Robert Ménard fait le point sur la situation sécuritaire dans sa ville de Béziers : l’action de la police municipale, ses moyens.

Au micro de Boulevard Voltaire, il dénonce les limitations de son champ d’action et réclame de réels moyens pour que les policiers municipaux « puissent protéger les concitoyens et se protéger eux-mêmes » et « être de vrais alliés de la police nationale ».

 

Dans un débat animé avec le rappeur Rost vous déclarez : « je veux juste que les voyous aillent en prison ». En tant que maire, quel est votre ressenti sur la sécurité de cet été ?

Chez moi à Béziers ou dans d’autres villes, la situation peut être tendue dans certains quartiers. J’ai le sentiment que notre police municipale est toujours en première ligne.
L’an dernier à Béziers, nous avons eu 57 000 appels sur notre numéro vert. Dans 90 % des cas, la police municipale prend tous les risques, c’est la police de proximité. Elle est celle que les gens attendent. J’ai le sentiment qu’aujourd’hui, on ne peut pas nous dire à la fois, que nous devons assurer la sécurité et qu’en même temps on ne nous donne pas les moyens, en termes de législation, pour que notre police municipale fasse bien son travail en toute sécurité.

Un maire a-t-il les moyens concrets de faire respecter la loi ?

A Béziers, nous nous sommes donné les moyens. Nous sommes passés de 30 policiers quand je suis arrivé en 2014 à plus d’une centaine aujourd’hui. Les policiers sont dotés de baretta 9mm. La période où les gens voyaient le policier ventripotent qui ne court pas trop vite est aujourd’hui terminée. Ces gens sont professionnels et armés. Ils suivent un entraînement régulier à qui on n’impose pas uniquement deux séances de tir comme la loi nous le demande, mais quatre séances de tir. Par conséquent, ces gens savent se défendre et défendre leur concitoyen.
Nos policiers n’ont pas accès au fichier des personnes recherchées. Nous n’avons pas non plus la possibilité de fouiller les gens lors de manifestations. Nos policiers n’ont pas la possibilité de travailler en civil. Ils n’ont pas la possibilité de procéder à des contrôles d’identité. Comment pouvons-nous avec toutes ces limitations faire le boulot que l’on nous demande de faire ?
Encore une fois, ce sont nos policiers qui sont les premiers sur les lieux. Ce sont eux qui prennent le plus de risque parce que justement, ils sont les premiers sur les lieux.

Aujourd’hui, en tant que maire, vous vous sentez dépossédé de tous moyens face à cette fonction de sécurité que vous devez pourtant assurer.

Je ne me sens pas armé d’un point de vue de la réglementation de la législation pour donner à ma police tous les moyens de faire son boulot. Je les dote en nombre, ils ont plus que triplé. Je les dote en matériel, ils sont armés depuis des années. On vient encore d’acheter un chien. La police nationale n’en n’a pas plus que nous. Nous avons fait cet effort-là, mais en même temps on ne nous donne pas les moyens en termes de législation. Comment pouvez-vous justifier que notre police, ici, comme dans toutes les villes ne puisse pas procéder à un contrôle d’identité ? C’est invraisemblable !
Il y a un effet pervers puisque, lorsque les gens voient un policier municipal ne pas faire un contrôle d’identité, alors qu’il devrait être fait, ils se disent « mais que font ces policiers municipaux ?»
Ces policiers municipaux n’ont pas la possibilité de le faire et surtout pas le droit de le faire.
C’est inacceptable. J’en ai marre des débats généraux sur la sécurité et des appels à la lutte contre les incivilités en général qui nous pourrissent la vie. Il faut appeler un chat un chat.
En même temps, le gouvernement et sa majorité ne nous ont jamais donné les moyens d’avoir plus d’outils juridiques et de possibilités concrètes pour que la police municipale fasse son métier. Ma femme qui est députée a déposé un projet de loi. Il reste un projet de loi…

Le sénateur des Républicains, Philippe Bas entend s’imposer en défenseur de la sécurité des maires par rapport au nombre croissant d’agressions. Y croyez-vous ?

Je l’espère. Je ne fais aucun procès d’intention. Lorsqu’on a eu une majorité de gens de droite LR à la tête de ce pays, pardon de vous rappeler qu’ils n’en n’ont pas fait beaucoup plus pour la police municipale. Ils ne vous ont pas donné la longue liste que je vous décris, concernant les moyens dont il faut doter la police municipale. On verra quand ils seront au pouvoir.
Aujourd’hui, j’en appelle au bon sens du Premier ministre. Le bon sens c’est de permettre aux policiers municipaux d’être des vrais partenaires de la police nationale. Cette dernière n’a pas les moyens de faire ses missions. Elle s’appuie de plus en plus sur la police municipale. Alors, donnons les moyens aux policiers municipaux, à la fois de protéger nos concitoyens et de se protéger eux- mêmes quand ils interviennent. C’est aussi simple que cela et c’est une revendication de bon sens.

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