Par Christian Gomez, Gérard Lafay, Philippe Murer, Henri Temple, Jean-Claude Werrebrouck

Comme chacun le sait désormais, la proportion du nombre d’actifs par rapport au nombre de retraités diminue et va continuer de le faire dans les prochaines années si l’on ne change rien. C’est une conséquence de l’allongement de la durée de vie et du ralentissement de la natalité, mais aussi du chômage de masse. Il n’y a aucune raison de faire supporter un fardeau fiscal croissant aux actifs pour maintenir le niveau des transferts en faveur des retraités.

Cependant, cette évolution démographique est connue depuis longtemps. Elle a donc été prise en compte par les gouvernements précédents, dans les réformes successives qu’ils ont mises en place. Ils ont ainsi utilisé les divers leviers à leur disposition : les cotisations des actifs, le niveau des pensions des retraités et l’âge de départ à la retraite. Cependant, vu la diversité des situations, il est absurde de vouloir unifier tous les régimes, même s’il faut simplifier le système en éliminant certains avantages indus. L’unification en un seul « régime de retraite à points » s’avère ainsi comme une impasse. Si nos dirigeants seront amenés à faire des concessions, pour éviter des baisses de pension, ils se trouveront alors devant un gouffre financier.

Nous voilà alors au cœur du problème français : la création de l’euro en 2000, qui a eu des conséquences catastrophiques sur la croissance économique et la désintégration de notre base industrielle, avec tous les dégâts sociaux induits qui ont aspiré notre pays dans une spirale vicieuse : moindre croissance, augmentation des dépenses sociales (chômage, pauvreté), lutte contre les déficits par réduction des autres dépenses publiques, hausse des impôts et cotisations à croissance encore moindre…

Il n’est pas nécessaire d’être grand clerc pour comprendre que le problème des retraites se poserait sur d’autres bases si le PIB français était 20 % au-dessus de son niveau actuel et si des millions d’emplois supplémentaires, avec les cotisations qui vont avec, avaient été créés. Et pourtant, dans le débat sur la réforme du système des retraites qui se déroule sous nos yeux, personne ne semble soulever ce problème crucial pour l’avenir !