Editoriaux - Histoire - 6 septembre 2019

J’étais l’un de ces enfants sur cette photo de cours moyen en Algérie. En 1961…

J’ai déjà évoqué, sur Boulevard Voltaire, mes souvenirs d’Algérie après l’indépendance, ici et .

Le récent article « Un exemple de « crime contre l’humanité » : la rentrée des classes en Algérie, en 1959 » m’a bouleversé et la rédaction de Boulevard Voltaire m’a invité à raconter ce souvenir des années 60, illustré par la photo de classe jointe (vous reconnaîtrez le portrait de Frédéric Marc qui signe mes contributions sur votre site). Elle a été prise en 1961 à l’école Bonnier à Blida, classe de cours moyen.

Le premier de la classe était le binoclard à droite au premier rang. Un nommé Hocine, Kabyle de bonne famille. Mes trois meilleurs copains, à ma droite s’appelaient Suc, Botella et Lhuiller. Que sont-ils devenus ?

Nous avions des cours d’arabe. J’ai encore dans la tête la première leçon : « Nektebo fil daftari » (« J’écris sur le tableau »).

Cette photographie est précieuse pour les générations à venir. D’abord pour bien montrer que, contrairement à la colonisation anglaise, il n’y avait pas d’apartheid dans les colonies françaises d’Afrique du Nord. Il n’y a pas eu, non plus, de réserves d’Indiens, comme l’ont fait nos si vertueux Américains. Ensuite pour montrer que les pieds-noirs, traînés dans la boue par la bien-pensance, savaient mieux que personne s’occuper d’intégration.

Cette année-là, mon père fut arrêté et jeté en prison pour avoir détenu des armes. Il écopera de dix ans de réclusion criminelle (et non politique) avec beaucoup d’autres. Amnistié quatre ans plus tard, il passera une partie de son incarcération en forteresse à l’île de Ré. Même si Ferré l’anarchiste n’aurait peut-être pas chanté la misère des bagnards politiques de cette époque (encore que…), on se plaisait à chanter son « Merde à Vauban », écrit en 1960 sur le bagne de l’île de Ré.

Cette année-là, nous prîmes tous l’avion en catastrophe pour Toulouse, avec juste quelques valises… en laissant les cercueils derrière nous.

Les années qui ont suivi « les événements », nous passions nos vacances, ma mère, mes trois sœurs et moi, à faire le voyage en Dauphine depuis un petit village du Tarn-et-Garonne jusqu’à Saint-Martin-de-Ré pour visiter notre père. J’avais neuf ans. Dans la petite ville où j’étais scolarisé, j’étais harcelé et persécuté par mes camarades qui me traitaient de sale pied-noir et rentrais chez moi le soir en pleurant. Sans l’intervention d’un bon frère mariste qui me prit sous son aile, ces années auraient été beaucoup plus dures. Les enfants de migrants, aujourd’hui, ont un meilleur sort que les enfants de pieds-noirs à cette époque.

Vous comprendrez que j’avais toutes les raisons d’afficher cette mine renfrognée.

Mais nous étions privilégiés. Mon grand-père maternel, décoré à Verdun, avait eu la bonne idée d’acheter une maison dans ce village. Beaucoup n’avaient pas cette chance.

Des années amères qui marquent toute une vie, surtout pour notre père qui passa une partie de sa vie l’arme à la main : débarquement en Provence, campagne d’Italie, campagne d’Alsace pour finir en Allemagne. À peine un an après sa démobilisation commençaient « les événements ».

Quand je contemple l’arbre généalogique de mes ancêtres, venus de Valencia, de Mahón (île de Minorque), de Besançon et de quelque part entre la Vienne et le Calvados, tous travailleurs et courageux, je me dis que ces braves gens ne méritaient pas d’être salis par la déclaration monstrueuse de Macron qui, j’en suis sûr, paiera un jour cette forfaiture.

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