Editoriaux - International - Politique - 6 septembre 2019

Jean-Luc Mélenchon : si tu vas à Rio !

En plein Mai 68, le général de Gaulle était parti à Baden-Baden. Depuis le régime de Vichy et les accords d’Évian, tout le monde sait que les stations thermales n’ont jamais fait bon ménage avec l’Histoire de France. Jean-Luc Mélenchon, lui, a opté pour une escapade brésilienne. Notre Francis Blanche national assurait préférer le vin d’ici à l’au-delà. L’adage vaut pour le président de La France insoumise qui, en homme debout, a toujours su se tenir en rhum libre.

Là où ça coince dans le cocktail, c’est qu’au moment où, tel Claude François, il s’en allait à Rio voir le président Lula emprisonné, son propre parti tenait son université d’été à Toulouse ; absence qui n’a manqué d’être remarquée.

En cabane, le président brésilien l’est pour corruption, ce qui ne manque pas d’alimenter les sarcasmes, même s’il n’est pas, et de loin, le plus corrompu des politiciens locaux et que sa destitution ne fut pas modèle de justice démocratique.

Ces sarcasmes sont déjà plus légitimes lorsque Mélenchon prétend, à propos de son propre sort judiciaire, s’étant physiquement opposé à une intrusion policière dans les locaux de son parti : « Ce sera un moment très triste pour mon pays, parce qu’il n’y avait pas eu de procès politique en France depuis la période de la guerre d’Algérie. » Voilà qui devrait bien faire rigoler un certain Jean-Marie Le Pen qui, en matière de procès politiques en général, et de liberté d’expression en particulier, en connaît plus qu’un rayon d’hypermarché.

Les mêmes sarcasmes sont plus fondés encore pour qui connaît un peu les arcanes de la politique de la Maison-Blanche en son arrière-cour latine. En effet, quand Barack Obama tente de se désengager du Proche et Moyen-Orient, c’est pour mieux se reconcentrer sur sa traditionnelle sphère d’influence continentale – doctrine Monroe oblige depuis 1823. Politique, d’ailleurs, reconduite par Donald Trump ; comme quoi, si l’État change, la raison d’État demeure.

En effet, après des décennies d’aventurisme levantin, de guerres pour la liberté, la paix, le bien-être et autres articles pour têtes de gondole humanistes, il y a de la reprise en main dans l’air, au sud du Rio Grande. D’où la déstabilisation progressive de tous ces régimes ayant tenté, du Venezuela au Nicaragua, d’Équateur en Bolivie, tout en passant par l’Argentine et le Brésil, de se débarrasser de la très encombrante affection du voisin gringo.

Tout cela, Jean-Luc Mélenchon aurait pu l’expliquer, au lieu de se cantonner au strict registre du lyrisme tropical. Il ne l’a pas fait, refusant manifestement d’aller jusqu’au bout de sa logique et de pointer du doigt ces fourriers du capitalisme mondialisé que sont les USA. Au risque de passer pour un vulgaire lepéno-populiste ? Tout comme il refuse, devant la fracture grandissante déchirant La France insoumise, de trancher pour l’une ou l’autre des deux factions en présence. Ou plutôt si : sans le dire, il sacrifie discrètement une frange populiste l’appelant à une union du peuple pour mieux écouter la faction bourgeoise visant à une énième tentative d’union de la gauche.

À ce titre, le politologue Jérôme Sainte-Marie analyse très finement, dans Le Figaro du 31 août dernier : « La France insoumise a voulu reprendre le vocabulaire et les références du gauchisme culturel afin d’asseoir son leadership sur la gauche. Et cela s’est accompagné d’un abandon de toute velléité de populisme. Le choix calamiteux de Manon Aubry comme tête de liste pour mener cette campagne en fut le symbole et la preuve. »

Et le même de conclure : « Ils ont renoncé au populisme mais, qu’ils le veuillent ou non, ils en ont gardé l’image dans la petite bourgeoisie qu’ils essaient désormais de séduire. […] Une fausse habileté conduit parfois à perdre sur tous les tableaux. »

On ne saurait mieux dire, et surtout on espère, pour notre Líder Mínimo, qu’au moins le rhum brésilien aura été servi à bonne température. Ce qui permet de toujours passer agréablement le temps et d’éviter d’en perdre à faire de la politique.

À lire aussi

Retraites : la nouvelle gaffe de Marlène Schiappa !

Le soleil se lève et la bonne humeur nous revient chaque fois que Marlène Schiappa donne d…