Y aurait-il des héros fréquentables, et d’autres qui ne le seraient pas ? Y aurait-il des martyrs honorables et d’autres qui ne mériteraient que l’oubli ? Y aurait-il, enfin, un devoir de mémoire sélectif qui permettrait de distinguer les bons et les mauvais patriotes ? Le litige qui oppose, depuis plusieurs mois, la communauté éducative et la présidente de la région des Pays de la Loire, Christelle Morançais, au sujet du nom à attribuer au lycée de Carquefou n’est pas sans poser clairement les termes d’un tel débat.

En effet, le nom d’Honoré d’Estienne d’Orves, martyr de la Résistance, fusillé le 29 août par les Allemands au mont Valérien, compagnon de la à titre posthume, proposé par la région a été refusé par les enseignants, les parents d’élèves, les lycéens et les personnels élus au sein du conseil d’administration. Ceux-ci, en réponse, ont organisé une consultation qui a permis de faire émerger trois noms apparemment plus consensuels au sein de ladite communauté éducative. Il s’agit d’Hubert Reeves, astrophysicien réputé, d’Alan Turing, mathématicien de renom, ou encore Serres, philosophe reconnu. Malgré le consensus affiché pour repousser la proposition de l’administration régionale, le dossier semble aujourd’hui dans l’impasse et les opposants craignent de voir la présidente de région passer en force, ainsi que les textes lui en donnent la possibilité.

Mais c’est une interrogation médiatisée d’Éric Thouzeau, conseiller régional Gauche démocratique et sociale, et suppléant au conseil d’administration du lycée, qui a déclenché la polémique. En se demandant si ça n’était pas l’appartenance à « la monarchique d’Honoré d’Estienne d’Orves » qui justifiait la volonté d’imposer son nom, il a, de fait, placé le différend sur un plan qui dépasse, désormais, largement la simple dispute académique. Et la question qui devient ainsi centrale consiste à se demander si vouloir honorer une personnalité en baptisant un édifice public de son nom consiste à se baser sur ses actes ou bien sur ses convictions personnelles, qu’elles soient politiques, philosophiques ou religieuses.

Ce représentant éminent de la Gauche ligérienne aurait pu, avant de se poser une telle question, se demander combien de personnalités appartenant à notre histoire, proche ou lointaine, auraient vu leur nom banni si leurs actes ou leurs pensées avaient été appréhendés sous leurs aspects les plus restrictifs. À gauche, justement, le parcours de Maurice Thorez offre un exemple intéressant. Voici, en effet, un homme politique, communiste ardent, qui n’hésita pas, sur un ordre venu de Moscou, à déserter devant l’ennemi en 1940. Jugé pour désertion, il fut condamné à six ans de réclusion par un tribunal français. Il fut même déchu de sa nationalité française. Réfugié en URSS, il revint cependant en France à l’issue de la guerre et, gracié par le général de Gaulle, il reprit une vie tout à fait normale. Or, combien de rues et d’avenues portent le nom de Maurice Thorez dans notre pays ? Des dizaines. Les autorités publiques qui ont pris la décision de procéder à un tel baptême se sont-elles posé la question de savoir si la conduite de Thorez pouvait avoir quelque incompatibilité avec une telle mesure honorifique ?

Mais il est vrai que ce type de questionnement est typique de la gauche. Si le fait d’avoir été monarchiste et catholique engagé est rédhibitoire pour eux, le fait d’avoir été un temps traître à son pays, surtout lorsque l’on est de la gauche la plus intransigeante, ne saurait être un obstacle à la reconnaissance de la nation. En réalité, que le lycée de Carquefou s’appelle, ou pas, Honoré d’Estienne d’Orves n’a que peu d’importance. Un fois encore, ce débat révèle la pusillanimité d’une gauche sectaire.

17 septembre 2018

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