[VU D’ARGENTINE] Quatorze mois décisifs pour Javier Milei

Dans le camp adverse la situation est à la fois confuse, incertaine, belliqueuse, voire chaotique.
Manuel Belgrano, Public domain, via Wikimedia Commons
Manuel Belgrano, Public domain, via Wikimedia Commons

À 14 mois des élections générales en Argentine, la précampagne électorale a déjà commencé. À cette date, un seul candidat incontournable émerge de la mêlée et manifeste ses intentions de se présenter. Il s’agit, bien sûr, de Javier Milei, désireux de poursuivre la formidable réorganisation en cours.

Une opposition chaotique

Dans le camp adverse, la situation est à la fois confuse, incertaine, belliqueuse, voire chaotique. L'« alma mater » du mouvement péroniste, Cristina Kirchner, est enfermée, empêchée de se présenter, et doit subir les assauts de la Justice pour au moins deux autres retentissants procès en corruption. Elle reste cependant présidente du Parti justicialiste et pourrait prétendre à une position de faiseuse de rois. Cependant, elle manifeste des amours ou désamours violentes et peu prévisibles à l'égard des possibles candidats à l’investiture suprême.

Axel Kicillof, désastreux gouverneur de la très puissante province de Buenos Aires, qui fut anciennement son chouchou et ruina le pays comme ministre de l’Économie, s’épuise en contorsions acrobatiques pour obtenir le pardon royal. Pour le moment en vain.

Sergio Massa, battu par Milei en 2023, ne se remet pas de l’échec de l’ingénieuse machinerie explosive soigneusement préparée et huilée à grands coups d’émission monétaire qui aurait dû faire exploser en vol Javier Milei dans les premiers mois de sa gestion.

Pour le reste, une partie de la troupe a déjà déserté, une autre, répondant à Myriam Bregman, se perd dans des nébuleuses trotskistes. On voit même le gouverneur de la petite province de la Rioja, Ricardo Quintela (un dur parmi les durs), en cessation de paiement, émettre sa propre monnaie et assurer qu’en cas d’accession au pouvoir, son parti lancerait un vaste programme d’expropriations….

Cette agitation désespérée à la recherche d’un retour à un funeste passé sème l’effroi dans la population et est bien évidemment tout bénéfice pour Javier Milei. Pas suffisamment, cependant, à notre avis, pour lui assurer une élection confortable.

Croissance ralentie mais indicateurs au vert

La raison de cette parenthèse restrictive est le malaise qui s’est installé dans la société comme conséquence des effets indésirables du plan de stabilisation. Tout au long de cet hiver, la croissance a diminué. Elle se situerait aux alentours de 2,5 % et certains secteurs souffrent du ralentissement de l’économie. En effet, les performances sont très inégales. Les secteurs des hydrocarbures, miniers et même agricoles ont le vent en poupe. Il en va tout autrement pour certaines PME, la construction et le petit commerce. Et c’est bien là tout le problème, car ces inconvénients touchent directement l’économie intérieure, et spécialement la petite classe moyenne qui peine à boucler les fins de mois. À cela il faut ajouter les assauts de la presse toujours partante pour se venger du mépris, voire de ce que l’on pourrait appeler avec euphémisme l’excès de véhémence présidentielle, à leur égard. Tout cela représente un caillou dans la chaussure et le chef de cabinet, l'habile Diego Santilli, devra employer les quatorze mois qui lui restent pour améliorer la communication, redresser au moins en partie la barre et assurer ainsi la continuité.

En face, comme toujours, les indicateurs de la macro-économie sont pratiquement tous au vert. Au-delà du strict équilibre budgétaire, pierre angulaire du système, l’inflation se situe lentement à la baisse. Pour 2026, la banque centrale prévoit 100 milliards d’exportations, une balance commerciale en excédent de 23 milliards de dollars, soit le double de 2025, etc.

Pour ne pas fatiguer le lecteur par des chiffres réconfortants mais arides par nature, nous nous limiterons à présenter une mesure phare de Javier Milei : la création du RIGI (régime d’incitation aux grands investissements). Par cette formule, l’État argentin offre, en contrepartie d’investissements massifs, d’importants avantages fiscaux et de change, et surtout 30 ans de stabilité des règles. À cette date, les présentations se situent au niveau de 200 milliards de dollars, dont 50 ont été acceptés. Ces chiffres sont considérables. Rappelons au lecteur qu’à l’échelle de la France, il faudrait multiplier par 6.

En résumé, Javier Milei, depuis son accession au pouvoir, a nettoyé les écuries d’Augias et fait preuve d’une volonté indestructible liée à un pragmatisme étonnant. En revanche, la diplomatie et la communication, attributs importants de la vie politique, demeurent en souffrance. Les quatorze mois à venir seront décisifs.

Une victoire, même étroite, au second tour signifierait certainement un point de non-retour. On estime, généralement, que cette situation donnerait à son parti, associé à quelques indépendants fidèles, une majorité absolue confortable à la Chambre et un score légèrement inférieur au Sénat. Oubliés, les 30 députés et les 7 sénateurs de décembre 2023, l’hyperinflation aux portes du palais et l’étranglement du secteur externe. Quatre ans plus tard, l’apport du formidable développement des gisements pétroliers et miniers sera décisif et transformera certainement l’essai.

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Michel de Saizieu
Essec, vit en Argentine depuis 1973, CEO d’entreprises agricoles, ancien Conseiller du commerce extérieur de la France à Buenos Aires.

Vos commentaires

22 commentaires

  1. Autre pays,les USA et le fameux « mid-terms…Il me semble que ça grenouille pas mal à gauche, personne de se lance contre DT, on cherche quelqu’un , on ne trouve pas et DT semble s’en ficher royalement. Nos médias prompts à rigoler de Trump sont absents, et on est à deux mois…Et ce sont les Grands Electeurs qui vont faire le scrutin. What else ?

  2. Sondage Ipsos Global News effectué en début d’année auprès de 30 pays.
    La question qui était posée :
    « avez-vous le sentiment que votre pays va plutôt dans la bonne direction ou dans la mauvaise direction ».
    Les pays comme Singapour ou la Corée du Sud… Sont dans le haut du tableau.
    On trouve aussi en haut du classement l’Argentine 7éme.
    Et puis il y a les pays de l’UE. La Pologne et l’Irlande sont dans la moyenne 12 et 13 ème. Mais ces pays reçoivent beaucoup d’argent de l’Union Européenne, ceci explique cela.
    Tout en bas du classement LE pays qui pense que le pays va dans la mauvaise direction c’est … roulement de tambour….la France.
    Nous sommes donc à la dernière position, 30éme avec 90 % de la population pense qu’on va dans la mauvaise direction.
    Les Français ne s’y trompent pas mais les Français ne savent pas comment faire pour en sortir.
    Depuis que notre pays est entré dans l’Union Européenne il ne cesse de s’effondrer. Les Français aimeraient qu’on leur dise, qu’on leur explique. Au lieu de cela J.P.Tanguy nous explique qu’on ne peut pas sortir de l’UE parce que la France va mal…
    Mais c’est justement l’UE qui a rendu ce pays malade ! C’est tout l’inverse…

  3. Milei, en voilà un qui pourrait nous donner des leçons d’économie et de gestion, un vrai patriote, d’une autre côté il ne peut pas tout gérer d’un coup, il faut laisser le temps au temps … ce n’est pas en quelques années qu’on peut redonner des finances saines à un pays corrompus, pour la France, il faudra des décennies pour que les choses reviennent à la normale, Milei a commencé à assainir ses finances, nous on s’enfonce dans la corruption, le gaspillage, la ruine …

  4. J’étais un fervent supporter de Milei et puis il s’est trop compromis avec Trump et Israel d’où son retrait des Brics. Sa politique économique est certes dans le vrai mais la liberté qu’il a vendue si fort à l’Argentine est compromise par sa dépendance à l’occident et au système mondialiste allant même jusqu’à la caricature envers son soutien à l’Ukraine et à Israel. Milei s’est enfermé dans le même système que nous avons en France, incarné par Macron. Dommage pour l’Argentine de cette enfermée dans un camp et en plus, le plus détestable.

  5. C’est intéressant, bien sûr, mais je pense que beaucoup de lecteurs feront la même critique que pour les articles du colonel Arbalétier parlant de l’Ukraine, ceux de M. de Saizieu sont univoques et pourraient être pris pour de la rhétorique.
    Un problème important s’est manifesté récemment en Argentine :l’effondrement de la natalité. Pourquoi ne pas l’avoir évoqué ?

    • Je fais moi aussi le même constat que vous concernant BV. La phobie de l’immigration est très mauvaise conseillère car elle fait mépriser ceux qu’on appelle les pays du Sud. Or, quoi qu’on en dise ; le liberté n’est plus en occident mais justement dans ces pays du Sud. C’est là-bas que le futur se construit, sans nous.

      • J’approuve votre remarque, Cyrano24, sur l’attitude de BV. C’est un comportement d’assiégé (obsidional) et il s’applique à l’immigration, à l’islam, aux gauchistes, aux Russes et bien sûr, aux pays « du Sud » (cela commence avec le Proche-Orient ou l’Iran, pour la rédaction qui par exemple, n’est pas capable d’identifier les Palestiniens qui ne sont pas pro-Hamas).
        Il vaudrait mieux que l’on examine plus posément ce dont nous sommes capables de faire et de penser dans les pays européens, surtout face au rouleau compresseur qu’est l’Union européenne, renforcé par la jurisprudence de la CEDH ; il est urgent que l’on réfléchisse davantage sur les comportements oligarchiques de nos dirigeants politiques et de nos dirigeants d’entreprise, sur l’affaiblissement des valeurs civiques, des sujets que BV évoque très rarement.
        Si l’on se dit de la « droite conservatrice », il est de notre intérêt d’approfondir tous ces sujets. Ce n’est pas en se faisant le coryphée de Mme Le Pen ou de M Bolloré que l’on y arrivera.

      • @uranus : sauf que l’Europe finira par mourir de sa belle mort, je ne pense pas que les pays de l’Est accepteront le « grand remplacement «  à la tête de l’Europe !

      • Merci pour votre réponse, Schmitt ; à dire vrai, et contrairement à ce que croient certains lecteurs, je n’ai aucune animosité personnelle envers Mme Le Pen ou M. Bolloré, mais je reste distant vis à vis d’un parti qui cherche à se faire accepter par l’oligarchie dominante, examinant les questions de société de façon superficielle sinon désinvolte, et à un homme d’affaires qui dans un secteur aussi sensible que la presse (donc, en lien avec la liberté d’opinion) souhaite avoir un « pouvoir de marché ». Autre manière pour des dirigeants pour faire de la politique et étouffer les opposants à ce qu’ils pensent et ce qu’ils font.

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