Ce soir, lundi 27 Juin 2022, au conseil municipal de dans la Loire, sera actée l'épineuse question de la désacralisation de l'église Notre-Dame de Saint-Chamond et son devenir soumis au vote dans le plus grand des flous artistiques. À cette heure, rien ne permet aux élus d’opposition de connaître les réelles intentions concernant les projets de transformation et d'aménagement. Une seule certitude, les cloches de Notre-Dame se tairont pour toujours...

« Courbe-toi, fier sicambre ! Adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré. » C’est par ces mots qu’en la cathédrale de Reims, le jour de 496, saint Rémi reçut la conversion du roi Clovis et de trois mille de ses leudes qu’il baptisa, et la avec eux, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Depuis, les preuves sont malheureusement légion que le sens s’en va du sacré qui a porté la fille aînée de l’Église sur les fonts baptismaux. Dimanche 19 juin, jour béni de la solennité de la Fête-Dieu, les paroissiens de Givors décidèrent, pour échapper à un soleil de plomb, et avec l’assentiment de leur curé qui s’en est même réjoui, d’installer dans leur église le château gonflable initialement prévu pour trôner sur le parvis, passant ainsi avec une facilité déconcertante de la à la kermesse… Une semaine plus tôt, alors que, pourtant, nous pensions, un peu naïvement sans doute, que la musique adoucit les mœurs, un syndicat d’enseignants s’était publiquement offusqué, au nom de la déesse laïcité, que des élèves des écoles publiques et privées de Lourdes aient été invités à chanter l’Ave verum corpus de Mozart au pied de la grotte miraculeuse. D’aucuns eussent-ils mieux préféré qu’en ces lieux retentît l’appel du muezzin ? Sûrement.

Brochant sur le tout, à quelques centaines de kilomètres de là, à Saint-Chamond, commune de 35.000 âmes, la mairie s’apprête, sur les instances de Monseigneur Sylvain Bataille, évêque de Saint-Étienne, à « approuver la demande d’adoption d’un arrêté préfectoral de désaffectation » de l’église centrale de la ville, construite au XIXe siècle, grâce à la libéralité des industriels du Gier, et consacrée en 1881 sous le vocable de Notre-Dame.

Fermé au culte depuis la Pentecôte 2004, privé des croix qui surplombaient fièrement ses flèches puis sa flèche nord, ce « monument phare de la ville », de l’aveu même de la délibération municipale, est aujourd’hui condamné à la désacralisation en vue de son aménagement en un projet culturel dont on ne sait rien, sinon qu’il devra se montrer « respectueux de son passé » et ne rien permettre « d’inconvenant ». On serait inquiet à moins.

Interrogés en 2009 sur le devenir de Notre-Dame, les Couramiauds se seraient-ils jamais doutés qu’avec la bénédiction des autorités ecclésiastiques, les choses finissent ainsi, eux qui s’étaient prononcés en faveur d’une restauration de l’édifice ? On voit mal comment certains pourraient déplorer un manque de vocation sacerdotale et religieuse tout en fermant les lieux de rencontre avec Dieu.

Quand cesserons-nous, et nos pasteurs avec nous, de nous résigner à accepter sans mot dire (maudire ?) que nos églises, nos chapelles, qui ont fait le blanc manteau de la France, disparaissent ou, pire, demeurent en façade mais soient privées de la présence réelle du Seigneur qui en constitue l’âme ? Alors que, dans le même temps, nous assistons à un bouleversement culturel que rien ne semble pouvoir freiner.

Souvenons-nous des paroles que Jean-Paul II nous adressait, en juin 1980, au Bourget : « France, fille aînée de l’Église, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? » Plus que jamais, il est de notre responsabilité, citoyens comme élus, de ne pas abdiquer devant les événements et de maintenir vive la flamme de l’espérance qui toujours s’avance sur le chemin cahoteux, de cette espérance dont Péguy disait qu’elle est « cette petite fille de rien du tout qui fait avancer le monde, car on ne fait jamais rien que pour ses enfants ».

Plus que jamais, il est temps de comprendre que, dans l’apparente clarté de cette aube nouvelle, se dessine, en réalité, le crépuscule de l’Occident. Serons-nous de ceux qui regarderont Rome brûler ?

 

Isabelle Surply, élue municipale d'opposition, et Loïc Lerate, soutiens de l'association des Amis de Notre-Dame de Saint-Chamond.

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27 juin 2022

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11 commentaires

  1. pour toujours , non , on va dire pendant un certain temps ..quand le pays aura à sa tête des gens sérieux et compétents , elles (et d’autres ) sonneront à nouveau

  2. Et pendant ce temps on construit des mosquées partout en France avec les deniers publics .Deniers publics qui manquent cruellement partout ailleurs : éducation , soins , sécurité ….

  3. Avec un peu de chance, elle deviendra une mosquée. Vive le grand remplacement qui n’existe pas.

  4. La présence réelle du Seigneur ne suffit pas. Sans la présence réelle de chrétiens, les églises seront nombreuses à être désaffectées…

  5. « il est temps de comprendre que, dans l’apparente clarté de cette aube nouvelle, se dessine, en réalité, le crépuscule de l’Occident.  »

    Hélas oui : perte de connaissances, de savoirs, perte de sens, perte de la morale, inversion des valeurs, permettant à ceux qui se prennent pour les grands de ce monde, de refourguer leurs produits toxiques (allant des graines OGM aux engrais en passant par les désherbants, les faux vaccins, les médicaments qui tuent mais ne soignent pas, les guerres …….)

    1. En tant que chrétienne je garde malgré tout l’Espérance, cette vertu qui me fait attendre de Dieu la grâce qu’Il nous promet en ce monde AVANT le bonheur éternel dans l’autre…
      Je reconnais que c’est très parfois très dur, comme devant la désacralisation de cette église..à comparer, hélas, à l’incendie qui a ravagé ND de Paris …

  6. Promenez vous un jeudi matin sur la grande place au pied de cette magnifique église, jour de marché, et vous comprendrez la destination de ce monument.

  7. Oui le crépuscule de ‘lOccident se dresse devant nous et ne plus avec l’assentiment de l’Eglise !

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