Editoriaux - People - Polémiques - 12 août 2019

Richard Gere : l’American Gigolo veut qu’on accueille toute la misère du monde !

Ils sont formidables, ces acteurs américains. Ils ont tous le cœur gros comme ça, si plein de compassion. C’est bien simple, ça déborde presque autant que leurs piscines californiennes en pleine sécheresse. Mais franchement, je vous le dis, heureusement qu’ils sont là pour nous indiquer la voie de la sagesse et de la rédemption.

Richard Gere, donc. Plus connu que la blonde Rosanna Arquette, moins crétin aussi sans doute, ne va pas jusqu’à proclamer qu’il a honte d’être blanc. Non, il court la planète au secours des peuples opprimés et entend donner des leçons aux politiques égoïstes qui nous gouvernent. C’est beau, c’est grand, c’est généreux. Très christique, diront certains. Lui répondrait « bouddhiste », étant passé de la religion méthodiste à celle du dalaï-lama son ami. On apprend d’ailleurs, en lisant sa fiche Wikipédia, que Richard Gere a reçu, en 1996, le prix « Lumière de la vérité » pour son soutien à la cause du peuple tibétain opprimé par les Chinois. C’est beau comme du Jack Lang…

Et que fait la Lumière, si elle est vérité, je vous le demande ? Elle éclaire le monde. Et c’est à ce titre, n’en doutons pas, que l’acteur américain a embarqué, le 10 août, sur l’Open Arms, à bras ouverts comme son nom l’indique, pour enjoindre au gouvernement italien d’accueillir les migrants retenus depuis dix jours au large de Lampedusa sur ce navire de l’ONG espagnole Proactiva. Parce qu’il le dit, Richard Gere, il en est même sûr : « La plupart des gens en parlent comme de migrants, mais pour moi, ce sont des réfugiés en fuite. »

Laissant parler son cœur, il l’a clamé : « Ce sont des gens extraordinaires, ils sont si forts, ils ont vécu des horreurs, un enfer, la torture, les viols, l’emprisonnement. » Possible. Pas sûr. Il n’en sait rien, nous non plus. L’acteur l’assure, il veut « seulement aider des gens en détresse » et affirme n’« en avoir rien à faire de la politique ».

Le problème est que le gouvernement italien et, surtout, son ministre de l’Intérieur Matteo Salvini en ont, eux, tout à faire. Et Salvini a été élu sur cette question des migrants. Alors que le Parlement adoptait, lundi dernier, une nouvelle loi sur la sécurité, il signifiait aux ONG le risque encouru : « Que l’Open Arms ne l’oublie pas, les eaux territoriales italiennes sont fermées pour lui et nous sommes prêts à confisquer le navire », sans compter la menace d’une amende pouvant aller jusqu’à un million d’euros.

Déjà, en juillet dernier, alors qu’un autre navire, l’Ocean Viking (affrété par SOS Méditerranée et Médecins sans frontières), attendait lui aussi de pouvoir accoster, Salvini avait répondu à sa collègue Merkel qui l’appelait à plus de mansuétude : « Cher gouvernement allemand, je ne rouvre pas les ports […] S’il y a quoi que ce soit, nous ferons monter les migrants à bord d’un véhicule et nous les conduirons à l’ambassade d’Allemagne. » Idem pour la Norvège, qui offre son pavillon au navire : « L’Italie n’est pas juridiquement tenue, ni disposée à accueillir les immigrés clandestins non identifiés se trouvant à bord de l’Ocean Viking. »

Quant au pape, qui célébrait alors une messe « pour les migrants et ceux qui les aident » dans la basilique Saint-Pierre, à l’occasion du sixième anniversaire de sa visite sur l’île italienne de Lampedusa, il aurait pu lui rappeler également que le Vatican est un État plus florissant que l’État italien, ne manquant ni de biens immobiliers luxueux où recueillir les miséreux, ni de moyens pour les y entretenir…

Cette fois, commentant les propos de Rechard Gere, Matteo Salvini s’est interrogé : « J’espère qu’il bronze un peu et qu’il en profite », avant de lui conseiller d’« emmener les migrants à Ibiza ».

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