[CINÉMA] Un grand raccourci, une comédie bretonne inattendue
C’est une comédie rurale à petit budget qui commence à faire parler d’elle en ce moment mais qui risque tout de même d’être rapidement retirée des salles, faute de distribution suffisante. Dommage car Un grand raccourci, en mettant en avant une Bretagne trop peu évoquée au cinéma, celle de l’intérieur des terres, possède un charme singulier qui ne peut laisser insensible.
Les deux coréalisateurs, Armand Foëx et Clément Devilliers, tous deux originaires de Nantes et amis depuis le collège, ont déjà tourné ensemble sept courts-métrages. Leur producteur Hector Belgodère Soria leur permet aujourd’hui de sortir au cinéma un premier long et de réunir pour cette belle occasion leur troupe habituelle de techniciens et de comédiens.
Quel avenir pour la jeunesse en Bretagne ?
Le récit suit deux trames parallèles qui finiront par se joindre à mi-parcours : celle de Grégoire et Corentin, cousins germains, et celle de Maéva et Louise.
Endeuillés par la mort de leur grand-mère, les deux garçons vivotent avec Patrice, le père de Grégoire. Ce dernier aide son paternel à tenir le restaurant familial où plus grand monde ne met les pieds ces derniers temps. Si bien que Patrice encourage son fils à accepter un emploi hôtelier à Angers mais celui-ci ne veut pas s’y résoudre. Corentin, quant à lui, s’en sort un peu mieux financièrement. Dératiseur, il s’est mis en tête d’acheter des rats pour les disséminer lui-même chez les particuliers, provoquer ainsi la demande et augmenter son chiffre d’affaire (!). Un projet lamentable auquel Grégoire, pourtant plus mûr, consent à contrecœur à apporter son aide…
Maéva et Louise, de leur côté, ne sont pas en reste. Si la seconde occupe un emploi fixe de conseillère aux pompes funèbres, la première revend des bijoux sans valeur dix fois plus cher que leur prix d’origine. Aussi, pour promouvoir son business et faire d’elle son « égérie », Maéva pousse Louise à participer au concours local de Miss Côtes d’Armor, en l’incitant à tricher sur sa taille le jour de l’inscription.
Réunis par les circonstances, nos quatre héros vont alors se lier inconsciemment dans leur désir d’échapper au déterminisme social et de faire leur trou.
Un film hors des clous
Récit à la fois cocasse, tendre et désabusé d’une jeunesse bretonne à l’avenir incertain, éparpillée dans de petites communes où l’emploi se raréfie et où les maisons en vente sont de plus en plus nombreuses, Un grand raccourci nous rappelle opportunément que la Bretagne ne se résume pas à ses villes côtières et touristiques gentrifiées par les Parisiens. Tourné entre Gouarec, Rostrenen et Glomel, tout au sud des Côtes-d’Armor et en plein cœur des terres bretonnes, le film de Foëx et Devilliers, à l’écriture duquel François Le Bris (qui incarne Grégoire) a d’ailleurs participé, a su mobiliser les maires des environs, qui ont gracieusement prêté des décors, des véhicules et des hébergements à l’équipe de tournage. Un soutien des communes comme l’on en voit qu’en province.
Malins, les deux cinéastes ont également eu l’intelligence de réaliser un making-of au jour le jour, totalisant plus de deux cents vidéos publiées sur Instagram. De quoi assurer une sorte de « pré-promotion » au film, qui – espérons-le – lui permettra (à lui aussi) de trouver sa place…
4 étoiles sur 5
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