À Lyon, le café Le Simone est-il d’extrême droite ou simplement moins à gauche ?

Le café associatif lyonnais essuie toutes les critiques depuis que la gauche y a perdu du terrain.
Café Le Simone
Café Le Simone

Se rencontrer entre catholiques, se former à la doctrine sociale de l’Église, débattre ou tout simplement profiter d’un café dans l’espace de cotravail : ce sont toutes les alternatives que l’on peut trouver au 45, rue Vaubecour, à Lyon. Le Simone y ouvre ses portes sept jours sur sept, aussi bien comme « lieu de formation » que de « convivialité », où se mêlent les soirées jeux de société, les dîners entre chrétiens et musulmans ou encore les rencontres hebdomadaires des « chercheurs d’activité », quand ce ne sont pas les conférences ou les soirées privées qui attirent, à leur tour, du public.

Tout un programme, non exhaustif, qui témoigne de l’animation régnant au sein de ce café associatif fondé en 2016 par les Alternatives catholiques. À l’origine du projet, l’idée de créer un lieu où puissent « discuter des catholiques qui ne se parlaient plus », issus de toutes les sensibilités.

Une ambition d’ouverture qui n’empêche pas aujourd’hui le Simone d’être accusé d’avoir pris un virage à l’« extrême droite ».

Accusé par l’extrême gauche d’être d’extrême droite

Dans un article publié le 10 août, le magazine de gauche chrétienne Le Cri s’inquiète de la place prise par certaines sensibilités conservatrices et identitaires au sein du café associatif. En cause, la présence nouvelle de réunions des collectifs Academia Christiana et La Cocarde étudiante, une conférence proposant des « arguments rationnels » contre l’avortement ou encore le soutien financier qui aurait été accordé il y a deux ans par le fonds de dotation Stella Domini, engagé contre l’IVG et actif au sein de la Nuit du Bien commun, créée par le milliardaire Pierre-Édouard Stérin.

Article du Cri du 10/08/2026

En bref, Le Cri reproche au Simone d’être devenu, depuis le changement du bureau associatif en 2024, un « lieu fréquenté par la mouvance identitaire ». Le média en veut pour preuve « la bière, le saucisson et quelques vestes Barbour™ » qui constitueraient désormais les éléments typiques d’une « réunion de la droite radicale lyonnaise ».

Le changement de fréquentation et de programmation est également relevé par Magdala Lyon, anciennement Comité de la Jupe, qui milite pour que l’Église s’ouvre à l’avortement, à la contraception, au mariage des prêtres ou encore à l’inclusion des personnes homosexuelles et transgenres dans l’institution. Les féministes dénoncent aujourd’hui auprès du Cri « une programmation donnant de plus en plus de place à des discours conservateurs et à des intervenants issus de la droite radicale ». Ces dernières avaient pourtant leurs habitudes au Simone grâce au nouveau bureau d’administration qui leur avait ouvert les portes, avant qu’elles ne l’accusent de largesse envers « l’extrême droite ».

Un café vraiment ouvert à toutes les sensibilités

Mais si « derrière les murs de la rue Vaubecour, l’atmosphère a changé », comme le regrette Le Cri, c’est peut-être parce que les portes ont, depuis, été ouvertes à ceux qui, à l’époque, n’y avaient pas leur place, malgré la volonté affichée des anciens membres du comité d’administration, de revendiquer pourtant un lieu ouvert à tous.

En effet, pas question, à l’époque, de laisser des tracts de la Marche pour la vie traîner dans le café. Une militante, qui avait un temps fréquenté le Simone, témoigne auprès de Boulevard Voltaire de son incompréhension lorsqu’elle s’était vu refuser cette démarche, qui s’inscrivait pourtant directement dans la doctrine sociale de l’Église.

D’autres personnes qui ont fréquenté ou fréquentent encore le Simone parlent aussi d’un lieu où certains sujets devaient faire consensus comme l’immigration, contre laquelle il pouvait être difficile de tenir une position critique sans être taxé de « facho ». À l’inverse, concernant les sujets sur lesquels l’Église ne transige pas, comme l’avortement ou l’euthanasie, les positions traditionnelles pouvaient y être remises en cause de façon parfois virulente, voire agressive.

Une programmation toujours plurielle

La nouvelle ligne affichée suffit-elle donc à faire du Simone un lieu mis à disposition de « groupes radicaux » ? Il n’y a qu’à regarder la programmation des conférences pour constater, tout au long de l’année, la volonté de faire cohabiter des sensibilités diverses.

Le mois de mai était ainsi consacré à la question de l’écologie dans l’Église, avec notamment une intervention du maître de conférences et membre du collectif de gauche Anastasis, Benoît Sibille. Les conférences consacrées à la pensée de Jacques Maritain y côtoient aussi les rencontres avec le collectif chrétien de gauche Lutte et Contemplation.

« Ils ne sont pas là pour faire la police de la pensée », résume simplement un habitué. C’est peut-être et surtout ce qui gêne les anciens du Simone, en désaccord avec la nouvelle ligne du café, qui admettent auprès du Cri que « pour certains, le Simone avait été tenu trop longtemps par des "gauchistes" qui empêchaient certains sujets d’être abordés ». « L’idée était désormais de rééquilibrer les choses au nom de la liberté d’expression », semblent-ils regretter.

Le Dorothy sous les radars

Un parti pris à l’inverse de celui de son équivalent parisien, le Dorothy, qui se positionne « clairement » contre l’extrême droite et en faveur d’idées attribuées à la gauche radicale.

En effet, on peut voir défiler, rue de Ménilmontant, dans le XXe arrondissement, où les questions des LGBTQIA+, des migrants, de l’anticapitalisme ou de l’antiracisme sont très présentes, l’indigéniste Houria Bouteldja, la féministe queer pro-migrants et anticarcérale Elsa Deck Marsault, la mélenchoniste Mornia Labssi et tant d’autres.

Affiche d'une conférence du Doroty.

Bien davantage qu’au Simone, qui œuvre effectivement au débat d’idées, le Dorothy reste « très vigilant sur le profil des conférenciers. On peut mettre des veto si les intervenants ne rentrent pas dans la ligne du Dorothy. Ça protège le lieu de la tendance prise par le Simone », confie un membre du bureau au Cri.

Il semble donc que, derrière ce changement de ligne tenté par les responsables du Simone, se joue peut-être moins un virage qu’un retour aux sources, respectueux des valeurs fondamentales de l’Église. Et la question qu’aurait peut-être dû poser Le Cri devient alors : « Qui donc, du Simone ou du Dorothy, vire à "l'extrême" ? »

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