Editoriaux - Société - 6 août 2018

Un trafic d’épices orientales sous le nez des gendarmes à trente kilomètres de Paris

Vous profitez d’un séjour assez prolongé en banlieue parisienne au service d’une personne âgée pour écumer les sites Internet à la recherche d’une pièce pour votre 306 break de 298.000 kilomètres, en profitant de la densité de population parce qu’au fond du Tarn ou de l’Aveyron, les chances de tomber sur le bon modèle sont très réduites. Et là, miracle ! vous trouvez la pièce qu’il vous faut. Le vendeur vous attend au centre-ville dans une commune du sud de Paris, près de l’un de ces PMU où l’on voit principalement des types de quarante ans barbus en pantalon très large, qui garent leur voiture en perpendiculaire sur le trottoir, qui fument en jouant au PMU, au Cash, au Rapido et qui, apparemment, ne vont pas à l’usine.

Le type vous dit : “Je n’ai pas la pièce ici, je vais t’emmener dans ma bagnole.” Trente-cinq ans, il vous tutoie malgré vos cheveux blancs. Vous préférez suivre, dans votre propre voiture, son pick-up Ford de garde forestier américain juché sur des pneus d’un mètre. En vous éloignant du centre-ville, vous repérez un casernement, un peloton de gendarmerie autoroutière et vous songez qu’en cas de pépin, il faudra se souvenir du chemin pour revenir en arrière. À six cents mètres à peine de cette gendarmerie à plusieurs bâtiments, vous débarquez dans une casse automobile au bord d’un champ. Le type qui vous précède appelle sur son portable et vous pénétrez dans un cloaque boueux gardé par des piles de voitures éventrées. Au fond, une caravane devant laquelle se tient un homme debout. C’est curieux, il porte le même pantalon que l’autre. Ils doivent avoir le même fournisseur. D’ailleurs, apparemment, ils sont fournisseurs aussi, mais pas de pantalons. Toutes les deux minutes, une voiture se présente, fait le tour des flaques, s’arrête au niveau de la caravane, vitre baissée. Le conducteur ne sort même pas, il tend le bras pour recevoir un paquet ficelé que le type de la caravane est allé lui chercher, et il redémarre. Évidemment, l’inconnu n’est pas content de vous voir assister à son manège. Vous vous dites qu’il doit vendre des épices en vrac pour des fêtes traditionnelles. Je dis ça à cause des pantalons qui ont l’air traditionnels aussi. Votre pièce auto arrive, emballée dans du papier journal.

En partant, vous vous demandez si vous allez faire un détour par la gendarmerie de campagne en leur demandant d’aller vérifier quelle genre d’épice il y a dans les petits paquets des véhicules qui entrent et qui sortent. À la fin, vous appelez de votre portable à tout hasard, juste pour poser la question aux gendarmes. Vous leur dites : “Est-ce que vous savez qu’à six cents mètres de chez vous, il se passe ceci et cela ?” Réponse du gendarme : “Mais qui êtes-vous ?” D’après le ton, vous avez l’impression qu’il va demander au ministère de remonter vers votre numéro de portable. À aucun moment il ne fait allusion, dans sa réponse, à ce que vous lui racontez à propos des petits paquets et du ballet des voitures. Il vous menacerait presque pour avoir osé mettre le doigt sur la réalité.

Adapté de “La France de Campagnol, une émission quotidienne sur Youtube et sur TVL.

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