En France, de quand date le début de la grande dégringolade vestimentaire qui nous amène aujourd’hui au « venez comme vous êtes » à l’ et au déboulé d’Insoumises cravatées de guingois ? Difficile à dire. On pourra, bien évidemment, évoquer la Révolution française et ses sans-culottes. Cela dit, l’idole de Mélenchon, Maximilien de Robespierre, était tiré à quatre épingles et n’abandonna le jabot que pour passer sous le couteau de la guillotine.

Lorsque la République bourgeoise finit par s’imposer à la fin du XIXe siècle, elle se coula sans trop de difficultés dans les habits que la avait laissés au vestiaire dans la précipitation de son départ de France. Certes, elle faisait un peu endimanchée, comme pour aller à un banquet, mais, globalement, la République ne faisait pas trop honte au bon peuple lorsqu’elle se frottait « à l’international », c’est-à-dire à l’époque en Europe, aux monarchies qui tenaient encore le haut du pavé. Imaginez qu’au début de la Ve République, les appariteurs ministériels portaient encore les culottes à la française pour les grandes occasions !

L’arrivée de Giscard d’Estaing à l’Élysée fut un moment charnière dans cette fuite en avant vers le débraillé. Une sorte de Mai 68 institutionnel : exit la jaquette le jour de l’investiture et la remise solennelle du collier de grand maître de l’ordre de la Légion d’honneur. Le temps du costume de ville pour descendre les Champs-Élysées était venu. Malheureusement, une fois qu’on a coupé la tête du roi, c’est fini, on ne peut pas revenir en arrière : quel Président oserait, aujourd’hui, remettre en vigueur l’antique rite au risque de passer pour un foldingue ? Et lorsqu’on a dépassé les bornes, il n’y a plus de limites. C’est le principe essentiel du progressisme.

Au fond, à bien y réfléchir, les Insoumis d’aujourd’hui, qui se font un point d’honneur à venir sans cravate au palais Bourbon, sont tout autant les héritiers de Giscard que de Robespierre ! Jacques Brel, dans sa chanson « Les Bourgeois », chantait : « Jojo se prenait pour Voltaire et Pierre pour Casanova. Et moi, moi qui étais le plus fier, moi, moi je me prenais pour moi. » Il y aurait un nouveau couplet à écrire à cette chanson : Giscard était un grand bourgeois qui se prenait pour un roi et la plupart de ces « éléfistes » sont de petits bourgeois qui se prennent pour des révolutionnaires. Des révolutionnaires qui, dès 2017, se piquèrent de proscrire la cravate dans l’Hémicycle sauf, évidemment, pour leur chef Mélenchon, vu que, pas peu fier, il se prenait pour Robespierre.

Mais les grandes révolutions ne se font pas sans les femmes, c’est bien connu. Emeutières des faubourgs et tricoteuses apportèrent leur part à la conquête de l’égalité femme-homme, notamment dans la commission des horreurs. Les temps, fort heureusement, se sont adoucis et nos tricoteuses « nupistes » ont pour nom Garrido, Panot et Autain. Dans la guerre de la cravate qui fait rage (la guerre, pas la cravate), il fallait qu’elles apportent leur contribution. C’était pas possible autrement. Autain a donc pris la tête du mouvement en se pointant à l’Assemblée avec ses copines encravatées, façon music-hall ou cirque Pinder. Un grand frémissement a alors parcouru l’assistance, plus ou moins consciente qu’un grand moment de l’humanité était en train de se produire sous leurs yeux. La récupération des mouvements révolutionnaires est un classique du genre : Autain sait ça. Désormais, cette de la cravate s’inscrira dans la grande lutte multiséculaire féministe. « La cravate pour toutes et tous ! » est leur slogan.

Une belle démonstration de force. Démonstration que l’on peut porter la cravate et être débraillé. Et qu’en la matière, l’égalité femme-homme est désormais total raccord. Prochaine étape de cette révolution permanente au rayon déguisements, farces et attrapes : la moustache-postiche pour toutes et tous ?

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27 juillet 2022

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