[TRIBUNE] Une innovation républicaine : la démocratie sans le peuple
Nombreux sont ceux qui se désolent du mépris d’une partie des élus pour les préoccupations réelles du peuple : insécurité, immigration hors de contrôle, déclassement, baisse du niveau de vie, difficultés d’accès aux soins, administration invasive, effondrement scolaire, racket fiscal, impuissance publique… La liste pourrait s’allonger comme une liste à la Prévert. Mais s’agit-il là d’une dérive du système ou de son développement logique ?
Jean-Claude Juncker, ex-président de la Commission européenne, avait d’une certaine façon exprimé ce qu’est « la démocratie limitée » en janvier 2015, en déclarant au Figaro : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités. » C'est-à-dire que le droit primerait la volonté du peuple. C’est oublier un peu vite qu’en démocratie, la loi, donc le droit, est l’émanation de la volonté populaire. Du moins, en principe. Qu’elle soit votée par les supposés représentants du peuple ou le peuple lui-même par voie référendaire. Et que le peuple peut revenir sur ce qu’il a décidé à un moment donné.
Refus des mandats impératifs
Avec le traité de Lisbonne, Nicolas Sarkozy a démontré le peu de cas que l’oligarchie dominante - politique, journalistique et économique - fait de la volonté populaire. Mais est-ce bien nouveau ou n’est-ce pas dans la logique du système mis en place en 1789 ? En effet, dès juin-juillet 1789, les députés des États généraux qui s’étaient autoproclamés « Assemblée nationale constituante » ont refusé les mandats impératifs figurant dans les cahiers de doléances. Les députés ont ainsi affirmé qu’ils représentaient la nation tout entière et non leurs électeurs ! Tout cela découlait sans doute du pamphlet de l’abbé Sieyès Qu’est-ce que le Tiers État ? dans lequel il affirmait que les députés devraient exercer un mandat représentatif et non impératif, mais surtout du Contrat social de Jean-Jacques Rousseau, manuel de tous les totalitarismes, qui développe la théorie de « la volonté générale » qui représenterait l’intérêt de tous les citoyens et qui est, en fait, proprement despotique. Au demeurant, le « doux Jean-Jacques » énonçait : « Quiconque refusera d’obéir à la volonté générale y sera contraint par tout le corps, ce qui ne signifie autre chose qu’on le forcera d’être libre... » Superbe oxymore idéologique. Cette théorie conjuguée avec le caractère non impératif des mandats électifs est le fondement de la dérive totalitaire des systèmes démocratiques, qui ne sont rien d’autres que des oligarchies électives tempérées par la cooptation, dont l’éloignement du peuple s’accroît avec le temps.
Ce caractère non impératif des mandats était essentiel pour tous les avocats sans causes, les pamphlétaires sans talents et les aristocrates déclassés qui peuplaient les allées du pouvoir révolutionnaire. Il a été affirmé dès la Constitution de 1791, jetée à bas par le coup d’État parisien du 10 août 1792 et réaffirmé de nos jours par l’article 27 de la Constitution de 1958 qui énonce : « Tout mandat impératif est nul. » Ils voulaient en effet agir à leur guise, en fonction de leur idéologie ou de celle de leur faction ou parti. Une belle continuité. Toutefois, le général de Gaulle, qui ne connaissait que trop « le détestable régime des partis », avait prévu, pour le contourner, le recours au référendum. Sans doute n’imaginait-il pas qu’un pouvoir républicain pourrait passer outre. Étrange naïveté.
« Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent »
Le caractère non impératif des mandats trouve sa traduction triviale dans la formule d’Henri Queuille : « Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent. » Ce politicien rad-soc, qui fut le modèle de Jacques Chirac, a énoncé ce qui constitue la maladie mortelle du système représentatif : le mépris du contrat moral passé avec les électeurs lors des scrutins. Car, enfin, pour se faire élire, le candidat énonce un programme, des objectifs sur lesquels il quémande la confiance des électeurs. S’il a la ferme intention ne n’en tenir aucun compte, il s’agit là d’une sombre escroquerie morale. L’histoire de nos Républiques démontre qu’avec la durée, la mise en œuvre de ce mépris quasi institutionnel finit par être insupportable au peuple qui finit par congédier, souvent violemment, l’oligarchie qui le gouverne et qui ne représente plus qu’elle-même et ses intérêts propres.
Il est possible de mettre la République à toutes les sauces, de l’invoquer à tout propos et hors de propos, il reste que le gouvernement des hommes est toujours le gouvernement du plus grand nombre par le plus petit nombre. Ce qui fait la différence, c’est le sens du devoir, de l’honneur, du bien commun et de la France. Dans le Livre des Rois, Salomon, « tout jeune homme », fait la demande suivante à Dieu : « Donne à ton serviteur un cœur attentif pour qu’il sache gouverner ton peuple et discerner le bien et le mal, sans cela, comment gouverner ton peuple... » Nous voilà bien loin des petits-bourgeois arrivistes et des politiciens retors. Puissent les mois à venir nous donner des responsables politiques ayant au fond des yeux la petite flamme de l’amour de la France et des Français. Car, dit-on, les yeux sont la porte de l’âme.
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50 commentaires
Le théorème est simple et unaniment partagé entre l’Elysée et la commission à Bruxelles : quand les peuples votent à droite, ils votent mal. Donc il faut les contourner par le droit européen qui s’impose au droit et votes nationaux et par la justice européenne qui s’impose à la justice nationale.
Et dans ce contexte, on reproche aux électeurs de ne plus aller aux urnes. Tout simplement ils se rendent compte que quoi qu’ils votent, la décision sera toujours prise à Bruxelles, sauf quand il s’agit de creuser la dette qui reste l’apanage du Mozart des finances.
Le peuple est devenu benet (il a voté pour le Roi nu) mais il nous reste nos racines: pompiers, agriculteurs, personnel de santé et bénévoles en sont la représentation. Les politiques ne sont que des pipes à fumer de la m….e
Bien
» Puisque le peuple vote contre le gouvernement , il faut dissoudre le peuple »
Bertolt Brecht
Je vois une autre raison à la déconnexion entre les parlementaires et le peuple : en 2011, 83% des députés et des sénateurs exerçaient un mandat local. Ces nombreux députés- et sénateurs-maires avaient ainsi un contact régulier avec leurs administrés qui les informaient de leurs soucis du quotidien.
Depuis la LOI organique n° 2014-125 du 14 février 2014 interdisant le cumul de fonctions exécutives locales avec le mandat de député ou de sénateur, nos parlementaires ne voient plus le peuple que par le GROS bout de la lorgnette, éloignant ainsi les uns de l’autre. Les parlementaires ne pensent plus qu’à la conservation de leur fauteuil et de tout ce qui s’y rattache, bien plus qu’aux préoccupations du petit peuple qui a cru à leurs promesses électorales.
Rien à voir que des excuses bidon, analysez bien les listes des municipales majoritairement voir en totalité sur certaines listes tous issus du monde public. C’est là le vrai problème.
ces gens n’écoutent pas les Français pour eux nous sommes des ignares incultes mais même si nous n’avons pas fait de grandes études au moins nous connaissons la vie , ils sont ignobles jamais ils ne prennent en compte nos besoins, ni nos avis, alors qu’ils ne s’étonnent pas si plus personne ne les écoute.
Qui aime la France et les Français ? Je vous laisse deviner, il n’y en a qu’un, Fasse le ciel qu’il soit élu, pour nous sauver …..E.Z.
Avec 4 à 6% max dans les sondages…pour l’instant c’est mal parti ! Et même E.Z ( MLP encore moins) ne souhaite pas sortir de l’Europe, une des conditions nécessaires qui permettrait de réellement gouverner…
OUI et NON le meilleur serait De Villiers.
Tout à fait d’accord avec vous MIK MAK, je redoute, hélas, que le ciel ne soit pas assez puissant pour contrer ce mélange de bêtise, d’inculture , de je-m’en-foutisme, d’absence de patriotisme et autres caractéristiques qui compose la population française de notre époque. C’est affligeant, et c’est ce qui me fait craindre que quelque soit le niveau d’intelligence, de lucidité, de détermination à remettre ce pays en ordre de marche, quand bien même le candidat que vous évoquez en serait-il pétri (et comme vous, je sais qu’il l’est) ces paramètres indispensables ne seront, hélas, pas ceux qui détermineront la nature des votes.
Non, il n’y en a qu’un seul : François Asselineau, Union Populaire Républicaine (parti d’union nationale au-delà du clivage droite-gauche pour faire sortir la France de l’U.E., de l’euro et de l’OTAN). EZ se dit « souverainiste » mais ne remet pas en cause la tutelle de l’UE : est-ce bien logique ? …
Si tu aimes la France, tu sors de l’UE. Je ne vois pas pourquoi les candidats montreraient de l’intérêt pour la France puisque la population veut rester dans l’UE et est donc (sans en être consciente souvent) pour la dissolution de la France dans une UE fédérale. Faites un référendum sur l’UE, sur l’Ukraine, sur l’écologie, sur les lois liberticides qui s’enchainent ; ce sera un plébiscite pro système. Quant à l’immigration, Macron pourrait proposer la question suivante « souhaitez-vous plus de lutte contre l’immigration? » Il ferait campagne dans ce sens et obtiendrait 80% et encore une fois en sortirait conforté. Les français ne veulent pas vraiment que ça change ; ils ont trop peur qu’il faille se retrousser les manches pour relancer le pays. Ils sont plus à l’aise dans le maternage.
La majorité des Français est un troupeau de veaux et de brebis belantes
Je n’osais pas le dire mais c’est tout-à-fait ça.
À nous de parler à nos proche, au cours de discussions sur l’actualité, pour – à partie de faite – leur faire prendre conscience que la réalité est tout autre que ce qu’ils pensent et que les médias nous manipulent.
erratum : « à partir de faits »
La Suisse est la dernière démocratie encore debout… Comme quoi, quand on est isolé, le peuple a encore des droits et la parole. Quand je pense à tout le gâchis en France, ça me désespère, être si haut pour tomber si bas.
Je conseille à mon fils d’aller y travailler et de quitter la France qui devient un état soviétique.
C’est bien la faute aux Français, le nécessaire pouvait être fait pour virer cet idiot et fermer toutes ces trop nombreuses grandes écoles qui ne forment que des inutiles.
» Puissent les mois à venir nous donner des responsables politiques ayant au fond des yeux la petite flamme de l’amour de la France et des Français. » Je ne vois pas comment en 10 mois on pourrait voir apparaitre une classe politique honnête et compétente, alors que nous sommes en cleptocratie depuis le 10 mai 81 !
Il faut se demander « Pourquoi ? » Sinon, touts discussion est vaine, ça ne sert à rien de déplorer si l’on ne comprend pas l’origine du mal.
Pourquoi les élus au pouvoir actuellement se fichent complètement du peuple, de la démocratie et de l’avenir de la France ? Pas par perversité, ne soyons pas naïfs, mais par intérêt.
A qui profite le crime ?
La caste qui s’est considérablement enrichi ces dernières décennies, en argent comme en pouvoir, ce sont les mondialistes richissimes apatrides de conviction, le « Monde de la Finance ».
Et comme les vases sont communiquant, ça l’a été au détriment des peuples et de leur pouvoirs démocratiques. Il n’est qu’à lire les chiffres.
Le mondialisme, voilà notre ennemi, financier, écologiste (le mondialisme génère les pires pollutions), social, démocratique (tout ce qui est supranational est, par nature, supradémocratique).
Comment le combattre ?
En ne restant plus soumis à sa loi, donc en quittant toute de suite ses leviers de pouvoir sur les peuples asservis : l’union européenne, bien sûr, mais aussi CEDH, OMC, OMS et tous les « machins » internationaux forcément liberticides.
Quand le peuple ne craint plus le pouvoir c’est qu’il espère déjà un autre pouvoir
Lao-Tseu
Le problème de notre démocratie élective est que les qualités nécessaires pour être élu sont aux antipodes de celles requises pour gouverner dans l’intérêt du peuple.
Tout est dit. Nos élus se foutent totalement du peuple et de ses préoccupations.
A preuve l’état dans lequel se trouve le France dans la superbe indifférence de ces privilégiés tous partis confondus.
Tout n’est pas complètement dit, même si ce qui est dit est bien dit. Un empilement de catastrophes institutionnelles est, en effet, venu aggraver le diagnostic de fond ici formulé. 1° cata : l’inversion du calendrier électoral 2° cata le quinquennat 3° cata le non cumul du mandat de député avec celui de maire. 4° cata l’UE et les abandons de souveraineté 5° cata potentielle la proportionnelle. Résultats : « les branquignols de l’Assemblée Nationale »
Plutôt que l’IVG, n’y aurait pas eu plus d’intérêt et de respect pour les français, à inscrire le Droit au Référendum dans le Constitution.
Si c’est pour ne pas tenir compte des résultats, c’est inutile.
Comme disait Coluche, si les élections servaient à quelque chose, il y a longtemps que ce serait interdit.
Sauf que le sacro saint coluche a brigué un mandat présidentiel : faites ce que je dis, pas ce que je fais.
« Avec le traité de Lisbonne, Nicolas Sarkozy a démontré le peu de cas que l’oligarchie dominante- politique, journalistique et économique – fait de la volonté populaire. »
« Il se pourrait que la politique se trouvât totalement discreditée qui des maintenant cesse d’être un métier de gentilhomme. Il se pourrait qu’on la considérât comme assez abjecte pour la classer ainsi que toute littérature partisane et journalistique sous la rubrique de la prostitution de l’esprit. » (Nietzsche. Le gai savoir.)
Si vous y croyez encore alors aux urnes citoyens !