Ce dernier week-end, les Chiliens étaient appelés aux urnes. Qui, au premier tour, est sorti du sombrero ? À droite, José Antonio Kast (27,95 %). Et à gauche, Gabriel Boric (25,71 %).

Évidemment, dans le cas de José Antonio Kast, les médias se régalent, le quotidien Libération en première ligne, il va de soi : « Fils d’un ancien officier de la Wehrmacht, réfugié d’abord en puis au Chili, après la Seconde Guerre mondiale, cet avocat multimillionnaire de cinquante-cinq ans est loin d’être un nouveau venu en politique. […] Élu pour la première fois député de Santiago en 2002, sous les couleurs de l’Union démocrate indépendante (UDI), parti conservateur fondé par des catholiques. »

Bref, ça situe le tableau. On se croirait dans OSS 117 : Rio ne répond plus, le réjouissant film de Michel Hazanavicius, sauf qu’à la place de Jean Dujardin, c’est le vaillant reporter de Libé qui donne pour scoop ce que Wikipédia avait rendu public depuis belle lurette. Histoire d’aggraver le cas du possible futur président, ces terribles révélations, elles aussi depuis longtemps tombées dans le domaine public : notre homme est contre l’avortement et le mariage homosexuel, pour la fermeture des frontières avec la Bolivie, histoire d’endiguer le trafic de drogue. Pour tout arranger, devant une insécurité galopante, il défend le droit des Chiliens de s’armer et de tirer sur les cambrioleurs venus jouer à domicile.

De l’autre côté de la barrière, dans le « camp du bien », Gabriel Boric, trente-cinq printemps au compteur, est un ancien leader étudiant, barbu et tatoué. S’il ne campe évidemment pas sur les mêmes positions sociétales, ce qui le différencie de José Antonio Kast demeure son anticapitalisme foncier, alors que ce dernier entend laisser toute latitude d’agir aux marchés financiers.

Pourtant, un point commun unit ces deux hommes, celui consistant à effrayer leurs camps respectifs. Kast fait à la droite conservatrice ; l’autre inquiète la gauche de gouvernement, jusqu’à ses alliés communistes. De fait, les deux sont populistes, chacun à leur façon. José Antonio Kast se verrait bien en nouvel Jair Bolsonaro, l’actuel président brésilien ; l’autre en émule d’Hugo Chávez, son défunt homologue vénézuélien. Et c’est ici qu’à grands traits se trouve résumée toute l’histoire du continent latino-américain.

Car depuis la fameuse doctrine Monroe, théorisée le 2 décembre 1823 par le président James Monroe, le sud des ne saurait être autre qu’arrière-cour et chasse gardée de la Maison-Blanche ; doctrine ayant valu à ce continent les coups d’État qu’on sait, à l’occasion desquels quiconque évoquait un semblant de sociale passait illico pour communiste. Le tout entraînant une détestation viscérale du Yankee, que ce soit dans ses formes castriste, péroniste, sandiniste, cháviste, mais s’inspirant toutes, peu ou moins, droite et gauche confondues, du combat de Simón Bolívar, général vénézuélien ayant tenté d’unifier l’Amérique latine pour faire pièce aux USA.

En son temps, le général Pinochet avait joué un habile double jeu, acceptant d’être mis au pouvoir par la CIA après avoir promis de livrer le cuivre chilien à Washington, ce que jamais il ne fit. En revanche, il laissa son pays devenir laboratoire de l’ultralibéralisme des Chicago Boys de l’économiste Milton Friedmann, avec des résultats certes flatteurs dans le domaine économique, mais plus contestables en matière sociale. Résultat ? Le « modèle chilien » commence à avoir du plomb dans l’aile, si l’on en croit les manifestations géantes de 2019, sorte de réplique sud-américaine à nos gilets jaunes.

En attendant l’issue du second tour opposant Kast et Boric, les partis de centre droit et de centre gauche sont désormais condamnés à faire de la figuration, laissant à nos deux hommes le soin de faire de la politique. Pour le pire et le meilleur. Question de point de vue.

23 novembre 2021

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