Le gouvernement a finalement supprimé l’espace dédié à la lutte contre les « fake news » sur son site Internet. Vous vous étiez insurgé contre cette initiative. De quoi témoigne-t-elle, plus largement ?

N’oublions pas que ce gouvernement avait fait adopter une loi contre la manipulation de l’information en 2018, une loi déjà idéologique. Et que le projet liberticide de la loi dite Avia contre les « discours de haine » va revenir en deuxième lecture devant le Parlement dès la crise passée. Avec ce projet abandonné, il s’agissait de coder l’information pour disqualifier toute parole critique. Plus besoin de censure de contenu, des informations dites « vérifiées » (on voit par qui) en face d’autres informations estampillées « non conformes ». Ces dernières ne seraient, dès lors, plus des informations mais des tentatives de manipulation par des organisations malintentionnées. Le « bon citoyen » est incité à prêter attention aux « bonnes informations » pour voter plus tard dans le « bon sens ». Même si le projet est abandonné, la tentation de réguler le code demeure. Par ailleurs, la réaction des « décodeurs » divers et variés est intéressante. Ils sont furieux que – par naïveté ou par maladresse – les pouvoirs publics aient vendu la mèche : il existe bien des officines, des départements spécialisés de médias, des pseudo-fact checkers qui sont indirectement ou directement des porte-parole des autorités. Avec des nuances, bien entendu, et de manière intelligente, on ne peut pas mentir à tout le monde tout le temps, mais de manière ciblée et quand la situation l’exige.

Comment analysez-vous la façon dont les médias traitent la crise ? La profession doit-elle, elle aussi, se remettre en question ?

Le médiologue François-Bernard Huyghe parle d’une véritable « infodémie ». Les informations les plus contradictoires se répandent comme un virus. L’information en continu, la course au scoop (un scoop qui durera, au mieux, quelques heures ou quelques minutes), la mise en scène d’informations les plus dramatiques possibles ou faisant surtout appel à l’émotion, tout cela induit un état de sidération du public. Celui-ci, les yeux à quelques centimètres de l’écran, voit défiler à toute vitesse des images auxquelles il ne comprend pas grand-chose. Les réseaux sociaux charrient le meilleur et le pire et concourent également au phénomène. Les médias de grand chemin, et j’inclus l’AFP, ont largement failli à leur tâche avec, ici ou là, quelques exceptions notables.

On entend quelques voix timides demandant un retour à des règles déontologiques simples : le respect du réel et du public. Non pas l’objectivité (qui n’existe pas), mais un minimum d’honnêteté. Nous n’en prenons pas le chemin, mais il est toujours permis d’espérer.

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