Economie - Editoriaux - 28 janvier 2019

Suppression de la TVA sur les produits de première nécessité. Chiche !

Je n’ai pas regardé le show Schiappa/Hanouna sur C8. Pas le courage. Les échos de cette insupportable cacophonie ne m’ont pas fait regretter mon choix.

Il apparaît, néanmoins, que la dame ministre, au milieu “d’un débat à mi-chemin entre politique et divertissement”, rapportent les confrères, a pointé de son crayon quelques mesures phares. La première, celle qui a remporté le plus de suffrages au cours de la soirée, est la suppression de la TVA sur les produits de première nécessité. Plébiscitée par 26 % des téléspectateurs votants, elle laisse loin derrière la seconde proposition : l’augmentation de 2 à 4 % du budget des hôpitaux.

Petite parenthèse, ici : faut-il croire que le bon peuple n’aime la démocratie que quand elle a des allures de jeu télévisé ?

Interrogé lors de l’émission “Questions politiques”, sur France Inter, dimanche matin, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire s’est dit disposé à envisager la question : “Qu’il y ait un manque de cohérence sur les taux de TVA, c’est absolument évident”, a-t-il admis, offrant aux auditeurs l’illustration des absurdités de notre administration fiscale. Et d’ajouter : “Je vous donne juste un exemple très concret : on a abaissé la TVA à 5,5 % sur les serviettes hygiéniques parce que c’était considéré, à juste titre, comme un produit de première nécessité […]. Sur les couches pour bébés, on est toujours à un taux de TVA de 20 %. J’ai quatre enfants, donc je sais ce que c’est qu’un budget de couches […]. C’est une dépense contrainte car les alternatives ne sont quand même pas simples pour la vie quotidienne.”

Et les incohérences de ce type sont légion, comme cet autre exemple cité par le ministre : le taux d’imposition de la margarine supérieur à celui du beurre, soit 20 % pour la première, contre 5,5 % pour le second !

Tout cela a été mis en place dans les années 1960 – il y a bientôt soixante ans – et jamais dépoussiéré. Maladie de notre société qui empile lois et réglementations sans jamais faire le ménage… Il faut aller faire un tour sur le site gouvernemental dédié pour prendre conscience de l’inextricable forêt de broussailles que sont nos textes réglementaires.

Reste le point essentiel : la cohérence et la faisabilité des réformes dans un souci d’équilibre des budgets… Rien que de vilains mots dans un temps où se décline tous azimuts le « y a qu’à ».

Alors, baisser la TVA sur le sucre, les chaussettes, la margarine et les bambinettes, oui, sans doute. Mais attention, dit le ministre : “Je suis tout à fait prêt à ce que nous allions beaucoup plus loin dans la baisse des impôts, mais dans ce cas-là, il faut aller beaucoup plus loin dans la baisse de la dépense publique.” Car “à chaque fois qu’on bouge un taux de TVA, cela coûte des centaines de millions ou des milliards d’euros au contribuable et au Trésor public. Il faut qu’en regard de cela, les Français puissent se dire que cela améliore vraiment leur vie quotidienne.”

Du fait des dix milliards d’euros concédés depuis le début de la crise pour améliorer le pouvoir d’achat, le déficit budgétaire de la France sera, en 2019, de 107,7 milliards d’euros, pour 98,7 initialement prévus. Surtout, nous avons collectivement sur le dos une dette de plus de 2.350 milliards d’euros. “Le seul paiement des intérêts sur la dette existante devrait représenter 42 milliards d’euros en 2019, soit 4 fois la somme déboursée dans l’urgence en faveur du pouvoir d’achat”, lit-on dans Le Point, avec ce commentaire : “Il est tout de même étonnant de constater à quel point les gilets jaunes, obsédés, non sans raison, par leur propre pouvoir d’achat, se soucient aussi peu de celui de leurs enfants et de leurs petits-enfants, à qui incombera la tâche de rembourser, avec leurs impôts, cette dette.”

D’aucuns, là encore, ont la solution : “Y a qu’à” pas la rembourser !

Si c’était si simple…

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