Editoriaux - International - Politique - Santé - 13 décembre 2017

Trump reconnaît Jérusalem comme capitale d’Israël : un coup d’épée dans l’eau

Le président américain Trump vient de prendre une décision choquante et gravissime : la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël. Cette décision vient d’un homme dont l’élection en a surpris plus d’un et qui a subi beaucoup de revers dans la mise en œuvre de ses réformes (échec sur les décrets visant à empêcher aux ressortissants de certains pays à majorité musulmane d’accéder aux États-Unis, et retrait de son projet de réforme du système de santé).

C’est un « lion blessé », en pleine crise de personnalité, qui veut montrer au monde qu’il existe. C’est, à mon sens, la vraie raison d’une décision insensée et irréfléchie et non, comme le sous-entendent certains analystes politiques, une volonté de mettre en œuvre une promesse de campagne.

Cette décision venant d’un homme singulier, dont le second mandat à la tête des États-Unis est incertain, doit être considérée comme une provocation. Elle ne méritait pas toute cette vague d’indignations pour plusieurs raisons : premièrement, elle ne sera certainement pas suivie par les autres États ; deuxièmement, son application sera différée au regard des délais de construction que requiert une nouvelle ambassade ; troisièmement, la décision ne me semble pas sincère puisque, de manière symbolique, les bâtiments américains situés en plein cœur de Jérusalem auraient pu effectivement abriter la future ambassade américaine si la volonté y était. Quatrièmement, en agissant ainsi, Trump réagit de manière épidermique à la résolution 2334, adoptée au Conseil de sécurité des Nations unies, le vendredi 23 décembre 2017. Texte qui, déposé de manière lâche par un Barack Obama qui a fait preuve d’immobilisme sur la question durant son mandat, condamnait la colonisation israélienne.

Pour toutes ces raisons, contrairement à la communauté internationale, je pense que c’est le coup d’épée dans l’eau d’un dirigeant en prise avec une grande partie de son peuple (le sondage d’opinion mené en septembre 2016 révélait que 56 % des Américains le jugeaient inapte à occuper la Maison-Blanche). De ce point de vue, les manifestations et désapprobations de toutes sortes ne font que lui créer du « buzz ».

Cette décision devrait, contrairement à ce que beaucoup de spécialistes pensent, cimenter le monde arabo-musulman, jeter des passerelles de dialogues plus soutenus entre la chrétienté et l’islam, renforcer la compassion vis-à-vis des Palestiniens et affaiblir de facto Israël.

C’est aussi une occasion, pour la communauté internationale, de bâtir un nouvel ordre international plus juste et mieux conforme à l’architecture économico-diplomatico-militaire actuelle du monde.

Le couple américano-israélien crée, en effet, beaucoup d’instabilité dans le monde ; la gouvernance internationale n’est plus adaptée ; il faut restaurer la crédibilité des Nations unies.

Le Conseil de sécurité ne reflète plus les rapports de force dans le monde. Est-il normal que des pays comme la Russie, la France et la Grande-Bretagne, qui n’ont plus à la fois ce poids économique, militaire et diplomatique, continuent de faire partie de ses États membres permanents avec droit de veto à la place de nouvelles puissances comme l’Allemagne ou le Japon ?

Plus de soixante-dix ans après, il faut recréer un nouveau Conseil de sécurité sans membres permanents ni droit de veto, dans lequel d’une part la représentativité serait fonction du poids économique, diplomatique et militaire, d’autre part toutes les sensibilités continentales et religieuses seraient prises en compte et, enfin, la loi de la majorité serait appliquée à défaut de consensus.

En sa qualité de puissance montante, la Chine devrait désormais prendre ses responsabilités en s’affirmant plus dans le concert des nations. Elle a de nombreux atouts au nombre desquels son caractère de prêteur en dernier ressort de pays comme les États-Unis et la bonne image que lui reconnaissent de nombreux pays en développement.

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