Saint Remi, apôtre des Francs et fondateur de la chrétienté des rois de France

saint remi

Lorsqu’on parle du premier baptême royal de « la fille aînée de l’Église », ayant ancré plus fermement le christianisme dans notre pays, on pense évidemment à Clovis et son baptême. On oublie cependant les autres artisans de cette conversion qu’ont pu être la pieuse reine Clotilde mais aussi le saint évêque de Reims dont nous célébrons la fête, ce 15 janvier.

Né en 437 près de Laon, Remi semble, dès sa naissance, prédestiné à la sainteté ou, du moins, à la prêtrise. En effet, sa mère n’est autre que sainte Céline de Laon et son frère, saint Principe, futur évêque de Soissons. Fils du comte Émile de Laon, issu de la société gallo-romaine, Remi reçut une bonne éducation. Et c'est ainsi qu'il se retrouva élu évêque par le peuple de Reims alors qu'il n'avait que 22 ans et qu'il n'était pas encore prêtre. Ce procédé était coutumier dans les premiers temps de l’Église, selon le principe de l’élection par acclamation : « Vox populi, vox Dei » (« La voix du peuple est la voix de Dieu »). D’autres évêques célèbres ont accédé eux aussi à leur siège épiscopal de cette manière, comme saint Martin de Tours.

Remi, désormais évêque de Reims, se mit à prêcher et à gérer son nouveau domaine. Il aurait pu rester tranquillement dans son évêché si seulement le destin ou Dieu n’en n’avait pas décidé autrement. Ainsi, l’un des vases sacrés appartenant au diocèse de Reims fut volé et constitua le motif de la légendaire histoire du vase de Soissons durant laquelle le précieux récipient fut brisé. La destruction de ce dernier par le soldat franc exécuté par Clovis lui-même, en représailles de son acte, témoigne des relations respectueuses que le roi guerrier avait pour les autorités chrétiennes de son royaume. En effet, le roi des Francs voulait montrer son respect à l’Église en rendant son bien à l’évêque de Reims.

Cet incident permit néanmoins à Remi de commencer à entretenir une correspondance avec Clovis mais aussi à convertir le souverain païen au christianisme. Il put compter sur l’aide de son épouse, la reine Clotilde, mais aussi sur la victoire obtenue à Tolbiac en 496. En effet, lors de cette bataille, selon le chroniqueur Grégoire de Tours, Clovis aurait juré : « Dieu de Clotilde, si tu me donnes la victoire, je me ferai chrétien. » Chose promise, chose due. Ainsi, le 25 décembre 496, dans le baptistère de l'église située là même où fut érigée plus tard l'actuelle cathédrale de Reims, le souverain franc s’avança afin de recevoir le baptême des mains de l’évêque Remi. Le roi était entouré par plus de trois mille de ses guerriers qui, eux aussi, se convertirent.

Un événement fondateur pour la France et la monarchie. À partir de 1027, à quelques exceptions près, tous les rois de France, jusqu’à Charles X, en 1825, vinrent se faire sacrer à Reims afin de recevoir le saint chrême. Les restes de cette huile bénite par Dieu et apportée à saint Remi par l’Esprit saint sous la forme d’une colombe, selon la légende, sont encore conservés dans la Sainte Ampoule au sein de l’archevêché de Reims. À noter, cependant, que ces sacres n'étaient nullement des baptêmes, comme celui de Clovis ne fut pas un sacre. Il fallut attendre Pépin le Bref pour qu’un souverain franc usât pour la première fois de cet office afin de légitimer son règne par l'onction du saint chrême.

Le 13 janvier 533, usé par une vie d’ecclésiastique au service de la conversion des cœurs et des rois, Remi, l'apôtre des Francs, s'éteint à l’âge de 96 ans. Il fut inhumé au sein d’une basilique qui prit son nom. Canonisé en 852, ses reliques furent laissées à la vue des fidèles afin d’être vénérées avant d’être détruites par des révolutionnaires avides de faire disparaître toutes traces de celui qui fut le fondateur de la chrétienté des rois de France. Les ossements, enfouis dans une fosse commune, furent heureusement sauvés par quelques chrétiens courageux et reposèrent à nouveau, en 1803, au sein de la basilique. Encore aujourd’hui, ces reliques demeurent au sein de l’édifice religieux et témoignent des liens multiséculaires de la France avec le christianisme.

Eric de Mascureau
Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

12 commentaires

  1. Si j’ai bonne mémoire, le saint chrême aurait été détruit à la révolution…
    En passant, je conseille la lecture du roman de Raspail « Sire » qui évoque notamment cet épisode. Pas aussi bon néanmoins que « l’anneau du pêcheur »

  2. Par la volonté de mes parents je me nomme Rémi souvent on me demande avec un I ou un y ? Jusqu’à ce que je connaisse les racines complexes de ce prénom j’étais indifférent maintenant je précise avec un i. Bien que Saint Remy de Provence soit tout aussi intéressant

  3.  » Ce procédé était coutumier dans les premiers temps de l’Église, selon le principe de l’élection par acclamation : « Vox populi, vox Dei » (« La voix du peuple est la voix de Dieu »). » N’oublions pas que cette élection par acclamations était au départ réservée aux fonctionnaires impériaux. En effet, l’Empereur Théodose (379-395) décentralisa l’Empire en le divisant en deux et en créant des circonscriptions administratives nommées diocèses. Les places d’administrateur (élu) furent phagocytées par les évêques car seuls compétents et favorisés par le christianisme, nouvelle religion impériale. Cette dualité persista plusieurs siècles avant que les diocèses ne prennent un statut purement religieux, qui persiste de nos jours.

    • « Vox populi, vox Dei » Avec les abrutis aux manettes depuis la comédie de la Covid, ce serait plutôt « vox populi vox déni… »

  4. Rémi était Gaulois. Rémi c’est le nom de son peuple gaulois, les Rémi (comme Reims). Les Gaulois étaient infiniment plus avancés intellectuellement que les Germains (le seraient-ils restés ?). Les Germains ont adopté tout ce qui chez les vaincus envahis leur était supérieur en Gaule : la langue (le latin puis l’ancêtre du français), l’agriculture, les arts et les techniques, la religion. Ceci a permis l’assimilation puis la fusion. Tout ce que ne fait pas l’immigration de masse extra européenne

    •  » Les Germains ont adopté tout ce qui chez les vaincus envahis leur était supérieur en Gaule « . Sans oublier le plus important : l’abandon de leurs huttes en bois, ouvertes à tout vent, pour de confortables villas gallo-romaines, chauffées, avec eau courante, saunas et tout-à-l’égout.

  5. Merci à vous Monsieur de Mascureau pour votre très intéressant article, merci pour cette remise en mémoire de ces baptêmes glorieux qui firent la France Chrétienne.

  6. Mais puisqu’on vous dit que les racines culturelles et historiques de la France et de l’Europe ne sont pas chrétiennes, inutile d’insister !

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