Le centenaire de la croix de Camargue : un symbole et un signe d’appartenance

Inaugurée le 7 juillet 1926 aux Saintes-Maries-de-la-Mer, elle s'est imposée comme le symbole de la Camargue.
Capture d'écran ICI
Capture d'écran ICI

Il y a cent ans naissait la première croix de Camargue. Forgée par Joseph Barbanson, la première croix camarguaise est inaugurée le 7 juillet 1926 aux Saintes-Maries-de-la-Mer, avant de devenir l’un des emblèmes les plus reconnaissables de la Camargue, jusqu’à se retrouver sur le parvis de la basilique de la Bonne Mère à Marseille. Le 11 juillet dernier, la ville des Saintes-Maries-de-la-Mer célébrait donc l’anniversaire de ce « symbole fort qui veille sur [leur] territoire et dans le cœur de tant de Camarguais » qui a « a su traverser les générations [puisque] certains la portent dans leur cœur, d’autres lui ont fait une place dans leur maison et certains l’ont même tatouée sur leur peau, comme le témoignage d’un attachement profond à la Camargue ».


Née de l'imagination du marquis Folco de Baroncelli

Appelée aussi la croix des gardians, cette croix est née d’abord de la volonté du marquis Folco de Baroncelli-Javon (1869-1943), un écrivain et manadier disciple de Frédéric Mistral, et de l’imagination de l’artiste Hermann-Paul en 1924, rapporte le site Camargue.fr : « Leur volonté ? Créer un symbole qui parle aux habitants, qui reflète leurs valeurs, leur quotidien, leur foi. Et ils y sont parvenus : en réunissant dans un seul dessin tout ce qui fait vibrer cette terre. » Folco de Baroncelli est une figure emblématique et tutélaire locale, il devint même l’un des acteurs du Félibrige fondé par Mistral pour la mise en valeur de la culture, de l’identité et du patrimoine des pays de langue d’oc. Il est aussi l’un des fondateurs de la Nacioun gardiano, ou nation gardiane, en 1909, et il se bat avec cette association pour « maintenir et glorifier le costume, les us et les traditions du pays d'Arles, de la Camargue et des pays taurins ». Figure haute en couleur, le marquis a notamment profité de son amitié avec Buffalo Bill pour s'inspirer des cow-boys dans la création des jeux gardians et participa à la codification des courses camarguaises.

©GM

La croix de Camargue est un symbole et un signe d'appartenance

La croix de Camargue participe, elle aussi, de la promotion de cette culture et de cette identité camarguaise. Le site de l’office de tourisme des Saintes-Maries-de-la-Mer explique ainsi que « la croix symbolise la foi et rappelle l'importance des pèlerinages des Saintes-Maries-de-la-Mer, haut lieu de spiritualité en Provence. L'ancre, située à sa base, représente l'espérance et rend hommage aux pêcheurs, dont l'activité est intimement liée à la Méditerranée. Le cœur, placé au centre, évoque la charité, l'accueil et la solidarité. Enfin, les extrémités en forme de trident rappellent l'outil des gardians, symbole des traditions d'élevage des taureaux et des chevaux de Camargue. »

Autrement dit, cette croix devenue un symbole voire un signe d’appartenance pour les Camarguais lie les vertus théologales catholiques à la terre et à l’histoire de la Camargue : « À travers ces éléments, la croix de Camargue illustre les trois piliers historiques du territoire : la religion, la pêche et l'élevage », détaille encore le site de l’office du tourisme.

« En 1926, Joseph Barbanson, exerçant son métier de forgeron dans son atelier des Saintes-Maries-de-la-Mer, transforme le dessin initial d’Hermmann-Paul en une œuvre en fer forgé », raconte le site Vincent et Mireille, qui commercialise des tenues de gardians traditionnels, en ajoutant que c’est de ce forgeron qu'est venue l’idée des tridents pour représenter les gardians, à la place de la fleur de lys initialement prévue. Ils expliquent aussi que dix ans après son inauguration, la croix camarguaise originelle est déplacée « à l’entrée du village des Saintes-Maries-de-la-Mer, orientée vers Aigues-Mortes, au pont du Mort, témoignant de sa place centrale dans le cœur et le paysage de la Camargue ».

D'une culture, d'une histoire et d'un héritage fiers et vivaces

Comme le révèle le reportage réalisé en juillet par France 3, l’attachement des Camarguais à leur croix ne semble pas faiblir depuis l’inauguration de la première croix, il y a cent ans. Si certains, comme Mika, qui témoigne auprès du journal local, l’ont tatouée sur leur peau, c’est sans doute parce que, comme le raconte le site camargue.fr, « pour les Camarguais, cette croix raconte des histoires personnelles. Elle rappelle un grand-père gardian, des après-midi de pêche, des fêtes de village sous le mistral ou encore une enfance à galoper sur les plages. » À la fois récente, à l'échelle de l'Histoire de France, et ancienne de son siècle d'existence, la croix de Camargue semble vouée encore à une longue pérennité !

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 10/08/2026 à 12:02.

Vos commentaires

10 commentaires

  1. Très bel article , et cette croix l’est d’autant ,ainsi que le symbole représenté par celle -ci . Je ne savais pas que la félibrée était issue de Mistral et est partie de cette région , j’ai participé à une de ces fêtes de la culture occitane mais là c’était en Dordogne . Les chevaux camarguais sont très vifs, réactifs et ont du caractère . Il en faut pour les manades ! A ne pas mettre en toutes les mains .

    • Cela s’est le côté folklorique qui plait au « gadjo ». Les gitans sont comme tout le monde. Ils on leurs failles et la nécessité pour eux de se mettre en communauté en étant persuadés que cela serait leur seul possibilité de survivre au mieux de leur intérêts de gitans . Mais cela peut être un carcan qui se retourne contre eux car cela alimente les suspicions de la part de la communauté nationale, parfois fausses, et parfois vérifiées .

Laisser un commentaire

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

Eliot Deval encense le travail de BV !
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois