pour le corps enseignant après ces vacances de Toussaint »…

Oui, et puis je m’interroge sur l’emploi que le gouvernement fait de la police.

Il y a énormément de débats pour laisser les collèges et les lycées ouverts. Les proviseurs sont en première ligne en cas d’exposition au Covid-19. Auriez-vous été partisane de fermer les écoles et de faire les cours à distance ?

Pour avoir essayé l’année dernière, je pense que ce n’est pas idéal pour les élèves. Il est important, pour ces derniers, de continuer à les voir. Je tiens à dire que moi-même, et comme tous mes collègues, on fait énormément d’efforts pour respecter les gestes barrières et garder le masque.

4 novembre 2020

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