Editoriaux - Environnement - Société - 15 juin 2019

Une carte de crédit relevant l’empreinte carbone : gare au surendettement !

Une carte de crédit « éco-responsable », il fallait y penser. Cela vient de Scandinavie, plus précisément de Suède. Évidemment. Une carte de crédit qui pourra se bloquer si vous dépassez votre crédit carbone. Rassurez-vous, c’est le propriétaire de la carte qui décide de ce blocage et fixe le montant carbone à ne pas dépasser.

L’idée, c’est d’informer le client, citoyen de la planète, sur la « valeur carbone » du produit acheté. En Suède, le consommateur rejette, en moyenne, 10 tonnes de gaz carbonique (CO2) par an. En France, nous en émettons 11,9 tonnes, selon un rapport de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) et du ministère de la Transition écologique : c’est l’équivalent de trois allers-retours Paris-Tokyo. Sans vouloir être cruel, on dira que Carlos Ghosn fait du bien à la planète, actuellement.

Nul doute que cette carte arrivera prochainement en France. Les banques ne manqueront pas d’en offrir une à leur jeune clientèle particulièrement sensible à cette belle et noble cause qu’est le sauvetage de notre Terre. Et, comme en France, on ne fait jamais les choses à moitié, il se trouvera bien un énarque « éco-responsable » pour donner la nécessaire et indispensable French touch à cette invention. En clair, à grand renfort d’appareil législatif et réglementaire, fondé comme il se doit sur la pédagogie, c’est-à-dire la sanction. On pourrait même inventer une sorte de commission du surendettement carbonique pour examiner les cas difficiles qui ne manqueront pas de surgir. Évidemment, et c’est là tout le problème, cette commission risquerait fort de ne pas concerner les miséreux et autres sans-dents, coutumiers du surendettement lié notamment au crédit à la consommation. On ne va tout de même pas comparer ceux qui se surendettent financièrement pour acheter un canapé et qui roulent au gasoil avec ceux qui roulent en trottinette à Paris et se surendettent carboniquement lorsqu’ils prennent l’avion pour aller faire une randonnée (pardon : un trekking) autour du Kilimandjaro. Cela dit, une police carbonique est possible. La « polca », par exemple, c’est joli, non !

Poussons carrément le bouchon plus loin. Puisque nous sommes en des temps éthiques et qu’écologie et éthique sont des mots qui vont si bien ensemble, comme chantaient les Beatles, pourquoi ne pas imaginer un crédit carbone à notre naissance, calculé sur la durée de vie moyenne (pour le coup, la discrimination est en faveur des femmes, mais soyons grands seigneurs !) ? Monsieur, il vous reste trois mois à vivre. En effet, selon nos calculs, et sauf erreur de notre part, votre crédit carbone est épuisé. Aussi, vous aurez l’obligeance de bien vouloir vous présenter au centre euthanasique le plus proche de votre domicile pour restituer votre carte de crédit carbonique, et ce, au plus tard à la date indiquée sur le présent document. Veuillez agréer, Monsieur, etc.

À lire aussi

Un préfet ne devrait pas dire ça

Lui, c’est blouson de travail, histoire de bien montrer que dans « préfet de police », il …