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Editoriaux - Politique - 6 septembre 2019

Marlène Schiappa : militante ou ministre ?

Il faut qu’elle en fasse des caisses, c’est plus fort qu’elle. a obtenu de haute lutte son Grenelle des violences conjugales, un Grenelle qui va durer douze semaines, pas moins. Douze semaines, c’est long. Du reste, qu’en serait-il si l’on décidait, un jour, de faire un Grenelle sur, par exemple, la fameuse « reconquête républicaine des quartiers » ? Douze mois ? Fermons la parenthèse. Alors, va tout faire pour entretenir le « storytelling » durant ces trois mois. Certes, on n’en fait et fera sans doute pas assez, jamais assez, jamais trop. Mais jamais trop, cela ne signifie pas être « too much ». Or, c’est un peu ce qui pend au nez de Marlène Schiappa.

En effet, la secrétaire à l’Égalité entre les femmes et les hommes vient de s’épancher longuement sur sa page Facebook personnelle au sujet de son combat pour défendre les femmes victimes de violences conjugales. Un brin amère. Elle y révèle que, l’an passé, elle a proposé pour l’ordre national du Mérite une femme victime de violences conjugales car, « franchement, c’est du mérite de quitter un mari violent toute seule sans soutien ou quasi, avec ses deux enfants et de tout refaire, ailleurs, loin… » Oui, c’est avoir du mérite, c’est-à-dire être digne d’estime. Qui pourrait dire le contraire ? Marlène Schiappa s’est emparée d’une cause de telle manière que si vous émettez la moindre réticence, vous risquez d’être basculé dans le camp du mal. Pratique. Mais des femmes (et des hommes !) qui ont du mérite, il y en a sans doute des millions, en France. On pourrait trouver mille exemples de ces femmes courage. Celles qui refusent d’avorter alors qu’elles savent qu’elles portent un enfant lourdement handicapé. Celles qui restent jusqu’au bout au chevet de leur enfant hospitalisé ou de leur mari en fin de vie. Celles qui, etc. Et ceux qui, aussi ? Des causes d’indignation, de révolte mais aussi d’admiration, d’héroïsme du quotidien, il y en a à l’infini. Il suffit de regarder un peu autour de soi. Faut-il, pour autant, décorer toutes ces personnes de l’ordre du Mérite ? Et la Légion d’honneur, me direz-vous ?

Alors, Marlène Schiappa s’indigne qu’on lui ait refusé cette décoration. « On m’a répondu qu’elle n’avait pas les critères. » » Parce que, effectivement, et quoi qu’en dise le dictionnaire des idées reçues sur l’attribution des décorations et médailles, il y a des critères ! Histoire de contraindre, encadrer le fait du prince, ou de la princesse, à qui il pourrait prendre l’envie de faire n’importe quoi (hypothèse, évidemment, d’école). Que dit le Code de la Légion d’honneur, de la médaille militaire et de l’ordre national du Mérite, c’est-à-dire la loi, sur ce sujet ? Pour être décoré du ruban bleu, il faut « avoir des mérites distingués dans l’exercice, pendant au moins dix ans, d’une fonction publique, civile ou militaire ou d’une activité privée ». On entre ou on n’entre pas dans les critères. C’est tout. Sinon, changeons la loi !

On pourrait, bien sûr, disserter sur cette tendance lourde, dans notre société, à transformer systématiquement les victimes en héros. La création, par François Hollande, d’une médaille pour les victimes d’attentats terroristes, médaille placée dans l’ordre protocolaire avant toutes les croix de guerre, est, du reste, révélatrice de cette tendance. Marlène Schiappa n’y échappe pas. Elle en rajoute même puisqu’elle affirme qu’elle va récidiver. « Alors c’est simple, cette année je vais proposer toutes les survivantes que je rencontre à la médaille [l’ordre] du mérite, jusqu’à ce qu’il y en ai [sic] une qui corresponde aux critères. Pour l’exemple. Pour les autres. »» Et c’est là que cela ne va plus du tout. Mme Schiappa, qui, précisons-le, ne dispose pas en propre d’une administration pour exercer ses attributions ministérielles, réagit plus en militante d’association qu’en véritable ministre. Pas certain, d’ailleurs, que cela fasse avancer la cause des femmes victimes de violences conjugales.

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