À 97 ans, le cardinal Simoni revient là où le communisme l’avait emprisonné

Le cardinal albanais est venu célébrer l'Eucharistie pour tous ceux qui « ont porté la lourde croix de l’injustice ».
Capture d'écran RTV KLAN
Capture d'écran RTV KLAN

Malgré ses 97 ans, le cardinal albanais Ernest Simoni a eu le courage de revenir sur le lieu même où il avait passé les années les plus éprouvantes de sa vie, sous le régime communiste. En effet, le vendredi 31 juillet 2026, l’ancien détenu a présidé une messe dans l’ancien camp de prisonniers de Spaç, dans les montagnes du nord de l’Albanie. Un demi-siècle après y avoir souffert, le prêtre devenu cardinal est revenu célébrer l’Eucharistie à la mémoire de ceux qui « ont porté la lourde croix de l’injustice », selon les mots du pape Léon XIV, et qui furent enfermés, torturés et, bien trop souvent, tués.

Une messe là où régnait la persécution

Ouvert en 1968 et demeuré en activité jusqu’en 1990, le camp de Spaç fut l’un des principaux lieux de détention politique de l’Albanie communiste. Les prisonniers y étaient notamment employés à l’extraction de métaux, au prix de conditions de travail particulièrement éprouvantes. C’est dans ce décor marqué par la souffrance que le cardinal Simoni a dit la messe, le 31 juillet. La célébration rendait hommage à tous ceux qui avaient connu les prisons et les camps du régime. Au terme de la cérémonie, un message du pape Léon XIV a été lu aux participants. Le souverain pontife y décrit Spaç comme « l’une des pages les plus douloureuses » de l’Histoire albanaise. Le pape a également rappelé la dimension spirituelle du retour du cardinal Simoni à Spaç, venu y « célébrer le Sacrifice du Christ qui a transformé la Croix, signe de mort, en promesse de vie ».

Léon XIV a également repris une image inspirée de saint Paul pour résumer le sens de cette journée : « Aucune chaîne n’est assez forte pour emprisonner une conscience éclairée par l’Évangile, aucune nuit n’est assez longue pour empêcher l’aube que le Seigneur prépare pour ses enfants, et aucune prison n’est assez profonde pour séparer l’homme de l’amour de Dieu. » Ces paroles rejoignent ainsi celles prononcées par Jean-Paul II en 1979, lors de sa visite en Pologne communiste, lorsqu’il déclarait : « On ne peut exclure le Christ de l’histoire de l’Homme » car « exclure le Christ du cœur de l’Homme, de l’histoire de l’Homme, c’est détruire l’Homme lui-même ».

Fidèle à son ministère derrière les barreaux

Pour le cardinal Simoni, Spaç n’était cependant pas seulement un lieu de mémoire. C’est une partie de sa propre histoire qui se trouvait devant lui. Arrêté le 24 décembre 1963, après avoir célébré la messe de Noël, il fut condamné à mort avant que sa peine ne soit commuée en vingt-cinq ans de travaux forcés. Il passa au total dix-huit années en captivité, dont douze dans les mines. En 1973, il fut de nouveau condamné à mort, accusé d’avoir fomenté une révolte. La peine ne fut finalement pas exécutée, notamment grâce aux témoignages favorables de certains de ses gardiens.

Même derrière les barreaux, le prêtre refusa pourtant de renoncer à sa foi et à son ministère. Il raconte ainsi : « Pendant ma captivité, au péril de ma vie à chaque fois, j’ai célébré la messe en latin, de mémoire, tout comme j’ai confessé et distribué la communion en secret. » Pour préparer l’Eucharistie, il fabriquait lui-même du pain avec de la farine et utilisait du raisin pressé pour le vin : « S’ils [ses geôliers] m’avaient trouvé, ils m’auraient immédiatement pendu. » Durant la célébration du 31 juillet, il a aussi montré aux participants le casque qu’il portait lorsqu’il descendait dans la mine, alors qu’il n’était qu’un jeune prêtre prisonnier.

Une foi vécue sous la dictature

Cette fidélité à Dieu trouve ses racines dans l’enfance d’Ernest Simoni. Né le 18 octobre 1928 à Troshan, dans une famille pauvre mais profondément catholique, il entre dès l’âge de dix ans au collège franciscain. Cependant, l’installation du régime communiste d’Enver Hoxha bouleverse son existence, avec l’instauration d’une violente persécution religieuse qui conduit notamment à la fermeture du couvent franciscain en 1948. Simoni, âgé de vingt ans, est alors envoyé enseigner dans un village isolé des montagnes. Après deux années de service militaire, de 1953 à 1955, il poursuit clandestinement ses études de théologie et, le 7 avril 1956, il est ordonné prêtre en secret avant d’être emprisonné, sept ans plus tard, à Spaç. Après sa libération en 1981, Simoni reste considéré comme un « ennemi du peuple » et doit continuer à exercer son ministère dans la clandestinité jusqu’à la chute du régime communiste.

Le 9 octobre 2016, le pape François, touché par le témoignage de cette vie marquée par la persécution, annonce qu’il entend créer Ernest Simoni cardinal et lui attribuer la diaconie romaine de Santa Maria della Scala. Privilège rare, puisque Simoni n’est pas évêque mais simple prêtre, mais qui, encore aujourd’hui, demeure un témoin vivant de sa foi auprès de plusieurs générations et incarne le souvenir des souffrances qu’un régime communiste peut infliger à l’Homme.

Ernest cardinal Simoni (Capture d'écran YT AzzurroPod)

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Eric de Mascureau
Chroniqueur BV- Histoire, patrimoine, culture

Vos commentaires

18 commentaires

  1. La terrible dictature communiste en Albanie devrait être plus souvent décrite, comme ici. Elle est récente, au regard de l’Histoire. Les jeunes générations ne doivent guère en avoir conscience.
    Qu’en pensent les communistes français ? Quelle doit être leur honte d’appartenir à un parti aussi épouvantable, compère du fascisme dans l’extrême gauche et la dictature !

  2. Les fachos gauchistes oublient qu’ils sont à l’origine du nazisme, du fachisme et des exactions stalinienne ou sous Mao!!! Quand l’homme veut renverser l’ordre naturel des choses on obtient le gauchisme donc cela crée des meurtriers…

    • Je crois que les gauchistes le savent parfaitement et que la violence des dictatures les attire.
      Il suffirait pourtant de mettre sur la table le fait historique que le fascisme et le nazisme ont toujours été d’extrême gauche, eux aussi. Et que le communisme, leur compère, a toujours été et demeure (regardez la Corée du nord !) une épouvantable dictature, terrorisant les populations.
      Qu’attendent les hommes politiques démocrates actuels pour le dire ? Pourquoi cette lâcheté ?

  3. Le communisme est beau au royaume des cieux… c’est juste ce que les hommes en ont fait qui a échoué, la preuve: Staline, Mao, Pol Pot, Ceausescu, Castro, Kim II- sung, etc. Etc. Les autres eux… ont parfaitement réussi…

    • Le communisme n’est beau nulle part ! Avant hommes il y a les idées ! La négation de Dieu, le matérialisme dialectique, la dictature du prolétariat, la légitimation de la violence, la destruction de la famille, l’enfant appartient à l’Etat avant d’appartenir à ses parents, le collectivisme, etc. Les hommes n’ont apporté dans la mise en œuvre que des touches « personnelles » ou des « perfectionnements » !
      Et je ne parle même pas de l’économie, de l’agriculture ou de l’industrie. Le système conduit inévitablement au désastre.

  4. Un exemple ! Un exemple qui doit inspirer tous ceux dont la mission divine est aujourd’hui de s’opposer aux novelles formes de l’inhumanité, à ce nouveau progressisme qui codifie l’euthanasie, la mort de l’enfant à naître, l’enfantement sans père, l’arrachage commercial de l’enfant à sa mère.
    « Célébrer le Sacrifice du Christ qui a transformé la Croix, signe de mort, en promesse de vie ».

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