Cette fois-ci, pas de diffusion outre-Manche et outre-Atlantique pour Timothée de Fombelle, auteur de célèbres livres pour la jeunesse, comme Tobie Lolness (Gallimard jeunesse, 2006), Vango (Gallimard jeunesse, 2010) et Le Livre de Perle (Gallimard jeunesse, 2014). La maison d’éditions anglo-américaine Walker Books avec laquelle il collabore habituellement pourrait censurer le dernier ouvrage de l’écrivain en Grande-Bretagne et aux États-Unis, pour motif qu’il est blanc.

Alma – Le vent se lève(Gallimard jeunesse, avril 2020), premier tome d’une saga, raconte l’épopée d’une Africaine partie à la recherche de son frère, dans un dix-huitième siècle esclavagiste. Or, Timothée de Fombelle est blanc. Un statut qui ne lui confère pas le droit de s’incarner dans la peau d’une jeune fille noire, selon la maison d’édition britannique, qui craint une « appropriation culturelle ». « Quand on est blanc, donc du côté de ceux qui ont exploité les Noirs, on ne peut pas décemment s’approprier l’histoire de l’esclavage », lui a targué l’entreprise, en amont même de l’écriture du livre. Un sujet, selon eux, « passionnant mais trop délicat ». « Mais qu’un homme blanc puisse endosser le rôle d’une petite fille noire, qu’un écrivain puisse raconter l’histoire de la traite négrière du point de vue des esclaves même si cette histoire n’est évidemment pas la sienne, c’est pour moi la définition même de la littérature… », s’inquiète-t-il dans Le Point.

Une légitimité historique

Prévenu par la maison d’éditions, en amont de l’écriture, que le sujet était à risque, il avait redoublé de vigilance. Pour asseoir sa légitimité et s’autoriser à endosser le rôle de la fillette, il a ainsi fondé son récit sur de longues recherches historiques et de terrain, durant des années de travail. « Je suis un homme blanc du XXe, je ne suis pas historien, alors pour raconter une petite jeune fille noire du XIXe, je me suis vraiment beaucoup documenté, j’ai consulté des archives, des journaux de bord, j’ai beaucoup lu sur l’Afrique ancienne et j’ai voyagé. […] Il fallait que je sois digne de mon sujet », estime-t-il.

En terme pédagogique, l’auteur, qui essuie son premier refus de publication de la part de l’entreprise, regrette la pauvreté de la littérature sur cette époque ainsi que de l’enseignement scolaire et se faisait une joie de mettre à profit ses recherches auprès des jeunes, dans les trois volumes de 400 pages de la saga. Un apport éducatif qui risque, malheureusement, de ne pas arriver jusqu’en Grande-Bretagne et aux États-Unis.

25 juin 2020

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