En intitulant son ouvrage Le Suicide français, Éric semble insister sur la complicité de tous les Français dans ce processus d’autodestruction dont nous sommes en train de mourir, mais ce qu’il décrit, en réalité, c’est un travail de méthodiquement orchestrée par les élites du pays. La responsabilité de la France profonde étant seulement de s’être laissée intimider et d’être restée passive face aux agressions qu’elle subissait, il semble que la tragédie qu’il narre s’apparente d’avantage à une tentative homicide qu’à un suicide.

D’autre part, en concentrant son essai sur les « quarante années qui ont défait la France », livre une vision inévitablement pessimiste de l’avenir de notre pays. En élargissant le point de vue historique – et il l’a, depuis, fait sur les plateaux de télévision –, il est pourtant permis d’espérer une spectaculaire résurrection. À deux reprises dans notre histoire au moins, la France est ainsi renée de ses cendres.

Le 21 mai 1420, le honteux traité de Troyes avait en effet entériné la disparition du royaume de France : déshéritant son propre fils sous la pression du duc de Bourgogne et du roi d’Angleterre, Charles VI le Fou et les représentants de la bourgeoisie parisienne, allégorie des élites françaises peu soucieuses de patriotisme, avaient accepté l’annexion de la France par son puissant voisin. Certes, l’héritier légitime Charles pouvait encore compter sur la fidélité théorique des fiefs du sud de la Loire et de quelques places fortes du Nord comme Vaucouleurs ou le mont Saint-Michel, mais nul ne pouvait raisonnablement envisager la survie du royaume.

De même, le 22 juin 1940, l’armistice de Rethondes entérinait le démembrement de la France. Le maréchal Pétain, élu président du Conseil par les parlementaires, avalisait notre étrange défaite et notre soumission à l’Allemagne nazie. Certes, les départements du sud de la Loire semblaient échapper à la domination allemande, mais nul ne pouvait raisonnablement envisager autre chose que la disparition définitive de notre pays, compte tenu de la détermination de l’ennemi et de la lâche complicité de la classe dirigeante.

Dans les deux cas pourtant, cette annoncée de la nation française a débouché sur la plus improbable et la plus héroïque résurrection qu’il se puisse imaginer : dès 1429, le roi Charles VII était couronné et les Anglais reculaient. Vingt-cinq ans plus tard, ils avaient totalement quitté le sol du royaume et la France était redevenue l’une des trois premières puissances du continent européen. À la fin de l’année 1944, les Allemands avaient déjà évacué la quasi-totalité du territoire français, et vingt-cinq ans plus tard, la France pouvait être considérée comme la troisième puissance géopolitique de la planète.

Entre cette mort désolante et cette résurrection impressionnante, le destin de la nation phénix s’est tout entier réfugié dans un personnage providentiel et quelque peu fabuleux : Jeanne d’Arc – humble paysanne de 17 ans devenue chef de guerre – en 1428 et Charles de Gaulle – modeste sous-secrétaire d’État à la guerre autoproclamé chef de la France libre – en 1940.

Impossible de prédire qui, en cette heure sombre, catalysera toute la puissance de la France pour la faire renaître de ses cendres, mais ne doutons pas que notre pays retrouvera tôt ou tard sa grandeur. Éric aura au moins eu l’immense mérite de contribuer à cette prise de conscience sans laquelle il n’est pas de sursaut possible.

13 octobre 2014

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