Le monde universitaire commencerait-il enfin à se réveiller ? C’est à croire, même si ce réveil demeure pour le moins discret. Ainsi dix professeurs viennent-ils de rendre publique une tribune dans laquelle ils viennent au secours d’Aram Mardirossian, un de leurs collègues de la , professeur en histoire du droit.

Que reproche-t-on à ce dernier ? Tout simplement d’avoir, le 29 septembre dernier, émis une opinion hétérodoxe sur le mariage homosexuel. Comme il n’est pas sans savoir que les élèves sont désormais des écorchés vifs à la sensibilité exacerbée, il prend toutes les précautions oratoires nécessaires, prévenant que les propos qu’il va tenir relèvent de la « polémique ». Bref, c’est ceinture et bretelles.

De ce « mariage », il affirme donc : « L’un de ses fondements, c’est la discrimination, c’est de dire “un homme et une femme peuvent se marier”. C’est discriminant que deux hommes et deux femmes ne puissent pas faire de même. » Ça, passe encore.

Car après, le temps se couvre : « Demain, après-demain, il va y avoir quelqu’un, cela viendra sûrement des pays nordiques, qui va aller devant un tribunal et qui va dire “je suis discriminé, j’ai une jument, je l’adore, je ne peux pas l’épouser, c’est un scandale !” » En rhétorique, cela s’apparente à un raisonnement par l’absurde, raisonnement qui en vaut bien un autre, surtout devant une époque absurde. Et d’évoquer cette affaire de transgenre ayant récemment défrayé la chronique judiciaire : « Il n’y a plus de limites. Un homme qui est un homme veut devenir une femme et veut être la mère de l’enfant alors qu’il est le père. »

Aussitôt, les justiciers en herbe de l’UNEF montent sur leurs petits chevaux : « Avec un mépris sans égal, l’enseignant considère que le mariage pour tous est une porte ouverte à la zoophilie et méprise au plus haut point les personnes transgenres. » Une majorité de ses collègues, tétanisés par la peur de ne plus être dans le vent – ou, plus prosaïquement, de perdre leur boulot –, exigent suspension et conseil de discipline pour le trublion, tandis que le parquet de Paris décide d’ouvrir une enquête préliminaire pour « injures homophobes ». Comme dirait Alice Coffin, lesbien raisonnable ?

On imaginait les tribunaux surchargés et ayant des dossiers plus urgents à traiter ? On se trompait. Pourtant, dix courageux osent rompre la loi du silence. Dix, c’est peu, surtout qu’ils défendent Aram Mardirossian de façon singulière : « L’enseignant s’est laissé aller à une improvisation fort peu brillante, car entachée de nombreuses approximations. Son propos, par certains côtés, fait penser à une discussion de café du commerce. »

Certes. Mais on ajoutera que, les choses étant ce qu’elles sont devenues, on entend moins de sottises au café du commerce que dans les grandes écoles. Heureusement, nos dix signataires, après avoir fait patte de velours, entrent dans le vif du sujet : « Dans cette affaire, ce qui est en jeu, ce n’est rien de moins que la liberté d’expression du professeur face à ses étudiants. […] Par ailleurs, que deviendrait un enseignement universitaire s’il devait ménager constamment la “sensibilité” d’un auditoire d’étudiants forcément divers ? »

Poser la question équivaut à y répondre, l’université étant précisément devenu l’espace de non-droit décrit dans cette tribune. Les élèves ne s’y rendent plus pour apprendre mais pour être confortés dans les semblants d’opinions qu’ils se sont forgées sur les réseaux sociaux, tandis que les professeurs n’y sont plus qu’une sorte de mal nécessaire. D’ailleurs, la « liberté d’expression », c’est ce qui s’oppose traditionnellement à la censure d’État ; ce qui signifie donc que cette dernière relève désormais de la juridiction des élèves, chargés de corriger le discours de leurs maîtres pour ensuite, en bons petits anarchistes bourgeois qu’ils sont, en appeler aux foudres de la police et de la justice.

Jamais l’expression de « monde à l’envers », typique du café du commerce, n’aura été aussi pertinente.

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