Le journaliste et chroniqueur Mehdi Meklat (Bondy Blog) ? Tombé pour des tweets racistes. Le réalisateur de cinéma Ladj Ly (Les Misérables) ? Tombé pour des malversations financières. Le clan Traoré… et maintenant Taha Bouhafs ! Le sort s’acharne sur la gauche dans sa quête inassouvie de symboles pour agréger les quartiers dits « populaires » à son capital électoral. L’info de BFM TV est tombée avec la roideur d’un couperet : Taha Bouhafs fait l’objet d’une enquête interne au sein de La France insoumise pour des faits de harcèlement et de sexuelles. Dans la foulée, c’est Mediapart qui publie un papier plus détaillé sur les faits qui sont reprochés en interne au jeune militant.

Bouhafs, jeune militant des quartiers, devenu en quelques mois une icône de la galaxie mélenchoniste, devait être parachuté dans la 14e circonscription du Rhône. Mais, balayant l’accord conclu entre LFI, le PS, EELV et le PCF, le maire communiste de Vénissieux, Michèle Picard, a maintenu sa candidature au lieu de se retirer comme prévu au profit de Taha Bouhafs, ex-futur candidat de la NUPES (Nouvelle union populaire, écologique et sociale). La réalité des réseaux sociaux se fit encore une fois cruelle lorsque les amis de Taha Bouhafs, dénonçant le comme seul mobile de ses opposants, ont fait front commun en faveur du jeune franc-tireur, populaire pour ses soutiens, islamo-gauchiste pour les autres.

Ce mardi 10 mai, coup de théâtre. Dénonçant les pressions, les insultes et les menaces, Taha Bouhafs annonce dans un bref communiqué qu'il se retire de la course aux législatives. Une décision surprenante. Maîtrisant les codes des réseaux sociaux comme personne, Bouhafs avait subi et distribué bon nombre de coups et ne se privait pas lui-même de déchaîner ses soutiens pour attaquer tel ou tel internaute.

L’annonce de ce retrait a provoqué bon nombre de réactions de soutien, à gauche : « J’ai connu Taha il y a quelques années […] depuis, c’est un ami. Ce qu’il subit n’est pas acceptable », avait tweeté la patronne d’Oxfam et ex-ministre de François Hollande Cécile Duflot. « Je n’ai qu’une chose à dire, en tant que président (non officiel) de son fan-club : la possibilité que Taha Bouhafs devienne député, c’est la meilleure nouvelle du week-end », lançait, pour sa part, le journaliste Pablo Pillaud-Vivien. Encore plus parlant, ce message d’Antoine Léaument, directeur de la communication de LFI, accompagnant le communiqué de Bouhafs : « Tu as tout mon soutien, ne lâche pas ! » Les encouragements viennent aussi de l’étranger. L’eurodéputé écologiste belge Margaux De Ré a publié, sur ce même réseau social : « Le jour où on actera la toxicité de ce système, ça ira mieux ! Tout mon soutien Taha Bouhafs. »

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Bouhafs a su se créer des alliés et des amis. Et pourtant, quel est le point commun de ces tweets ? Ils ont tous été... effacés ! Le coup est dur pour ce jeune militant attrapé un court instant par la machine politique. « C’était écrit, s’insurge l’avocat indigéniste Youcef Brakni, ami de l’intéressé. Quand on est projeté dans un système aussi verrouillé, aussi raciste, on ne peut qu’être broyé. Les trajectoires individuelles n’ont aucune chance d’aboutir dans ce cadre, ou alors on sait ce qui se passe depuis des décennies : la gauche pioche des figures isolées et les vide de leur radicalité et de leur substance pour faire de l’affichage. » Si la première partie est largement fantaisiste - on le dit et on le répète, ce ne sont pas les origines de Taha Bouhafs qui posent problème mais ses idées -, la deuxième partie est plus intéressante : « La gauche pioche des figures isolées et les vide de leur radicalité et de leur substance pour faire de l’affichage. » Tout du moins, elle jette sans préavis ni parachute sur le devant de la scène des prises qu’elle juge utiles pour, ensuite, à l’image des tweets effacés dans l’heure par ses nombreux soutiens, les lâcher à la première alarme. Comme si la gauche avait oublié qu’en mettant un individu sous les projecteurs, on éclairait aussi sa part sombre.

C’est le propre de cette machine appelée NUPES : de loin, la dynamique semble prête à tout renverser. Vu de plus près, cet amas de gauches irréconciliables apparaît comme un amalgame de cynisme, d’instinct de survie et de manne électorale. La est surtout la marque d’une gauche perdue pour les idées mais qui se cherche des totems. Le patron de Riss ne s’y est pas trompé dans son dernier édito : « Durant les négociations entre les différentes formations de gauche, l’amnésie a été marchandée contre quelques sièges à l’Assemblée, écrit-il. Entre la mémoire et l’espoir, certains ont fait un choix digne d’un pacte faustien. Pour notre part, nous rejetons cette ignominie. Nous ne nous soumettrons ni aux islamistes ni aux négationnistes de l’Histoire récente. » On l’aura compris, n’est ni NUPES, ni dupe. Taha Bouhafs dénonçait la shitstorm (cabale) venue de la droite ?

Il va maintenant connaître ce qui se fait de pire, en matière de violence : les coups de poignard dans le dos alors qu’il est à terre. Les accusations portées contre lui semblent suffisamment sérieuses pour que son parti l’écarte. Il appartiendra à la Justice de démêler le vrai du faux. Reste cette question : qui, à gauche, a voulu et obtenu la peau de Bouhafs ?

11 mai 2022

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