Ne croyez pas que renoue avec la politique du chiffre ! Marlène Schiappa a d’ailleurs pris les devants, ce mardi matin, sur LCI : « L’idée, pour nous, ce n’est pas de faire de la politique du chiffre, comme je l’ai entendu ici ou là », a-t-elle déclaré, ajoutant : « On donne ces chiffres parce que ce sont des indicateurs. » Et le ministre de l’Intérieur de répéter, quelques heures plus tard, qu’il ne mène pas une « politique du chiffre » mais « une politique du résultat ». La publication mensuelle « d’indicateurs » de sécurité ? C’est par « souci de transparence ». Ah, ces mauvais esprits qui lui prêtent des intentions malignes ! Et pourtant…

Gérald Darmanin, flanqué de Marlène Schiappa, a donc annoncé, fier comme un coq, que 4,2 tonnes de cannabis ont été saisies en septembre, contre 3 tonnes en août. Cocorico ! Les services de police et de gendarmerie ont procédé à 1.189 interpellations liées au trafic de stupéfiants en septembre : une hausse de 25 % par rapport à août ! On attend avec impatience les chiffres d’octobre. Ce n’est pas tout : un total de 9.532 amendes forfaitaires de 200 euros ont été dressées contre les consommateurs, entre le 1er septembre et le 8 octobre. Il est vrai qu’il veut faire de la lutte contre le trafic « l’alpha et l’oméga » de sa politique de sécurité.

Le ministre choisit ses chiffres, mais ne les donne pas tous. On eût aimé, par exemple, savoir ce que sont devenues les 1.189 personnes interpellées et combien d’amendes ont été payées. Ce sera pour plus tard, peut-être. Mais on a appris que les départements qui ont enregistré le plus de verbalisations sont la Seine-Saint-Denis, les Bouches-du-Rhône, les Alpes-Maritimes et . Un rapport avec les banlieues difficiles ? À moins qu’il ne veuille donner ces départements en exemple ? N’avait-il pas, en septembre, dans une visioconférence, rappelé aux chefs de la police son « exigence de résultats » ?

Il ne s’est pas contenté d’évoquer la lutte contre la drogue. Il a aussi annoncé que « douze lieux de radicalisation » ont été fermés en septembre, dont une mosquée clandestine, une école hors contrat, un établissement culturel, cinq commerces et quatre débits de boissons. Au total, 73 lieux soupçonnés de radicalisation ont été fermés depuis le début de l’année ! À l’entendre, depuis qu’il est Place Beauvau, tout s’accélère. Pas très gentil pour ses prédécesseurs, qui devaient être de gros paresseux.

Ce n’est pas tout. On apprend également qu’« il reste […] 231 personnes aujourd’hui qu’il nous faut expulser, qui sont en situation irrégulière et suivies pour soupçon de radicalisation ». Il se garde de dire s’ils seront effectivement expulsés et dans quels délais. Seule l’intention compte, c’est bien connu. Il fallait que Marlène Schiappa justifiât sa présence. Elle est toute fière, elle aussi, d’indiquer que « plus de 2.000 infractions pour outrage sexiste » ont été relevées depuis l’inscription de ce délit dans la loi, précisant que 142 infractions ont été sanctionnées en septembre : il n’y en avait que 86 en septembre 2019 !

Il n’est pas sûr que les syndicats de policiers apprécient le narcissisme de ces deux ministres, qui frôle l’indécence. Ils se souviennent que Nicolas Sarkozy, l’inspirateur de Darmanin, se complaisait lui aussi dans la politique du chiffre. Ont-ils tort s’ils estiment qu’il s’agit plus d’une politique d’affichage et de communication que d’un combat effectif pour assurer la sécurité ? À l’approche d’importantes élections, ces politiciens opportunistes, plus forts en paroles qu’en actes, font la promotion de leur politique sécuritaire, leur dernière trouvaille !

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