Marlène Schiappa l’a affirmé dans la matinale Radio Classique/Le Figaro, provoquant aussitôt, il faut bien le dire, un léger émoi sur les réseaux sociaux : «  est en train de devenir un rôle modèle pour plein de jeunes filles. » Cela bruisse et cela ricane sur la Toile. On ne sait plus si c’est le Figaro, le Gorafi ou le Rifoga. Pour s’y retrouver dans ce fatras, le ministère de la Vérité – dont on vient d’apprendre la disparition prématurée – n’était peut-être pas, finalement, une si mauvaise idée, on aurait pu y signaler, au moyen de gommettes vertes et rouges, les canulars aux allures de citations, et les citations aux allures de canulars. La plaisanterie expliquée cesse d’être plaisante, disait Voltaire, mais on voit bien qu’il ne connaissait pas nos temps d’extrême confusion.

La phrase peut laisser perplexe. On sait ce qu’est un rôle, et aussi un « modèle », mais les deux réunis… il faut donc une explication de texte : le « rôle modèle », ou role model, est à l’exemple ce que le cluster est au foyer : un synonyme pédant auquel on donne des allures follement chic en le repeignant en anglais. Un foyer épidémique, c’est bon pour la peste noire, et un exemple pour la litanie des saints. Non mais !

Évidemment, nul n’est forcé, dans cette crise sanitaire, de différencier les sexes, chacun, en matière de courage hospitalier, n’ayant rien à remontrer à l’autre. On peine, d’ailleurs, parfois à les distinguer sous la blouse, la charlotte et le .

Bref, peut-on reprocher à Marlène Schiappa de parler de sa matière ? Le ministre de l’Agriculture évoque bien les courageux paysans, celui des Armées, les valeureux militaires. Sauf que s’il faut trouver des exemples – parlons français, ce sera plus simple – pour « plein de jeunes filles », on pourrait égrainer la longue liste des médecins, infirmières ou aides-soignantes anonymes, le bien ne faisant pas de bruit, le bruit ne faisant pas de bien, souvent simplement débutantes ou même étudiantes, laissant parfois sur les quais de gare, pour rejoindre leur service, un fiancé ou un mari en télétravail à l’arrière…

Mais Sibeth, Ndiaye, franchement ?

Un exemple pour plein de jeunes filles… de l’humiliation à laquelle peut vous conduire une instrumentalisation de votre féminité et de votre appartenance à la diversité permettant à bon compte, par votre seule présence, de cocher quelques cases, au mépris, de toute évidence, de toute compétence. Car le simple tweet « la meuf est morte » au moment de la disparition de Simone Veil aurait dû allumer un gyrophare rouge dans un coin de cerveau d’ et le faire tourner à pleine vitesse : alerte, alerte ! Si Sibeth Ndiaye a sans doute, comme tout le monde, un tas de qualités, la délicatesse, la diplomatie, l’intelligence de situation et le maniement châtié de la langue de Molière, indispensables pour porter avec respect et fidélité la parole du chef de l’État, n’en font pas partie. Même le patron de l’hôtel de la gare, pour tenir l’accueil, se méfierait d’une donzelle faisant montre d’autant de grossièreté à l’endroit d’une nonagénaire venant de décéder. Mais pas notre Président.

Et voici Sibeth Ndiaye, prisonnière de ses gaffes et boulettes, ficelée dans les élastiques de ses masques impossibles à enfiler, ensevelie dans la cagette de fraises… rouges comme le nez que lui dessinent, sur la Toile, des commentateurs méchants.

Marlène Schiappa souhaite-t-elle vraiment à « plein de jeunes filles » ce « rôle », entre dérision et détestation, de bouc émissaire du gouvernement ?

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